Téléconvertisseur photo : faut-il franchir le pas ?

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Dans l’univers de la photographie, le téléconvertisseur suscite autant d’enthousiasme que de scepticisme. Cet accessoire optique, souvent méconnu des débutants, peut parfois modifier sensiblement votre pratique photographique. Mais s’agit-il réellement d’une solution miracle ou d’un compromis aux résultats décevants ? Explorons ensemble ce qu’est vraiment un téléconvertisseur et s’il mérite une place dans votre sac photo.

Qu’est-ce qu’un téléconvertisseur ?

Un téléconvertisseur, également appelé multiplicateur de focale (ou, parfois, « extender »), est un accessoire optique qui s’installe entre le boîtier et l’objectif. Son rôle est simple en apparence : multiplier la distance focale de l’objectif par un facteur déterminé, généralement 1,4x, 1,7x ou 2x. Concrètement, un téléobjectif de 300 mm équipé d’un téléconvertisseur devient :

  • avec un convertisseur 2x, l’équivalent d’un 600 mm,
  • avec un convertisseur 1,7x, l’équivalent d’un 510 mm
  • enfin, avec un convertisseur 1,4x, l’équivalent d’un 420 mm

On augmente ainsi très significativement la capacité de rapprochement sans changer d’objectif. Au prix, cependant, de quelques inconvénients que nous verrons plus loin.

Contrairement à une simple bague allonge, le téléconvertisseur contient des éléments optiques de haut niveau, conçus pour maintenir la qualité d’image tout en augmentant la focale. Ces lentilles supplémentaires travaillent en harmonie avec l’optique principale pour préserver au maximum les performances de l’ensemble.

À quoi sert vraiment un téléconvertisseur ?

L’utilité première d’un téléconvertisseur est d’étendre la portée de vos téléobjectifs existants. Pour les photographes animaliers, il permet de capturer des sujets farouches sans les déranger, transformant un 400 mm en 560 mm ou 800 mm selon le multiplicateur choisi. Les ornithologues l’apprécient particulièrement pour photographier des oiseaux à distance respectable.

En photographie sportive, notamment pour les disciplines où l’accès est restreint, le téléconvertisseur offre un cadrage plus serré sur l’action. Un photographe au bord d’un terrain de football ou de rugby peut ainsi isoler un joueur avec plus de précision.

L’astrophotographie constitue un autre domaine d’application pertinent. Photographier la lune, certaines nébuleuses ou planètes nécessite des focales importantes que le téléconvertisseur peut fournir à un coût moindre que celui d’un télescope dédié. (voir dans cet article au paragraphe « Quel objectif »).

En macro, l’utilisation d’un convertisseur est assez fréquente. Pouvoir « transformer » son 100 mm macro f/2,8 en un 140 mm macro f/4, sans changement de la distance minimale de mise au point, peut d’avérer un atout considérable. Cela ne change pas grand-chose si l’on doit photographier un petit objet immobile. C’est très différent pour la photo d’un insecte un tant soit peu craintif ! On peut ainsi « le rapprocher » sur la photo, tout en le gardant à une certaine distance réelle.

Enfin, pour le portrait, certains photographes utilisent des téléconvertisseurs sur des objectifs moyens pour obtenir des focales flatteuses et un bokeh plus marqué, même si parfois moins bon. Ce n’est cependant pas l’usage le plus courant.

Dans les autres cas, utiliser un convertisseur x1,4 sur un objectif de 50 mm ouvrant à f/1,4 (qui devient donc un 70 mm f/2) n’a pas beaucoup de sens quand on sait qu’il existe d’excellents « petits télés » de 85 mm avec la même ouverture f/1,4 !

Avec quels objectifs l’utiliser ?

Théoriquement, tous : optiques fixes comme zooms. Techniquement, il n’existe aucun interdit.

Toutefois, dans la pratique, un convertisseur ne fait quasiment jamais bon ménage avec des zooms.

Pourquoi ?

Oublions tout de suite les antiques « tripleurs de focale » déjà difficilement utilisables au temps de l’argentique. Ils entrainaient des pertes énormes de luminosité et dévastaient littéralement la qualité des images. Ils ont aujourd’hui disparu des catalogues des fabricants « sérieux ».

En revanche, n’oublions pas que les zooms comportent un nombre parfois très important de lentilles. Rajouter celles d’un convertisseur ne peut que perturber davantage le passage de la lumière de la lentille frontale au capteur.

