La Lune : voilà au moins un sujet, quand on parle de « l’astre des nuits », qui ne viendra pas demander des comptes si, par extraordinaire, on n’a pas bien réussi à lui tirer le portrait. Et qui ne nous prendra pas non plus pour des indiscrets, puisque tout le monde a ce sujet à disposition. Oui, mais pas forcément tout le temps. Nous allons voir que certains moments sont plus favorables que d’autres. Et qu’il va aussi falloir compter avec la couverture nuageuse.
Nota : Pour moi, ce sont mes premières photos de « l’astre des nuits ».
Les caractéristiques essentielles de la Lune
On ne va pas commencer ici un cours d’astronomie, qu’on serait d’ailleurs bien incapable d’assurer. Non, il s’agit seulement de donner quelques informations qui pourraient être utiles à qui voudrait faire quelques images de l’astre. Pour le reste, de très nombreux sites donneront des informations sur le sujet, sans oublier, bien entendu, les encyclopédies, qu’elles soient en ligne ou pas.
Quelques chiffres
Le satellite naturel – unique – de la Terre se situe en moyenne à environ 380 000 km de nos yeux. Sa taille apparente est quasiment la même que celle du Soleil, ce qui explique que, lors des éclipses totales, on a l’impression qu’elle peut entièrement recouvrir l’image du Soleil.
Son orbite autour de la Terre ne forme pas un cercle parfait. C’est ce qui explique que sa distance à la Terre varie de 356 000 km (périgée) à 406 000 km (apogée). Il s’agit, bien sûr, de distances approximatives. Ainsi, l’astre apparaît plus gros (mais il ne l’est pas réellement) quand il est à son périgée, puisque alors plus proche de la Terre. On a la même impression quand l’astre se rapproche de l’horizon : c’est une illusion d’optique.
La Lune est en rotation synchrone avec la Terre : la conséquence est qu’elle montre toujours la même face à la Terre : cela s’explique par le fait que sa période de rotation sur elle-même est égale à sa période de révolution autour de la Terre, soit un peu plus de 27 jours, et pas tout à fait 28 (27,321582249 jours).
Comment ça se passe
L’animation ci-après (origine : Wikipedia) permet de se rendre compte de la rotation de la Lune, en même temps que de ses phases.

Avec nos moyens dérisoires, il sera impossible de produire le scoop que constituerait une photo de sa face cachée ! Mais bien sûr, si vous disposez d’un véhicule spatial… et de très gros moyens financiers, alors tout vous est permis, et cet article ne vous servira à rien !
Voici ce que vous obtiendriez :

À noter qu’on ne voit pas exactement la même chose de la face visible de la Lune selon l’endroit où l’on se trouve sur Terre : l’angle de vue a une certaine importance ! Les choses changent selon que l’on se trouve dans l’hémisphère nord ou dans l’hémisphère sud. Et, au surplus on ne peut voir que ce qui est éclairé par le Soleil et qui varie selon les phases de la Lune (quartiers, croissants, etc.).
Où, quand, comment photographier la Lune
Chacun sait que la Lune n’est pas toujours visible, pour diverses raisons, et que, selon l’endroit où l’on se trouve, la possibilité de « shooter » peut s’en trouver perturbée. Et particulièrement quand on n’a pas le matériel adapté. Essayons d’examiner chaque situation.
Où photographier la Lune
Dans les faits, l’importance de cette question n’est que relative, mais pas nulle pour autant. La seule nécessité impérative, c’est que l’astre soit visible. Cette nécessité étant remplie, il appartient au photographe de trouver l’endroit où il pourra opérer sans trop de contraintes et avec une visibilité parfaite. On comprendra facilement qu’il sera plus indiqué de se trouver en pleine campagne, ou à la montagne, si possible en hauteur, avec une vue dégagée et loin de la pollution lumineuse des agglomérations (*).
La pollution atmosphérique ne doit pas non plus être négligée. Par exemple, au sommet du Pic du Midi de Bigorre, les conditions seront nettement meilleures que sur la Butte Montmartre. Mon « acolyte » de PhotoKlub me fait remarquer que sur le Piton Maïdo ou celui de la Fournaise (Réunion), ce n’est pas mal non plus. Je n’y suis jamais allé (contrairement au Pic du Midi), mais je le crois sur parole !
Si l’on n’a pas cette possibilité, eh bien il faudra tout de même chercher à s’approcher des mêmes conditions (que l’on n’atteindra pas !) en se positionnant le plus possible en hauteur si l’on est environné d’immeubles élevés. Et dans un environnement aussi peu éclairé que possible. Quelques accessoires peuvent alors aider : nous verrons cela dans le paragraphe « Matériel nécessaire ou utile ».
