Avant de développer la question, il est important de définir (ou au moins tenter de le faire) ce que sont des photos ratées. Car il est presque certain que tout le monde n’a pas les mêmes critères sur le sujet.
Photos réussies et photos ratées
Les unes comme les autres sont très difficiles à définir, tant sont nombreux les paramètres qui entrent en jeu pour se forger un jugement.
Les photos réussies
De nombreux critères peuvent entrer en ligne de compte. Nous en retiendrons 3.
La netteté
La plupart du temps, on considère qu’une photo est réussie quand elle présente « correctement » un sujet avec, surtout, une netteté irréprochable : ça, c’est l’opinion d’une grande majorité de personnes.
La netteté n’est pas forcément LE critère indispensable. Déjà, au temps de l’argentique, il arrivait, même aux plus grands, de produire des photos floues, mais qui avaient, par exemple, valeur de témoignage. Certains, tels Saul Leiter, ont même pu en faire une pratique occasionnelle voire parfois courante. Mais cela exige beaucoup de méthode si l’on ne veut pas – et c’est évidemment le but – que ce soit considéré comme une erreur. Pour le « commun des mortels », cependant, produire du flou, délibéré ou non, de façon systématique, n’est pas recommandable.
Aujourd’hui qu’on n’est plus contraint par les exigences du tirage argentique, il devient plus aisé de re-travailler ses photos en post-traitement (PT), afin, le cas échéant, d’en gommer quelques défauts. Pour autant, il ne s’agit pas de s’en remettre quoi qu’il arrive au PT qui doit être considéré comme une aide et non comme un moyen d’action incontournable.
Attention cependant à ce que le post-traitement ne vienne pas dénaturer le but du photographe : il peut, selon la façon de l’appliquer, changer totalement l’atmosphère d’une photo.
L’exposition
Un autre critère pour une photo réussie, c’est l’exposition, c’est-à-dire l’utilisation de la lumière, avec des choix judicieux pour le fameux « triangle temps de pose – ouverture – sensibilité ». Sauf recherche d’effets particuliers, les conséquences de ce choix doivent produire une image équilibrée et correspondant à ce qu’attend un œil « normal ».
La composition et le cadrage
Souvent groupés, quoique distincts, ils permettent une bonne lecture de la photo, en théorie telle que l’a voulue l’auteur de ladite photo. Nous en avons maintes fois souligné l’importance, ICI ou encore LA.
Si l’on veut brièvement résumer : la composition concerne les éléments constitutifs de l’image, donc tout ce que l’on veut y mettre et comment on organise ces éléments. Le cadrage, lui, concerne plus particulièrement l’angle sous lequel on mettra en valeur tel élément plutôt que tel autre. Selon le sujet, son positionnement dans l’environnement et la façon dont on veut le traiter, composition et cadrage peuvent naturellement prendre une importance différente l’un par rapport à l’autre.
Les photos ratées
A priori, partant de ces exigences, si une photo est floue et/ou mal exposée, alors cette photo peut être considérée comme ratée. Direction poubelle quasi inévitable. Même chose si cadrage et composition sont défectueux. Quoique parfois un peu d’originalité ne nuit pas !
Mais, dans la réalité, l’un ou l’autre des critères peut manquer, partiellement ou non, et cependant ne pas trop compromettre la qualité finale de l’image. Bien évidemment, parce que le post-traitement permet de limiter la portée de ce manque.
Si tous les trois sont manquants, les chances d’obtenir une photo ratée augmentent considérablement. Dès lors, direz-vous, post-traitement ou pas, la photo est bonne pour la poubelle. !
Eh bien… pas obligatoirement !
Nous allons vous présenter ci-après quelques images dues le plus souvent à des erreurs (de débutant… ou pas !) qui pourraient (ou ont pu) être sauvées des enfers.
Mais qui décide qu’une photo est ratée ?
Derrière cette interrogation se cache une autre : toute photo doit elle plaire aux gens ? La réponse n’est pas simple. Dans cette époque où la popularité se mesure en nombre de pouces levés, d’étoiles ou de suiveurs (« followers »), on pourrait penser qu’une photo ratée est une photo qui ne plait pas, qui ne reçoit pas d’approbation sur Flickr, Instagram et autres réseaux sociaux. Dans ce cas « la messe est dite » ! Sauf que l’humain est en théorie plus complexe et même si le syndrome du mouton de Panurge est réel, certains estiment encore disposer de leur libre arbitre.
Donc, au delà de l’aspect technique, qui fait que, oui, une photo peut être nulle, au delà de l’effet « gram » de masse, il y a aussi des questions de goûts individuels. Certains aiment les photos très esthétiques, d’autres, vont préférer des images qui racontent une histoire. Etc.