Outre donc la perte de luminosité déjà évoquée (1 à 2 valeurs de diaphragme, selon le convertisseur), d’autres limitations sont à redouter :

  • la qualité d’image se réduit : la netteté et le contraste diminuent, surtout avec un convertisseur 2×
  • l’autofocus devient plus lent : certains boîtiers peuvent même perdre totalement l’autofocus si l’ouverture maximale devient trop petite (f/8 ou plus)
  • la compatibilité : tous les zooms ne sont pas compatibles. Il est donc indispensable de vérifier les recommandations du fabricant.

Conseil pratique : les convertisseurs donnent de meilleurs résultats avec des objectifs haut de gamme (zooms professionnels f/2.8). Sur des zooms d’entrée de gamme, la dégradation de qualité peut être significative.

On peut donc déduire de ces considérations que l’utilisation avec des objectifs à focale fixe est à privilégier.

Pourquoi choisir un téléconvertisseur ?

L’argument économique

Le premier avantage d’un téléconvertisseur est indéniablement financier. Un super-téléobjectif de 600 mm professionnel peut coûter entre 10 000 et 15 000 euros, voire davantage.

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Un téléobjectif Canon RF 600 mm f/4

Son prix public officiel est de 14 749,99 €. On peut parfois le trouver moins cher : par exemple, sur ce site, il est vendu environ 14 600 €. Dans cette gamme de focales, on trouve aussi (pour les montures E de Sony et L (Leica et alliance L) un zoom Sigma 300-600 f/4 vendu officiellement 6 999 €.

Un téléconvertisseur 2x de qualité, lui, oscille entre 400 et 900 euros selon les marques. Combiné à un 300 mm que vous possédez déjà, vous obtenez l’équivalent d’un 600 mm pour une fraction du prix. Si c’est un 300/2,8 (déjà pas donné et qui n’existe pas chez Canon en version RF), il devient un 600/5,6. Certes, c’est une différence de 1 diaphragme par rapport au 600/4, mais le prix est nettement moins élevé. Incidemment, Canon dispose cependant en monture RF d’un 400/2.8 au prix très peu « démocratique » de 13 699 €.

Notons, à ce propos, que les très longues focales (+ de 300 mm) à grandes ouvertures ne sont pas encore très répandues dans les gammes pour montures hybrides.

L’encombrement et le poids

Porter un arsenal d’objectifs lors d’une sortie photo peut rapidement devenir épuisant. Un téléconvertisseur, compact et léger (généralement entre 200 et 500 grammes), se glisse facilement dans une poche de sac. Vous gagnez en polyvalence sans sacrifier votre mobilité ni votre endurance.

La flexibilité créative

Avec un téléconvertisseur, vous disposez essentiellement de deux objectifs en un. Cette polyvalence est précieuse lorsque les conditions de prise de vue évoluent. Un animal qui s’éloigne, un changement de perspective souhaité, et vous installez le téléconvertisseur en quelques dizaines de secondes pour vous adapter. Dans certaines situations cependant, le temps d’installation nécessaire fait que l’animal pourra aussi avoir disparu du champ de vision !

Les avantages en détail

Au-delà de l’aspect économique et pratique, les téléconvertisseurs modernes de qualité présentent plusieurs atouts techniques. La distance minimale de mise au point reste généralement inchangée, ce qui signifie qu’avec un 2x, vous obtenez effectivement un rapport de grandissement doublé à la même distance. Pour la proxy-photographie, c’est un avantage considérable.

Les téléconvertisseurs de marque, conçus spécifiquement pour s’harmoniser avec les objectifs du même fabricant, maintiennent la communication électronique entre le boîtier et l’objectif. L’autofocus, la stabilisation d’image et les métadonnées EXIF fonctionnent normalement, préservant votre expérience utilisateur.

Comme évoqué plus haut, certains photographes apprécient également l’effet sur le bokeh. En doublant la focale, la profondeur de champ diminue, créant un flou d’arrière-plan plus prononcé qui isole davantage le sujet.

Les inconvénients à ne pas négliger

Perte de luminosité

C’est le compromis majeur : un téléconvertisseur réduit la quantité de lumière atteignant le capteur. Un multiplicateur 1,4x vous fait perdre un diaphragme (un stop), tandis qu’un 2x en fait perdre deux. Votre 300 mm f/2.8 avec un 2x devient un 600 mm f/5.6. Dans des conditions de faible luminosité, cette perte peut devenir problématique, vous obligeant à augmenter la sensibilité ISO ou ralentir la vitesse d’obturation.

Impact sur l’autofocus

Cette perte de luminosité affecte également les performances d’autofocus. De nombreux boîtiers, surtout d’ancienne génération (Reflex), voient leurs systèmes AF ralentir considérablement ou devenir inopérants en dessous de f/5.6 ou f/8 (c’est-à-dire f/9, f/11, etc.). Les collimateurs centraux peuvent continuer à fonctionner, mais vous perdez l’accès aux points périphériques. Pour la photographie animalière ou sportive nécessitant une réactivité maximale, c’est un handicap sérieux.

