Bonnes et mauvaises raisons d’abandonner la pratique photo

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« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point » (Blaise Pascal, « Les Pensées »).

C’est vrai en photographie comme dans d’autres domaines. Mais la photographie occupe une place particulière parmi les pratiques artistiques. Accessible techniquement, elle attire chaque année des milliers de nouveaux pratiquants (*), mais elle connaît également un taux d’abandons considérable. Entre ceux qui rangent définitivement leur appareil et ceux qui traversent simplement une période de doute, les motivations divergent profondément. Distinguer les bonnes des mauvaises raisons d’abandonner permet non seulement de prendre une décision éclairée, mais aussi de comprendre ce que la photographie représente vraiment pour chacun. Petit coup d’œil sur la question…

(*) Majoritairement des utilisateurs de photophones, à vrai dire !

Les mauvaises raisons d’abandonner

Elles sont nombreuses, mais, heureusement, rarement réunies chez un même individu ! Nous n’évoquerons ici que les plus évidentes, qui sont aussi les plus fréquentes.

La comparaison obsessionnelle

Cette comparaison s’exerce le plus souvent sur les réseaux sociaux. Elle constitue probablement la pire raison d’abandonner la photographie aujourd’hui. L’exposition permanente au travail d’autres photographes, souvent professionnels ou disposant de moyens considérables, crée une sorte de distorsion de la réalité. Voir des images spectaculaires de voyages lointains, réalisées avec du matériel haut de gamme, génère un sentiment d’insuffisance qui n’a aucun rapport avec la qualité réelle de son propre travail.

Cette comparaison permanente empoisonne le plaisir créatif et fait oublier que chaque photographe suit son propre chemin, à son propre rythme. Abandonner pour cette raison revient à renoncer avant même d’avoir vraiment commencé son exploration personnelle.

En fait, il n’y a pas à faire de complexe : on peut TOUJOURS améliorer sa façon de photographier, et, partant, les résultats obtenus. Il faut simplement faire preuve de persévérance et, si nécessaire, suivre des formations sur les points faibles à corriger.

Le mythe de l’équipement inadéquat

C’est une des raisons qui poussent également de nombreux photographes à baisser les bras prématurément. L’industrie photographique entretient savamment l’idée que de meilleures images nécessitent un meilleur équipement. Bien sûr, elle ne le dit pas aussi directement et brutalement. Elle opère plus adroitement, de façon détournée mais la clarté du message ne saurait échapper qu’aux plus naïfs.

Les pages des (désormais) rares magazines consacrés à la photo regorgent d’exemples à ce propos. Pourtant, l’histoire de la photographie fourmille d’œuvres magistrales réalisées avec des moyens techniques limités. Un smartphone actuel dispose de capacités parfois supérieures aux appareils professionnels d’il y a vingt ans. Se convaincre que son matériel constitue un obstacle insurmontable relève davantage d’une excuse confortable que d’une réalité objective. La créativité, la vision et la persévérance importent infiniment plus que le nombre de mégapixels ou la luminosité de l’objectif.

À cet égard, il est important de souligner que le marché de l’occasion peut aussi permettre de s’équiper (ou se rééquiper) sans devoir « y laisser sa chemise » !

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Un téléobjectif Canon RF 600 mm f/4 de haut de gamme

 

Est-on capable et assuré de produire de meilleures photos en utilisant ces matériels de très haut de gamme aux immenses possibilités, du moins dans leur domaine ? Je souhaite à tous nos lecteurs et toutes nos lectrices de pouvoir répondre résolument et honnêtement « OUI » à cette question !

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Un moyen format Hasselblad 907X & CFV 100C (Capture d’écran)
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Dos numérique PhaseOne IQ4 150MP (capture d’écran)

L’absence de reconnaissance immédiate

Elle a pour effet de décourager beaucoup de pratiquants. Dans une culture de l’instantané, où les « likes » et les commentaires semblent valider ou invalider un travail, l’indifférence peut sembler un verdict définitif. Pourtant, l’art photographique, comme tout art, nécessite du temps pour se développer, se raffiner et trouver son public. Les photographes les plus reconnus ont souvent travaillé dans l’ombre pendant des années avant d’émerger. Certains n’ont même été reconnus qu’après leur disparition : c’est, notamment, le cas de Vivian Maier. Comme de très nombreux peintres, d’ailleurs.

Abandonner parce que son travail ne rencontre pas immédiatement l’écho espéré revient à abattre un arbre parce qu’il ne donne pas de fruits dès sa plantation. Et puis, est-ce si important d’atteindre les sommets de la « gloire » photographique ? Si la réponse à cette question est affirmative, alors abandonner la pratique photo est une très mauvaise décision !