En fin de compte, il n’est pas facile de déterminer avec précision ce qu’est une photo ratée. Est ce une photo sans propos, une photo sur-traitée, une photo banale ? Si pour certains clichés, il n’y a aucun doute à avoir, pour d’autres, ce n’est pas très simple de trancher. De mon point de vue, la photo ci-dessous est vraiment ratée :
- banalité du sujet
- composition centrée non justifiée (le sujet est le jet d’eau) avec, en outre, beaucoup d’éléments perturbateurs (câbles, …)
- exposition défectueuse
- cadrage défectueux : arbres coupés à gauche et à droite
Et on pourrait trouver bien d’autres défauts !

Rattraper les erreurs
Soyons clairs : il est TOUJOURS préférable d’éviter les erreurs dès la prise de vue que de chercher ensuite à les supprimer ou les atténuer. Pour ce faire, il peut être très utile de voir des expositions de peinture, de photo, des films, à condition de ne pas rester passif et de s’interroger sur les choix de l’auteur peintre, photographe ou cinéaste et d’en tirer des enseignements. Ce n’est pas facile pour autant quand on est seulement amateur et qu’on exerce par ailleurs un métier dans un domaine différent.
les erreurs « de la technique »
Nous entendons par là les erreurs dues à une défaillance du matériel ou à une mauvaise utilisation de celui-ci.
Elles sont relativement rares, mais elles existent et j’en ai rencontré !
Ainsi, l’image ci-dessous. Comment s’est-elle produite ? Mystère ! C’est juste un enregistrement erroné de l’image sur la carte mémoire par le système du boîtier (un K-3). Cet incident ne s’est produit qu’une seule fois et je ne vois pas comment on pourrait le reproduire !
On reconnaît la Basilique du Sacré-Cœur à Montmartre. Pourquoi et comment le système a-t-il pu dupliquer plusieurs fois une partie de la photo, sans en altérer la partie antérieure, c’est resté un mystère total. Je n’ai malheureusement pas pu récupérer le fichier RAW (sur cet incident, j’en ai perdu plusieurs). À l’époque je « travaillais » en RAW+, c’est-à-dire RAW + JPEG, et seul est resté le fichier image JPEG. Je n’ai pas eu envie de le jeter tellement je l’ai trouvé cocasse, donc intéressant. Cela n’en fait pas une photo réussie selon les « canons habituels » de la réussite, mais son côté inattendu présente, de mon point de vue, un certain intérêt.
les erreurs de la méthode
On parle bien entendu de la méthode de prise de vue appliquée par le photographe. Ce sont incontestablement les plus nombreuses. Même les plus expérimentés n’en sont pas exempts.
Mauvaise composition
Nous passerons très vite sur les erreurs de composition ou de cadrage, telles, par exemple, celles qui semblent faire pousser, involontairement, bien sûr, un arbre sur la tête d’une personne dont on fait le portrait en extérieur. Erreur classique du débutant et erreur toujours possible pour des photographes plus chevronnés, mais… distraits ! Ce genre d’erreur dénote, évidemment, un manque d’attention à la prise de vue. Conséquence : si l’on ne veut pas se fâcher avec le modèle ainsi « trahi », mieux vaut éviter de garder – ou en tous cas de montrer – la photo en question ! D’ailleurs, je n’en montrerai pas ici.
Notons cependant que de telles erreurs sont parfois rattrapables par un recadrage judicieux. « Parfois » n’étant pas synonyme de « toujours » ! Et puis, de nos jours, l’I.A. (Intelligence Artificielle) permet pratiquement toutes les corrections. Faut-il lui faire confiance pour autant ? C’est un autre sujet !
Mauvaise utilisation d’une technique
Reflets
Mon regretté camarade Valia était un adepte de la surimpression et, surtout, de la photographie de reflets. Il excellait (entre autres) dans ces deux domaines. Souvent, j’ai voulu, en photo numérique, l’imiter lors de nos sorties parisiennes. J’ai rarement réussi à faire aussi bien parce que, notamment pour les reflets, il faut faire attention justement… à ce qui se reflète. Et je l’ai souvent oublié. Ainsi sont sortis nombre de « selfies » parfaitement involontaires, que je me garderai bien de présenter ! D’ailleurs, ils ont « mal fini ». Parfois, cependant, cela peut donner des images rattrapables grâce aux miracles du post-traitement !
Sur celle-ci, on a nettement l’impression d’un personnage « à grosse tête » perché sur des jambes fluettes et s’appuyant sur une canne.