Dégradation de la qualité d’image

Aussi étudié ou élaboré soit-il, un téléconvertisseur ajoute des éléments optiques supplémentaires dans le chemin de la lumière. Cette complexité peut introduire des aberrations chromatiques, du vignetage, ou une légère perte de piqué, particulièrement vers les bords de l’image. Les meilleurs téléconvertisseurs minimisent ces défauts qui, cependant, demeurent perceptibles, surtout à pleine ouverture.

Compatibilité limitée

Tous les objectifs n’acceptent pas tous les téléconvertisseurs. Les fabricants publient généralement des listes de compatibilité strictes. Certains objectifs ne fonctionnent qu’avec des multiplicateurs 1,4x, d’autres supportent également les 2x. Les objectifs avec de « petites ouvertures » maximales (au-delà de f/4, f/5.6) deviennent souvent inutilisables avec un 2x, l’ouverture résultante étant trop sombre pour permettre l’autofocus. Mais rien ne vous interdit de « tenter le diable » en passant outre ces inconvénients. À vos risques, seulement, en termes de résultat.

Alors, bonne ou mauvaise idée ?

La réponse dépend entièrement de votre pratique photographique et de vos attentes. Un téléconvertisseur représente une excellente idée si vous photographiez régulièrement en plein jour, avec des téléobjectifs lumineux (f/2.8 ou f/4), et que vous avez occasionnellement besoin de focales plus longues sans vouloir investir dans un super-téléobjectif coûteux.

Pour les photographes animaliers amateurs, ornithologues ou passionnés de sport disposant d’un budget limité, c’est un investissement judicieux qui décuple les possibilités créatives. La perte de qualité reste acceptable pour la plupart des usages, y compris la publication sur les réseaux sociaux ou l’impression en formats moyens.

Toutefois, il ne faut pas négliger la « solution » qui consiste à recadrer l’image (« crop »). Avec le numérique c’est possible très facilement. Mais à la condition expresse de ne pas faire cela « comme un bourrin », et en restant raisonnable. En plus, il faut :

  • que l’image en vaille la peine
  • que la définition soit suffisante (un « gros » capteur bien doté en pixels est préférable !)
  • que les inconvénients générés (montée du bruit, notamment) soient bien contrôlés.

Mais c’est un autre sujet !

En revanche, pour les professionnels exigeant une qualité d’image irréprochable en toutes circonstances, notamment en basse lumière, ou pour ceux dont le gagne-pain dépend de la réactivité de l’autofocus, un véritable super-téléobjectif reste préférable malgré son coût prohibitif.

Une (modeste) expérience personnelle

Le matériel

Toujours équipé de matériel Pentax (Reflex), je possède deux convertisseurs pour la monture K :

– un Kenko Pz-AF 1.5x TELEPLUS SHQ

– un HD Pentax DA 1.4x AW, « AF REAR CONVERTER »

Tous deux ont été achetés d’occasion, en excellent état.

J’ai eu aussi l’opportunité d’utiliser un « convertisseur » plus ancien, l’AF Adapter smc Pentax-F 1.7x.

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Le Pentax AF Adapter x1.7 (©Ricoh Imaging)

Ces trois convertisseurs ont fait l’objet d’un article de « PentaxKlub » en 2019. Nos lecteurs pourront s’y reporter en tant que de besoin. Bien sûr, seul le Kenko a pu exister pour d’autres montures que la monture K.

S’agissant de « l’AF Adapter », c’est un convertisseur un peu particulier. En effet, il permet, dans une certaine mesure, de rendre autofocus des objectifs à mise au point manuelle (voir notre ancien article précité).

Retour d’expérience succinct

Le Kenko

À l’expérience, il semble qu’il soit plus proche d’un x 1,4 que d’un x 1,5 que son nom revendique.

À l’opposé de ce qui est dit ci-avant, il s’est avéré que ce convertisseur ne transmet, dans les EXIF, ni la focale, ni l’ouverture de diaphragme résultantes.  Faut-il lui en faire un procès ? Peut-être pas, ces inconvénients pouvant être mis au passif des boîtiers Pentax qui ne reconnaitraient pas ces informations. Par ailleurs, les différentes évolutions de la baïonnette K font que le convertisseur Kenko n’a pas systématiquement été adapté au fur et à mesure de ces évolutions. Ceci peut aussi expliquer cela ! En revanche, plus gênantes sont ses fréquentes « hésitations » dans l’acquisition du focus.

