Suite à l’article « Débuter en photographie sans se ruiner« , quelques réflexions complémentaires m’ont paru intéressantes alors que les prix du neuf ne cessent de s’envoler partout dans le monde. Il n’y a évidemment pas une raison qui explique à elle seule ces augmentations, mais plusieurs facteurs combinés :
- La baisse inexorable des ventes. Si le volume des ventes s’est enfin stabilisé avec, semble-t-il, une légère remontée qui reste à confirmer, nous sommes très loin de ce qui se faisait il y a une vingtaine d’années. Malheureusement, les montants dus à la conception et à la production n’ont pas connu un fléchissement équivalent. Résultat, chaque appareil fabriqué revient plus cher, avant même la marge.
- Le coût de certains composants est à la hausse. Je pense évidemment à la mémoire, nécessaire à la zone tampon qui permet la fonctionnalité de pré-déclenchement ou la rafale haut débit. Ils ne sont pas les seuls, puisque bien d’autres éléments sont aussi impactés, à des degrés divers. Les plus touchés sont les processeurs et les capteurs. Nombre de fabricants et fondeurs abandonnent les contrats longue durée (parfois pluriannuels). Ils optent pour des accords de vente sur deux semaines, afin de pouvoir réviser leurs montants selon les fluctuations.
- La hausse des coûts douaniers aux USA. Contrairement à ce que beaucoup pourraient croire, celle-ci n’affecte pas que le territoire nord-américain. Ce qu’ils perdent d’un côté devra être récupéré ailleurs. Donc, un marché en baisse aux USA implique que les tarifs sont à la hausse dans les autres pays, afin d’équilibrer le déficit.
La conséquence est, selon moi, que le business de l’occasion va évoluer vers un vrai commerce secondaire structuré, extrêmement attractif pour tous les acteurs, mais très lucratif également. Je pense qu’en 2026, ce marché va passer à l’état indispensable, aussi bien pour les amateurs que pour les professionnels. Ce qui était autrefois un choix afin de faire quelques économies pourrait devenir la solution par défaut pour tous ceux qui ne veulent ou ne peuvent pas payer le prix fort pour du matériel neuf.
Un changement qui devrait avoir des implications profondes sur la manière dont les photographes envisagent la constitution et l’entretien de leur équipement.
Une source indispensable pour les amateurs
Le marché de l’occasion est le seul qui permette à tous ceux qui se lancent dans ce violon d’Ingres de s’équiper ou d’acquérir du matériel complémentaire. Lorsqu’un photographe amateur souhaite un objectif et qu’il n’est pas prêt à investir dans du neuf, l’occasion est la voie royale. Les raisons sont souvent multiples. Comme un matériel moins habituel, un UGA par exemple. Ou une volonté de limiter les coûts tout en satisfaisant son hobby. Sans compter que rien n’empêche une revente ultérieure, quand le ou les besoins auront changé.
En France, si on cherche du matériel d’occasion, on pense surtout à la foire de Bièvres, des sites internet spécialisés dans la revente de marchandises, ou quelques magasins photo qui ont quelquefois un petit comptoir dédié. Malheureusement, on y déniche de tout, du bon et du nettement moins bon, à des tarifs par moments fantaisistes. Il y a quelques mois, j’ai trouvé un Pentax K10D (lancé en 2006) sur un site bien connu, pour la somme dérisoire de 1200 €.
Ce cas extrême reste assez rare malgré tout. Néanmoins, une tendance commence à se distinguer sur le marché de l’occasion. Certains boîtiers et objectifs conservent en effet assez bien leur valeur dans le temps, alors que d’autres subissent une dépréciation importante. De plus, l’époque où l’on achetait du matériel neuf qui essuyait une dévaluation massive dès qu’on sortait du magasin touche à sa fin.
Mais aussi pour certains photographes professionnels
Être photographe professionnel n’est pas synonyme d’être fortuné. Le métier a subi un important coup d’arrêt suite à l’éclosion de la photographie numérique. Avec comme résultat, des appareils conservés plus longtemps que souhaité. Parce que les fonds pour acquérir du neuf ne sont pas suffisants. Entre vivre et investir dans du matériel dernier cri, le choix est parfois vite fait.