(*) Oui, parce que, le plus souvent, on photographie la Lune de nuit, même s’il est parfois possible de le faire quand elle est visible de jour. Dans ce cas cependant, la faiblesse relative des contrastes ne permettra pas toujours des clichés « percutants ».
Quand ?
C’est LA question la plus importante, car elle fait intervenir de nombreux paramètres. Essayons d’élaguer le chemin !
À quelle période dans l’année ?
Question de peu d’importance là encore. Ce qui peut influencer le photographe, ce sont alors les conditions météorologiques. S’il fait très froid, photographier reste possible, à condition de pouvoir s’en protéger et de pouvoir aussi protéger le matériel. S’il pleut ou s’il neige, le ciel étant donc couvert de nuages, aucune chance !
Reste donc à viser les conditions idéales : un ciel dégagé, une température nocturne clémente. On l’a compris, l’été est une saison quasi idéale. Mais d’autres périodes de l’année sont aussi possibles, évidemment.
« Ciel dégagé » ne veut pas dire « ciel sans nuage ». Il reste possible de photographier la Lune même si quelques passages nuageux viennent par moments la cacher partiellement. L’effet peut s’avérer très intéressant. Toutefois, il nécessite d’être particulièrement attentif, privé que l’on est du moyen d’intervenir d’une quelconque façon sur la course des nuages.
En revanche, si le ciel est brumeux, même si la Lune est visible, il existe de fortes chances pour qu’elle manque de contraste et de netteté sur les photos : le relief sera beaucoup moins marqué. Faut-il, dans ce cas, s’abstenir de faire la photo ? Chacun aura sa réponse, mais pourquoi ne pas tenter quelque chose d’original ?
Un conseil, lorsque la Lune est basse sur l’horizon : au lieu de la shooter « plein cadre », il peut être judicieux d’introduire d’autres sujets dans l’image, éventuellement en ombres chinoises.
À quel moment des phases de la Lune
C’est une question nettement plus importante : tout dépend de ce que l’on veut comme cliché !
Quelle que soit la phase en cours, on peut photographier la Lune, sauf bien sûr au moment de la « Nouvelle Lune », où elle est quasi-invisible. En effet, cette phase est caractérisée par le fait que la Terre, la Lune et le Soleil sont alignés. Pour photographier, il faut « un peu » de lumière. Or, dans le cas de la Nouvelle Lune, seule est éclairée par le Soleil sa face cachée, la face visible étant dans l’ombre quasi totale. C’est la très faible réflexion de la Terre qui vient la « sauver » de l’invisibilité absolue.
Rappelez-vous ce que l’on disait plus haut : la taille apparente de la Lune, 400 fois plus petite que celle du Soleil, situé 400 fois plus loin, apparaît identique à celui-ci. Elle semble donc le recouvrir totalement. D’où l’absence de lumière pour laisser apparaître la face visible qui, pour le coup, s’avère invisible. En pareil cas, du reste, il faut noter que la Lune n’est alors pas visible de nuit, mais uniquement de jour.
Ce site donne le calendrier des phases de la Lune en 2025 et 2026.
Incidences sur la photo
Les différentes phases de la Lune ne sont pas sans influence sur le rendu des photos. Ainsi, on pourra observer que, lorsque la Lune est pleine, les « cratères » n’apparaissent pas avec un relief marqué. Ils apparaissent comme écrasés, et la netteté globale s’en ressent, bien entendu. C’est un peu comme lorsqu’on photographie un sujet de face avec un flash direct. C’est le contraire en Lune gibbeuse, croissante comme décroissante, l’éclairage moins direct du Soleil apportant alors le relief manquant à la périphérie de la zone visible.
Comment ?
Photographier la Lune, c’est comme pour toute séance photo un tant soit peu « importante » : il convient de se préparer suffisamment tôt de façon à ne pas être pris au dépourvu. Les conditions de prise de vue peuvent évoluer assez rapidement – on ne maîtrise pas la course des nuages, quand il y en a ! -, on ne maîtrise pas davantage tous les incidents qui peuvent se produire dans l’environnement.
Pour ce projet, il est important, avant tout, de savoir où va se situer la Lune, l’endroit dans le ciel où elle va se lever, ainsi que sa « course ». C’est primordial pour choisir l’endroit où se placer. Pour cela, il peut être profitable de se tourner vers des applications sur le Net qui sauront vous renseigner. Un exemple assez connu est le site Photo Ephemeris. Dès que l’on clique sur « Get Started », le site détecte et affiche la position de la personne qui s’y connecte. À partir de là, il donne accès aux informations nécessaires (ou utiles, selon le degré de connaissances de chacun) selon l’endroit où l’on se trouve. Il existe une version (payante) pour smartphones.
