On le constate sans peine : très peu de photographes professionnels sont équipés de matériel Pentax.
C’est relativement vrai en photo de studio. Mais c’est encore pire dans les domaines de la photographie animalière ou de sports, surtout d’extérieur. Autour d’un terrain de football ou de rugby, on ne voit jamais la marque Pentax. L’absence de longue focale (voir plus loin) n’y est sans doute pas étrangère.
Dans la rue, lorsque je croise une personne munie d’un appareil photo (un « vrai », pas un smartphone !), j’ai toujours un « œil qui traîne » vers la marque dudit appareil. Je n’ai jamais fait de statistiques sur le sujet, mais on peut affirmer sans crainte que les appareils de marque Pentax ne représentent guère plus de 2 ou 3 % du total. Et encore s’agit-il de photographes amateurs : les pros se promènent rarement dans les rues.
Les besoins des photographes professionnels
Les besoins d’hier
À l’époque argentique, la répartition des marques chez les pros était beaucoup plus équilibrée qu’aujourd’hui. Certes, deux des grands noms du domaine occupaient déjà le devant de la scène (en ordre alphabétique Canon et Nikon). Ils étaient bien « poussés » par un service commercial qui ne lésinait pas sur les besoins des photographes concernés. Pour cela, ils y mettaient TOUS les moyens nécessaires, techniques ou pas. On peut le voir lors des gros évènements sportifs comme les jeux olympiques ou les diverses coupes du monde. Ou encore dans les gros festivals de musique. Ces deux marques proposent du matériel gratuitement en « essai » et, surtout, offrent un service d’assistance permanent.
Mais d’autres marques étaient aussi de la partie : dans le désordre, Leica, Rollei, Contax, Olympus, Minolta, Mamiya, et bien d’autres. Parmi elles, Pentax n’était pas la moins intéressante. Peu ont survécu, et moins encore ont réussi leur passage au numérique. Certains « grands » d’aujourd’hui (Sony, Panasonic…) n’existaient pas sur le plan de l’image argentique.
Un constat d’échec
Quelques grands noms de la photo ont parfois utilisé du matériel Pentax (Willy Ronis, par exemple). Cependant, ils n’en ont pas été équipés toute leur vie professionnelle. C’est peut-être que la marque ne leur offrait pas, dès cette époque, toutes les garanties : de pérennité, de complétude de gamme, d’accessoires de prise de vues ou encore de service après-vente rapide et efficace, notamment. Ceci est dit sans pour autant jeter le discrédit sur quiconque.
Le Pentax LX, performant…

À cet égard, l’exemple du Pentax LX (1980) est assez symptomatique. Voilà un appareil très complet en termes de performances, de modularité (8 viseurs différents, 12 dépolis de visée), conçu pour les professionnels, mais qui a été un échec commercial cuisant. Et pourtant, il permettait de mesurer la lumière d’une façon révolutionnaire et extrêmement précise directement sur le film (en mode auto de IL -6,5 à IL 20). Et pourtant son obturateur fonctionnait aussi bien en mode mécanique qu’en mode manuel ou automatique jusqu’au 1/2000 s. De plus, on pouvait lui adjoindre un moteur d’entrainement de film performant et il bénéficiait des dernières technologies de l’époque. Un dos optionnel permettait de charger des bobines de 250 vues. Oui, vous avez bien lu : 250 vues, soit l’équivalent de 7 pellicules de 36 vues !
… mais en échec
Sorti pour les 60 ans de Pentax, d’où son nom (LX en chiffres romains veut dire « 60 »), fabriqué pendant une quinzaine d’années, il a été passablement « boudé » par les pros. Il n’a pratiquement trouvé grâce qu’aux yeux de ceux que l’on appelle souvent des « amateurs éclairés ». L’explication se trouve probablement dans la concurrence… pas seulement technique. Il n’est pas facile d’attirer de nouveaux adeptes ! Et une des raisons à cela est qu’il est très difficile (et onéreux) de changer de marque quand on est déjà largement équipé en objectifs et accessoires d’une marque donnée. C’est vrai pour les amateurs, mais aussi pour les professionnels.
Malgré ses grandes qualités, le LX n’a pas engendré de larges « conversions ».
Le virage numérique
Nous avons déjà évoqué ce changement de technologie et les difficultés de Pentax dans le passage au numérique, notamment pour les capteurs plein format (voir ICI).
Les retards pris à ce moment ont été irrattrapables ! Un professionnel a besoin de disponibilité immédiate et pérenne d’un matériel donné, il y va de la vie de son entreprise. Il a aussi besoin que soient disponibles sur le champ des accessoires performants et correspondant aux nombreuses situations différentes selon les domaines d’activité. Pentax, en raison aussi des péripéties dues à ses « changements de main », n’offrait pas de garantie à et égard. On se doit de dire que la situation n’a pas favorablement évolué depuis. En le regrettant, bien sûr !