La stagnation temporaire

Cette stagnation (ou impression de stagnation) dans sa progression technique ou créative ne devrait pas inciter le photographe à abandonner. Tout apprentissage connaît des plateaux, des pauses, des moments où l’on a l’impression de ne plus progresser. Ces phases, bien que frustrantes, sont normales et même nécessaires : elles peuvent et doivent servir à consolider les acquis avant un nouveau bond en avant. Interpréter cette stagnation comme un signe qu’on n’est pas fait pour la photographie constitue une erreur d’analyse dommageable. Cette impression est loin d’être aussi rare qu’on pourrait le croire. Qui n’a jamais traversé des épisodes de cette nature ?

Parfois, cette stagnation est due à la lassitude. Photographier toujours le même type de sujet peut en effet finir par être lassant. Pourtant, il est relativement aisé de trouver une nouvelle motivation en explorant d’autres sujets. La curiosité à l’égard de la nouveauté peut facilement re-dynamiser une pratique « en berne ».

Un exemple : j’ai consacré de nombreuses années à la photo d’insectes (ou, plus largement, de macro) et d’oiseaux. Mais la raréfaction très importante de ces sujets m’a conduit à m’intéresser à autre chose. Ainsi, je recherche des sujets colorés (même de mauvais goût !) et j’expérimente :

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Parfois, d’autres occasions et d’autres sujets se présentent. Ainsi, cette église à l’architecture moderne :

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Quelques bonnes raisons d’abandonner

Si ce sont réellement de « bonnes raisons », cela ne signifie pas toujours qu’elles sont fermes, irrévocables et définitives ! Comme pour beaucoup de choses dans la vie, ce qui est vrai aujourd’hui ne l’est pas obligatoirement demain.

L’absence totale de plaisir

Voilà un argument qui représente paradoxalement une excellente raison d’abandonner. Si photographier est devenu une corvée, si sortir son appareil génère plus d’anxiété que d’enthousiasme, si chaque session devient une épreuve plutôt qu’un moment attendu, alors il est sans doute temps de se poser les bonnes questions. Du moins si l’on n’est pas un photographe professionnel. La photographie devrait apporter de la joie, de la satisfaction ou au minimum un sentiment d’accomplissement. Lorsque ce plaisir fondamental disparaît durablement et complètement, malgré différentes tentatives pour le retrouver, s’obliger à continuer n’a guère de sens. Il vaut mieux investir son énergie créative ailleurs que de s’acharner sur une pratique qui n’apporte plus la moindre satisfaction.

Un changement profond d’intérêts

Cela constitue également une raison légitime. Elle est parfois aussi liée à l’absence de plaisir. Les passions évoluent avec le temps, et ce qui nous captivait hier peut ne plus nous parler aujourd’hui. Découvrir que d’autres formes d’expression artistique ou créative résonnent davantage avec qui nous sommes devenus n’a rien de honteux. Un musicien peut devenir peintre, un photographe peut se tourner vers l’écriture. Cette mobilité créative témoigne d’une vitalité plutôt que d’un échec. Forcer une pratique par nostalgie de ce qu’elle représentait autrefois empêche d’explorer ce qui pourrait véritablement conduire aujourd’hui vers un nouvel épanouissement. Mieux vaut alors abandonner cette pratique au profit d’une autre qui pourra être enthousiasmante.

Des contraintes pratiques insurmontables

Elles aussi peuvent justifier un abandon temporaire ou définitif. Des exemples :

  • Une situation financière difficile rendant impossible l’entretien du matériel, ou son éventuel remplacement,
  • Des problèmes de santé affectant la capacité physique à pratiquer, à se déplacer,
  • Des responsabilités familiales ou professionnelles ne laissant plus suffisamment de temps disponible.

Ces réalités concrètes méritent d’être prises en compte. L’héroïsme créatif a ses limites. Reconnaître qu’à ce moment de sa vie, les conditions nécessaires à une pratique satisfaisante ne sont pas réunies relève davantage de la sagesse que de la faiblesse. En pareil cas, il peut en effet être judicieux de « passer à autre chose ». Et ce n’est pas obligatoirement un drame. On peut continuer dans le milieu photo en partageant son savoir avec des personnes moins expérimentées dans des clubs, des associations, etc.

La pression toxique

On pense tout particulièrement à celle qui transforme la passion en métier. Elle représente un cas particulier, mais plus fréquent qu’on l’imagine. Vouloir monétiser à tout prix (si l’on peut s’exprimer ainsi !) sa pratique photographique peut sembler logique. Toutefois, cela transforme radicalement la nature de l’activité. Le passage du statut d’amateur à celui de professionnel n’est évidemment pas sans conséquences. Les clients ont des attentes, leurs commandes imposent des contraintes créatives, la rentabilité devient un souci permanent. Nombreux sont ceux qui ont tué leur amour de la photographie en essayant d’en vivre. Si la professionnalisation parvient à détruire le plaisir initial, renoncer à cette voie professionnelle pour retrouver une pratique amateur libérée (et délibérée !), ou même abandonner totalement pour préserver de bons souvenirs peut se révéler salutaire.