D’autres sites donnent des informations astronomiques. Certains permettent de connaître la qualité du ciel en termes de clarté et, ainsi, d’en déduire la qualité de restitution des détails des astres (le « seeing« ). Citons dans ce registre le site meteoblue.com. Lui aussi détecte automatiquement l’endroit où l’on se trouve. Attention cependant : les renseignements qu’il donne ne servent à rien dans un ciel nuageux qui empêchera de voir la Lune !
Pour les smartphones Android, l’application Daff Lune peut aussi rendre de nombreux services. Il existe aussi une application nommée PhotoPills (payant) sous iOS et Android qui permet de planifier une prise de vue de soleil/lune/voie lactée. Et aussi d’imaginer la prise de vue possible par rapport au paysage (via la réalité augmentée), ce qui permet de changer de lieu si nécessaire. À utiliser sur place.
Matériel nécessaire ou utile
Un boîtier, mais lequel ?
Celui que l’on a à sa disposition et que l’on connaît conviendra, qu’il soit Plein Format (« Full Frame »), APS-C, ou µ4/3. Seule condition : pouvoir y fixer un objectif de longue focale. Nous avons souvent évoqué les incidences de la taille du capteur. Ici, il s’agit de photographier quelque chose qui se situe à plusieurs centaines de milliers de kilomètres. Il va donc falloir essayer de « rapprocher » l’astre au maximum. Un boîtier au format APS-C (coefficient 1,50 à 1,53 – Pentax, Nikon, Sony – ou 1,6 – Canon -), voire µ4/3 (coefficient 2) peut être un bon choix. Mais l’objectif utilisé a aussi son importance !
Pour les premiers essais, j’ai retenu le Pentax K-1 Mark II (plein format), en mode FF (36 Mpx) et aussi en mode APS-C (15 Mpx), avec ma focale fixe la plus longue, le Pentax DA* 300 mm f/4.
Ces images résultent, bien entendu, d’un fort grossissement en post-traitement. Voici ce que l’on obtient, en réalité, au sortir du capteur (image juste redimensionnée, aucun post-traitement) :

Sur ces images, la balance des blancs n’a pas été corrigée.
Quel objectif
Il s’agit surtout de photographier UN astre, pas une constellation ni la Voie Lactée. Un objectif grand-angle n’est donc pas utile. Mieux vaut un téléobjectif, le plus « long » que vous possédiez. Personnellement, j’ai donc un 300 mm ouvrant à f/4. Sur mon boîtier Pentax APS-C, c’est l’équivalent d’un 450 mm. En lui adjoignant un convertisseur x1,4, il devient l’équivalent d’un 640 mm (environ) f/5,6. C’est avec cette configuration que j’ai récemment photographié la Lune. On ne donnera pas de longueur focale minimale, mais à moins de 100 mm, voire 200 mm, ce n’est pas intéressant.
Sur un boîtier µ 4/3, un objectif de même focale – 300 mm – devient aussi, sans accessoire, équivalent à un 600 mm. Intéressant, non ?
Vous imaginez tout de suite les possibilités offertes par un objectif de plus longue focale (par exemple, un 600 mm).
Autre chose ?
Oui, tout d’abord, utiliser un trépied stable s’avère quasiment indispensable à ces longues focales. En effet, à main levée (qui reste toujours possible – mais compliqué – pour les plus « stables » d’entre nous, ou en s’appuyant contre un mur, un arbre, etc.), il est difficile de ne pas produire de flou de bougé. N’oublions pas, aussi, que la Lune bouge, même si cela nous paraît imperceptible, et… la Terre aussi ! La conjugaison longue distance / longue focale favorise tout spécialement le flou de bougé !
Dans un environnement qui peut être perturbé par des sources lumineuses non souhaitables, il est particulièrement recommandé de protéger la lentille frontale de l’objectif utilisé : voilà un emploi recommandé du pare-soleil ! Il ne fera pas obligatoirement tout, mais il contribuera à une meilleure prise de vue, comme souvent !
Paramétrage
On a facilement tendance à croire que la Lune est peu lumineuse, surtout par rapport au Soleil. Au contraire de celui-ci, on peut la regarder à l’œil nu. Mais on a tort si on néglige ce paramètre de la luminosité. Essayez donc de photographier l’astre avec vos réglages habituels : il y a de très fortes chances que vous obteniez un point blanc très surexposé dans un environnement « brouillasseux » (vitesse, ouverture, sensibilité…). J’ai essayé : ce n’est pas bon du tout !