Le moyen format numérique
C’est, par nature, le matériel qui va le mieux au monde professionnel, tout au moins en studio. C’est plus difficilement utilisable en reportage du fait du poids et de l’encombrement. Les qualités et les dimensions des capteurs de moyen format en font des matériels, onéreux, bien sûr, mais aussi offrant des qualités d’image exceptionnelles.
Longtemps, le Pentax 645 D (2009) et son successeur le 645 Z (2014) ont équipé des professionnels qui n’avaient pas les moyens d’amortir des appareils plus performants (et incomparablement plus chers) d’autres marques : Hasselblad, PhaseOne….
Aujourd’hui, Fuji est venu sur le terrain des Pentax avec un dynamisme certain et a grignoté le marché du moyen format, au point que Pentax ne distribue plus le 645 Z, qu’il n’a d’ailleurs pas fait évoluer. On peut voir, dernièrement, de nombreuses annonces sur les sites de vente de matériel d’occasion : beaucoup de possesseurs de Pentax 645 cherchent à le vendre. La marque elle-même propose des promotions (des soldes ?) sur les objectifs pour 645 Z.

Le « plein format » numérique.
Bien que plus petit que le « moyen format », c’est ainsi qu’il est convenu d’appeler le format 24*36.
Comme nous l’avons dit dans des articles précédents, Pentax a éprouvé des difficultés et pris beaucoup de retard par rapport à ses concurrents. Si les reflex équipés de capteurs de format APS-C sont arrivés assez tôt (*Ist D en 2003), le premier Pentax à capteur 24*36 (le K-1) n’a vu le jour qu’en 2016. C’est-à-dire plusieurs années après les marques concurrentes. Son successeur (à peine amélioré), le K-1 mark II est arrivé en 2018… et, 5 ans plus tard, n’a lui-même pas encore de successeur !
Entre-temps, la concurrence est passée aux appareils dits « hybrides », ou « mirrorless » (sans miroir), tendance que Pentax refuse de suivre. On peut en penser ce que l’on veut, mais la marque a répété à de nombreuses reprises qu’elle resterait dans le domaine du Reflex. Une très grande majorité d’utilisateurs, professionnels compris, a, pour des raisons diverses, suivi cette [r]évolution vers l’hybride. Parmi ces raisons, un moindre poids des boîtiers, une technologie plus moderne. Mais ne fournissant pas obligatoirement de meilleures images.

Pourtant, le passage au mirrorless n’est pas indolore : les objectifs des reflex, à cause de leur tirage trop long, ne sont pas adaptables aux nouveaux boîtiers (dont les montures ont changé) et, dès lors, il faut totalement se rééquiper en objectifs compatibles. Sauf, dans certains cas, à pouvoir utiliser ces anciens objectifs avec une bague d’adaptation, éventuellement avec perte de fonctionnalités.
Des gammes d’objectifs trop restreintes
Les photographes professionnels utilisent généralement des boîtiers à capteurs plein format. Mais aussi, parfois, des boîtiers à capteurs plus petits (APS-C, Micro 4/3) pour des travaux plus particuliers.
Lorsque l’on observe la gamme actuelle des objectifs Pentax, on est amené à s’interroger. Non pas sur la qualité mais plutôt sur l’étendue de cette gamme. Si elle paraît correspondre peu ou prou à des besoins de photographes amateurs, il est clair que les professionnels, principalement en format 24*36, n’y trouveront pas leur compte. Qu’on en juge :
Longues focales
- Aucun objectif, que ce soit à focale fixe ou à focale variable, ne dépasse désormais 450 mm. Le dernier qui existait, le DA * 560 mm f/5.6, a été arrêté. Conçu pour le format APS-C, il était toutefois pleinement utilisable en plein format. C’est un inconvénient majeur pour les photographes animaliers. Et c’est d’autant plus dommage que les fabricants indépendants d’optiques (Tamron, Sigma…) ne fabriquent plus de tels objectifs en monture Pentax (et de moins en moins pour les reflex encore existants des autres marques).
- La plus longue focale fixe est désormais l’excellent (en termes de qualité d’image) DA * 300 mm f/4, lui aussi conçu pour le format APS-C quoique parfaitement utilisable en 24*36, mais doté d’une motorisation (SDM) qui accuse largement son âge (il est sorti en 2008 soit il y a 15 ans !). Et 300 mm, c’est beaucoup trop court pour un photographe animalier, même amateur.
- Il n’existe plus de 200 mm, le dernier (DA 200 mm f/2.8) n’étant plus distribué.
- Il n’existe aucun objectif fixe de 135 mm (et encore moins à grande ouverture type f/1.8) : cette focale était pourtant très populaire et courante en argentique, mais a cessé d’être produite par Pentax en 2000.

Grands angles et UGA
- En grand angle, la focale de 35 mm (en fixe), elle aussi très populaire, n’a comme représentant que le « vieux » HD 35 mm à l’ouverture relativement modeste de f/2, quand la concurrence propose couramment, pour la même focale, des ouvertures de f/1.4. On me rétorquera qu’il existe l’excellent HD FA 31 mm f/1.8 Limited. Oui, MAIS : il est beaucoup plus cher et sa formule commence à dater, elle aussi.