La nuance nécessaire

Entre les bonnes et les mauvaises raisons, existe toute une zone grise qui mérite attention. Une baisse de motivation passagère n’est ni une mauvaise raison d’abandonner ni une bonne raison de persévérer coûte que coûte. Elle appelle plutôt à expérimenter d’autres voies : changer de sujet, de technique, de rythme, faire une pause consciente et limitée dans le temps. Parfois, la meilleure façon de sauver sa pratique photographique consiste justement à s’en éloigner temporairement… ou à sortir des sentiers battus.

De même, les déceptions face à ses propres images ne constituent pas automatiquement une mauvaise raison d’arrêter. Elles peuvent révéler un décalage entre nos aspirations profondes et ce que la photographie peut réellement offrir. L’honnêteté envers soi-même exige alors de distinguer l’autocritique destructrice de la lucidité constructive.

 


 

Abandonner la photographie n’est ni un échec ni une victoire en soi. La décision dépend entièrement des motivations qui la sous-tendent.

C’est pourquoi il est nécessaire de comprendre et d’évaluer les raisons d’une désaffection pour la pratique photo. C’est vrai aussi pour d’autres pratiques. L’essentiel reste de prendre cette décision en conscience, non sous le coup de la frustration passagère, mais après une réflexion honnête sur ce que la photographie représente vraiment dans sa vie. Car au fond, ce qui compte n’est pas tant de photographier ou non, mais de pratiquer et cultiver les activités qui permettent véritablement de s’exprimer et/ou de s’épanouir.

6 réponses

  1. Bonjour
    Votre analyse pertinente me rappelle avec nostalgie le temps de l’abondance des coléoptères. Leur diminution (très) inquiétante pour des raisons plus vitales me fait découvrir d’autres intérêts dans la photo rapprochée. Je pense aussi qu’il ne faut pas de se référer continuellement aux professionnels pour une passion quelconque. J’aurais même tendance à penser qu’il vaut mieux, quand c’est possible, exercer son métier avec un oeil amateur…dans le sens étymologique du terme. Un de mes voisins retraité, qui faisait des reportages chez Kodak, m’expliquait qu’il avait abandonné la photo parce qu’il était saturé. J’avoue que j’ai eu un peu de mal à comprendre.
    Merci pour vos articles et espérons que Pentax continue de proposer des innovations, même si en ce qui me concerne (plus de 70 ans), l’intérêt pour le progrès technologique futur diminue à mesure que grandit l’attachement au matériel présent.

    1. Bonjour et merci pour votre message.
      Quand on pratique la photographie, on a une tendance naturelle à s’intéresser à un ou deux domaines principaux, les autres étant beaucoup plus marginaux. C’est humain : on ne peut pas tout faire.
      Dès lors, si, pour une raison quelconque, on se trouve empêché de continuer dans ses domaines favoris, il faut avoir la volonté de se diriger vers d’autres domaines à la condition, bien sûr, que l’envie de photographier demeure. Il faut alors commencer à ré-apprendre, bien souvent, même si, bien sûr, tout n’est pas à ré-apprendre. Mais chaque domaine a ses spécificités. « Refuser l’obstacle » n’est pas la solution, mais le franchir est parfois difficile. Peut-être est ce tout simplement une question de motivation.
      Toutefois, il ne faut pas se leurrer : si les matériels les plus modernes apportent des aides non négligeables et, parfois, simplifient bien des « manoeuvres », les principes de base demeurent, et tout matériel photo permet de produire des images de qualité, l’essentiel étant qu’on parvienne à produire ce qu’on a envie de produire et à y trouver plaisir et satisfaction.

  2. Bonjour Micaz, encore et toujours un plaisant article à lire sur le PhotoKlub. Ma passion pour la photo fut le produit d’une rencontre, fortuite, avec un boîtier PENTAX ME en 1984. En effet, avec mes copains, nous étions fan’s de motocross et l’un d’eux décida de nous shooter, sans rien dire, en train de faire les pitres avec nos engins ! Une bonne semaine après nos exploits, temps dû au développement et au tirage, notre ami nous fait découvrir les photos… WAOOOUW !!! Ben, dis donc !!! Comment as-tu fais ces photos ? Mon pote me présente son boîtier, un PENTAX ME ! Je veux le même !!! J’en achète un d’occas’ avec un 70/210 à pompe… Et me voilà parti à shooter à tour de bras. Je trouve un « moteur » pour mon PENTAX et là, les 36 poses ne suffisent plus… ☺☺☺ Depuis ce temps-là, je suis passionné par la photo, grâce au matos PENTAX qui ne m’a jamais trahi et pourtant, quel qu’il fut, il en a vu de toutes les couleurs, c’est le cas de le dire !!! (ME puis K10D et K1-II ) Bon, Je suis et je reste passionné par la photo, c’est certain, j’ai toujours autant de plaisir à déclencher. Par contre la vidéo ne m’attire pas du tout ! Commentaire un peu long, certes, mais quelle joie de faire partager cette passion ! Si je puis suggérer un bouquin : La dernière photo de Franck COURTÈS chez JC Lattès (2018) L’auteur y explique, clairement, les causes de son abandon de la photo. Amitiés aux 2 du PhotoKlub.

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