Celle ci-dessous, à gauche, est la conséquence directe d’un temps d’exposition bien trop long à une heure où la luminosité manquait cruellement : le flou de bougé du photographe, conjugué au flou de mouvement du couple, il n’en fallait pas plus pour produire ce que d’aucuns qualifient de « bouse ». Ce n’est pas faux ! Toutefois, avec un peu de travail en post-traitement, j’en ai tiré une image « regardable » et remarquée dans un jeu-concours qui traitait du flou en photographie.
Surimpression
En argentique, alors que c’est en théorie plus difficile qu’en numérique, j’avais réussi quelques images intéressantes par le procédé de la surimpression. Mais en numérique, je n’ai jamais beaucoup cherché à approfondir ma technique dans ce domaine. Et quand je l’ai fait, malgré les possibilités offertes par les boîtiers modernes, je n’ai obtenu que des résultats décevants.
À l’époque argentique, j’ai assez longtemps opéré avec des boîtiers du monde « Ricoh / K » (ce n’est pas le nom d’une recette de riz accompagnée d’une boisson américaine !) : un compact 24×36 Ricoh 500 GX qui permettait facilement la surimpression (un curseur placé en façade permettait de réarmer sans faire avancer le film) puis un Chinon CE-4s avec lequel, moyennant un peu de dextérité, on pouvait aussi réarmer sans faire avancer le film. On était certes limité en nombre de photos « lisibles » possibles, 2 ou 3, alors qu’aujourd’hui un K-1 II permet d’aller jusqu’à 9999 (mais dans quelles conditions ?).
Certaines de ces images ont donc été faites volontairement, mais d’autres sont le fruit d’un heureux hasard, d’autres encore sont complètement ratées.
Images argentiques en surimpression volontaire :
Photos dues grandement au hasard :
Une photo argentique complètement ratée (malgré la recherche de surimpression)

Une précision pour terminer…
Aucune des images de ce dossier n’a été « trafiquée » pour illustrer le propos. Elles sont TOUTES le résultat de méthodes ou d’erreurs (humaines ou non) pour lesquelles le photographe a seulement pressé le déclencheur. Pour les photos argentiques (scannées), le post-traitement a permis d’améliorer les couleurs et le contraste.
Cela rejoint totalement la conclusion de cet article, qui se vérifie aussi bien pour les objectifs que pour les photos : avant de jeter un objectif ou une image, il faut toujours s’assurer qu’on ne pourra réellement rien en tirer de positif. Dans ce cas, aucun regret ! Mais dans le cas contraire, il ne faut pas regretter trop tard !
Crédit photos : © Micaz – Les images sont la propriété exclusive de l’auteur. Toute utilisation sans autorisation explicite est rigoureusement interdite – Cliquez pour agrandir.
Nota : la photo de titre est une image argentique où, par surimpression, l’auteur a voulu simuler une sorte de « bataille navale ». L’embrouillamini du résultat en fait une photo incontestablement ratée.









5 réponses
Une vue ratée est celle qui ne correspond pas à celle souhaitée au moment du déclenchement. Cependant – et nous sommes d’accord –, il existe des « ratages » tout à fait « souhaitables » (me vient à l’esprit La Marquise Luisa Casati, 1922, par Man Ray).
Selon mes critères, « ratée » comme « réussie » reste une question de culture et d’ouverture d’esprit.
Ce que je dois reprocher à votre article est de ne pas avoir écrit en gras : « Pour ce faire, il peut être très utile de voir des expositions de peinture, de photo, des films, à condition de ne pas rester passif et de s’interroger sur les choix de l’auteur […] » :-)))
L.
Bonjour !
Diable ! des reproches ? Pourtant nous avons souvent souligné l’importance de l’ouverture aux autres : expositions, films, etc… Du reste, vous avez même commenté des articles à ce propos (un exemple ici). En revanche, nous ne pouvons pas tenir un calendrier de toutes les expositions qu’il serait souhaitable de visiter : à Paris, elles sont très nombreuses !
Il appartient à chacun de se tenir au courant, ce qui n’est pas si difficile, en fait !
Bonjour Micaz !
Ce sont des reproches qui abondent totalement en votre sens ! il faut dire, écrire comme vous le faites que l’image photographique est construite par un auteur, qui « ne reste pas passif, s’interroge ».
Des pistes ici :
Cadrages de Guido Guidi,
Architectures ou horizons de Sugimoto Hiroshi,
Waffenruhe de Michael Schmidt,
L’Album de la famille D. de Christian Boltanski,
The Hotel, Room 47 de Sophie Calle,
La botanique de Paul-Armand Gette,
Le corps chez Michel Journiac,
et tant d’autres encore.
Excellente journée à vous,
L.
À défaut de photographies ratées, une excellente année à toutes et à tous !
L.
Merci ! On peut réver sans trop d’optimisme à une année 2025 meilleure que 2024. Meilleurs voeux aussi à tous nos lecteurs.