Pour eux aussi, le marché de l’occasion est un eldorado pour se procurer du bon équipement, à des tarifs moins prohibitifs. Mais cela a des inconvénients, comme l’impossibilité de récupérer la TVA sur ce type d’achat.
Des professionnels dédiés à ce marché
Le marché de l’occasion est tout simplement le lieu où se trouve désormais la photographie. Il est donc logique que certains s’y intéressent. À commencer par une enseigne qui s’est créée avec pour ambition la professionnalisation du marché. Vous souhaitez vendre ? Aucun problème, le magasin se charge de tout. Après une première estimation, assez grossière, vous envoyez votre ou vos biens. À la réception, leurs spécialistes vérifient et l’offre est affinée. Souvent à la baisse, rarement à la hausse. Si vous acceptez, vous êtes payés. Dans le cas contraire, le « matos » revient chez vous.
Ce système engendre un stock qui est remis en vente quasiment instantanément. Avec un prix de commercialisation supérieur à celui d’achat. Car il y a des frais. Comme les envois, la remise en état (même si le matériel est souvent de bonne facture), les entrepôts, les employés. Et la marge pour un bénéfice ! Car il ne faut pas se leurrer, ce ne sont pas des philanthropes. Ce qui se comprend.

Ah oui, j’oubliais. Les appareils d’occasion font aussi l’objet d’une garantie (12 mois) de leur part, ce qui, sur le papier, est un sérieux atout par rapport à la vente entre particuliers. Dans la pratique, nombreux sont les boîtiers et objectifs ayant moins de cinq ans. De plus, les APN ont souvent un nombre de déclenchements assez faible, moins de 40 000. Car, c’est là toute l’astuce de cette enseigne, elle privilégie ses achats sur du matériel récent et qui a du potentiel à la revente. Ainsi, un Pentax K20D, un Canon R50 ou un Sony A7 ont peu de chances d’être repris, contrairement aux A7 III et IV, R6 II et autre Z6 III.
Les magasins professionnels ne sont pas en reste. Cela fait déjà longtemps que certains rachetaient du matériel, pour « aider », à condition d’investir dans du neuf. Avec un risque important de duper les vendeurs en rachetant à bas prix avant de faire des culbutes parfois faramineuses, allant du triple ou sextuple, au moment de la remise dans le circuit de vente ! Mais les choses semblent changer, ces pratiques, que l’on pourrait qualifier parfois de douteuses, semblant devenir indésirables. Ces magasins sont assez alignés sur les reprises, les reventes et la garantie.
Un marché juteux existe et ces entreprises entendent bien jouer un rôle actif de premier plan.
Les fabricants vont s’inviter au festin
On ne doit pas s’attendre à ce que les fabricants regardent le train partir sans eux. Je ne serais pas étonné s’ils ne lancent des programmes certifiant les produits remis sur le marché. Au moins pour les appareils de deuxième main, voire pour certains modèles, de troisième main. Ce qui nécessitera de passer par leur réseau de distribution, ou, à défaut, par un circuit autorisé qui garantira, pour quelques mois et au nom de la marque, du matériel d’occasion.
Que ce soit Canon, Fuji, Leica, Nikon, Panasonic, Sony et les autres, ils ont tous intérêt à capter cette manne plutôt que de la laisser dans les mains des revendeurs tiers. Les acheteurs y trouveront leur compte, rassurés par une offre certifiée, avec inspection en usine et tutti quanti. Et peut-être que les professionnels pourront récupérer la TVA (à savoir si c’est possible réglementairement). Quant aux fabricants, ils pourront participer à un marché qui se déroule actuellement sans eux. Avec tout de même le risque de voir les ventes neuves être cannibalisées par ce nouveau marché.
2026 devrait d’être intéressant de ce point de vue. À suivre !
Une réponse
Merci pour cet article qui est plus que jamais d’actualité.
Je plussoie l’idée d’acheter du matériel d’occasion en gardant en ligne de mire le prix du neuf et la fiabilité du vendeur et du système de vente.
C’est ce que je pratique depuis de nombreuses années, à ce jour je ne déplore qu’un seul cas de déception, sans gravité, puisse que cela c’est soldé par un retour au vendeur et remboursement.