Après de nombreux tâtonnements, j’ai adopté les réglages et le matériel suivants, étant précisé que ce n’est pas obligatoirement la Vérité absolue pour tout le monde, c’est juste ce qui m’a permis de faire quelques images « exploitables ».
Matériel utilisé
Pour mes prises de vue (hors essais), j’avais le matériel suivant :
- Boîtier Pentax K-3 III (APS-C de 26 Mpx) sur trépied Manfrotto 290 XTRA (ce qui, en théorie, implique de désactiver la stabilisation – Merci de ne pas me blâmer : j’ai oublié de le faire !) sans monture équatoriale.
- Objectif : Pentax DA* 300 mm f/4 avec son pare-soleil posé par son collier de pied sur le trépied (important pour la stabilité, l’équilibre et la sécurité de l’ensemble)
- Convertisseur : HD Pentax DA 1,4 x AW AF Rear Converter
On pourrait, en plus, conseiller une télécommande pour éviter le flou de bougé au déclenchement. Mais on peut aussi utiliser le retardateur, voire un smartphone avec l’application wifi « qui va bien », si le boîtier le permet.
Réglages retenus
Les photos ont été faites en juillet 2025, par un ciel dégagé, mais dans un environnement urbain pas favorable du tout et avec une pollution lumineuse non négligeable. Attention : il ne faut pas considérer ces réglages comme étant ceux qu’il faudrait absolument retenir. Ce ne sont que ceux que j’ai retenus, moi, à tort ou à raison, et que je n’ai pas toujours strictement appliqués !
- Boîtier et objectif en mode M (Manuel)
- Mesure Spot
- Balance des blancs en mode « Multi-Auto »
- Mise au point manuelle (pas d’AF, qui s’avère imprécis !) refaite plusieurs fois en fonction du déplacement de l’astre. Conséquence : 1 seul collimateur (central) qui indique quand la mise au point est bonne.
- Ouverture choisie : de f/6.3 à f/10 (mais f/7.1 paraît un bon compromis)
- Vitesse d’obturation : 1/320 s (certains conseillent une vitesse entre 1/125 s et 1/250 s)
- Sensibilité : ISO 320 (certains préconisent le plus bas possible, l’appareil étant sur trépied)
- Pour la composition, pas de « chichi » : Lune en plein centre (plus facile aussi pour la mise au point et meilleure définition de l’objectif). Et c’est favorable à un recadrage en carré.
- Déclenchement manuel (mais on peut aussi utiliser le retardateur, éventuellement une télécommande ou shooter miroir levé sur les reflex).
Si, en journée, une prise de vue « simple » est suffisante, la nuit, il vaut mieux utiliser du bracketing, avec 3 photos à -2, 0 et +2. La photo sous-exposée permet de récupérer tous les détails de la lune et, souvent elle ne servira qu’à cela. Les 2 autres photos, c’est pour le décor (et souvent celle à 0 suffit).
Résultats
Il est évident que, faute d’utiliser un télescope, la Lune n’apparaît pas en très grande taille sur le capteur. Il serait illusoire de montrer la photo directement issue de la prise de vue. Un post-traitement est absolument nécessaire, à commencer par un recadrage « sévère » qui ne sera pas sans incidence sur la netteté et le piqué. D’où la nécessité absolue de soigner autant qu’il est possible la prise de vue. Ce post-traitement peut varier selon les résultats bruts produits, donc impossible d’énumérer ici tout ce qui a pu (ou dû) être fait. Sans entrer dans les détails, ce PT s’est limité à un recadrage (important), une correction de la balance des blancs, une légère amélioration de la clarté et de la netteté et une correction colorimétrique (sur rouge et magenta). Ce qui a été nécessaire dans mon cas ne l’est pas obligatoirement dans tous les autres cas !
À un moment, j’ai aperçu un avion qui allait passer devant l’astre. Il ne fallait pas le rater : il figure sur la photo !
Et, il y a quelques jours, une belle lune rousse gibeuse :

Photographier la lune n’est pas plus difficile que photographier un autre sujet. Il faut juste tenir compte des conditions particulières que cela suppose, notamment la gestion de la lumière, directe comme environnante. Et, sans le moindre doute, préparer avec soin sa prise de vue : mais cela, c’est vrai aussi, quel que soit le sujet. Ensuite, avec un peu de chance …




2 réponses
Merci Micaz pour cet article.
Bravo pour l’avion qui passe devant la lune.
Merci CYv. Je m’en serais voulu si j’avais raté l’avion, mais je n’en aurais pas fait un film pour autant !