- En UGA, il existe, heureusement, le HD DFA 21 mm f/2.4 Limited
- En dessous de 21 mm, en focale fixe, plus rien ! Seul existe un zoom, lourd et volumineux (le 15-30 f/2.8).
L’amateur (que je suis) peut assez facilement « trouver son bonheur » dans cette gamme, sauf en très longue focale au-delà de 450 mm. Il faudrait, dans ce cas, passer au format APS-C, éventuellement avec convertisseur x1.4. Mais, bien sûr, avec les inconvénients correspondants : perte de luminosité d’un diaphragme.
Pour un professionnel, on en conviendra, le choix est limité. Et, répétons-le, les fabricants indépendants ne proposent plus d’alternative aux « trous » de la gamme Pentax.
Quelles perspectives pour les pros ?
Les besoins et les craintes des professionnels
En pointant les manques dans la gamme Pentax, nous avons mis le doigt sur une partie de ce qui rebute les pros à choisir la marque Pentax : ils ont besoin, à chaque prise de vue, de disposer du matériel adéquat, et ce n’est pas toujours le cas.
Il leur est également nécessaire, en cas de panne, de disposer d’un service après-vente rapide et efficace. Pouvoir faire appel à un service de prêt, le temps de la réparation, les rassurerait fortement. À ma connaissance, Pentax n’en dispose pas.
Le manque de visibilité sur les perspectives de développement et même sur la pérennité de la marque ne sont pas de nature à les attirer durablement. De même que l’absence d’évolution de la technologie : un boîtier reflex est en général nettement plus lourd qu’un mirrorless, même si, pour les objectifs, on constate une prise de poids et d’embonpoint dans chaque camp. Les avantages comparés de chaque famille ne sont pas toujours en faveur du reflex.
Et maintenant ?
On pourrait dire : « que vont-ils faire » ? « Ils », c’est tout à la fois la marque et les professionnels. Nous essaierons, dans un deuxième volet, d’imaginer ce que pourrait être l’avenir… si cet avenir peut encore exister dans ce domaine particulier qu’est la photo « traditionnelle ».
4 réponses
Bonjour Michel, excellent article ! Ceci dit et tu le sais, je fais des « manif’s », des festivals et des concerts (Hellfest, entre autre) avec MES PENTAX (K1-II) et je ne suis JAMAIS trahi par mes boîtiers. En manif’s, 24/70, plus rarement mon vieux 35/105, et en concerts toujours mon 70/200 ! AUCUN souci, toujours à l’aise, souvent bousculé, parfois copieusement arrosé, gazé, plusieurs fois, Pentax toujours là ! Plus de galères pour le bonhomme que pour le matos ! ☺ ☺ ☺ Quant aux pros, ceux avec lesquels je discute sont, effectivement, polarisés Nikon et Canon, je commence à voir quelques Sony ! Je suppose, comme tu l’écris, que cela tiens plus à la disponibilité des produits (objectifs) et surtout au bouche-à-oreilles, le milieu « PRO » étant, assez, fermé au produits exterieurs à la tradition…
Voilà. Bien à toi et au PentaxKlub.
Bonjour, Eric
et merci pour ce message.
Nous, utilisateurs de longue date de matériel Pentax, nous savons bien qu’il est de grande qualité et qu’il remplit (presque) toujours son office. Je dis « presque » parce que, parfois, on aimerait un AF plus réactif ou plus rapide avec certains objectifs… anciens. Avec les nouveaux (en tous cas les plus récents), le souci est bien moindre. Je reste persuadé que, si les adeptes d’autres marques essayaient le matériel Pentax, nombre d’entre eux seraient convaincus, à la condition essentielle qu’ils trouvent aussi, à côté des boîtiers, la gamme des objectifs et accessoires dont ils ont besoin.
Bonjour,
bien que je ne soit pas proffessionelle de la photo, c’est un article très intéressant qui me rend impatiente de lire la suite. Non sans une certaine nostalgie à l’heure où, j’envisage de plus en plus sérieusement, de me séparer du mon K3 pour passer sur la monture X de Fuji.
J’ai l’impression que le choix de ne pas passer à l’hybride tien surtout à une question économique, un manque de moyens pour investir. C’est assez triste car c’est un mauvais signe pour l’entreprise qui risque au mieux va stagner, voir péricliter.
Bonjour
Beaucoup de Pentaxistes sont déjà passés chez les concurrents et, parmi ces pentaxistes, beaucoup de professionnels et sans doute bien avant les amateurs. Ceux qui ont changé de marque avaient-ils, pour cela, des raisons techniques de le faire ? Avaient-ils vraiment épuisé toutes les possibilités de leur boîtier Pentax ? Bien peu dévoilent les raisons profondes de ce départ. Il est vrai que la marque ne donne pas vraiment l’impression de redresser la tête, en tous cas pas assez pour ses fidèles.
La deuxième partie du dossier sera publiée dans les tout prochains jours.