Le Pentax HD DA 1.4x AW, « AF REAR CONVERTER »

Comme l’indique son nom, il n’est pleinement utilisable qu’avec les objectifs « DA » de Pentax, c’est-à-dire ceux dédiés aux capteurs APS-C. Utilisé avec des objectifs FF sur boîtier FF (hors crop APS-C) il produira un vignetage important lui retirant tout intérêt (sauf cas particulier).

Mais, utilisé comme l’a prévu le constructeur, il est sans aucun doute le meilleur des trois. Cela se comprend aisément : il est aussi le plus récent et le mieux optimisé pour les optiques les plus « modernes » du constructeur.

L’AF Adapter Pentax

La conversion x1,7 (au lieu de x1.4 ou x1.5) est intéressante, mais elle s’accompagne d’une perte de 1,5 valeur de diaphragme (contre 1 pour les 2 autres). Avec des objectifs très lumineux, cela ne prête guère à conséquence, surtout si l’on dispose d’une lumière suffisante en quantité et en qualité. Mais dans les autres cas, cela peut très vite devenir extrêmement pénalisant.

 

Des exemples d’utilisation

Ces exemples excluent l’AF Adapter pour la simple raison que je n’en dispose plus.

Au vu de ce qui précède, il est évident qu’il n’était pas possible d’utiliser les deux convertisseurs (Kenko compatible FF et Pentax DA x1.4 uniquement compatible APS-C) avec les mêmes boîtiers.

Pour les prises de vues qui suivent, et afin de pouvoir comparer utilement les résultats, j’ai pris les configurations suivantes :

  • En APS-C : boîtier reflex Pentax K-3 III avec objectif Tamron 90 mm f/2.8
  • en 24×36  : boîtier reflex Pentax K-1 II avec objectif Pentax F 135 mm f/2.8

Notons qu’un 90 mm sur boîtier APS-C est l’équivalent (sans convertisseur) d’un 135 mm sur boîtier FF en termes de champ photographié (coefficient de conversion de 1.5 d’où 90 x 1.5 = 135)

Bien entendu le convertisseur Pentax a été monté uniquement sur le K-3 III et le Kenko sur le K-1 II.

Images avec le K-3 III
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Sans téléconvertisseur

 

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Avec téléconvertisseur
Images avec le K-1 II
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Sans téléconvertisseur

 

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Avec téléconvertisseur Kenko x1.5

 

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Recadrage à partir de l’image SANS téléconvertisseur

Quelle conclusion peut-on tirer ?

Les photos ci-dessus sont toutes issues de fichiers RAW (DNG) développés avec strictement les mêmes paramètres.

Peu de choses à commenter sur la photo avec le téléconvertisseur Pentax DA x1.4 : l’image reste de bonne qualité, sans dégradation visible due au convertisseur.

Le cliché en FF avec convertisseur fait apparaître un certain vignetage, visible notamment dans les angles supérieurs. Cela pourrait laisser supposer que le convertisseur Kenko utilisé – maintenant ancien -, serait destiné plus particulièrement au format APS-C (non testé). Il semblerait donc préférable, dans ce cas, de privilégier la solution du recadrage qui, évidemment, ne présente pas cet inconvénient. À cet égard, il est préférable, pour recadrer, de partir de l’image d’origine plutôt que de la version développée en JPEG. Cela permet de limiter les pertes de qualité.

Conseils pour optimiser son utilisation

Si vous décidez d’acquérir un téléconvertisseur, privilégiez toujours les modèles de la marque de votre boîtier pour garantir une compatibilité optimale. Investissez dans la meilleure qualité possible, les versions économiques tierces pouvant produire des résultats décevants. Cependant, le marché a beaucoup évolué. On constate un saut qualitatif évident. Sigma et Viltrox, notamment, commencent à proposer des alternatives très intéressantes pour certains boîtiers hybrides. Il arrive même que leurs produits soient optiquement plus évolués que les modèles de marques. Et ils proposent de la bonne qualité optique. Un exemple ICI

Utilisez préférentiellement votre convertisseur avec vos objectifs les plus performants. Un téléconvertisseur révélera impitoyablement les faiblesses d’un objectif médiocre. Fermez le diaphragme d’un ou deux crans pour compenser la perte de piqué à pleine ouverture.

Enfin, testez abondamment la combinaison objectif-téléconvertisseur avant une sortie importante. Chaque association produit des résultats différents, et vous devez impérativement connaître les limites de votre équipement.

 


 

Le téléconvertisseur n’est ni un objet miraculeux ni une catastrophe. C’est un outil de compromis intelligent qui, bien utilisé, enrichira significativement votre arsenal photographique sans ruiner ni votre budget, ni votre dos, ni vos cervicales.

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