L’IA est de plus en plus omniprésente. Elle s’immisce dans de nombreux domaines. Il est désormais possible de lui faire faire à peu près n’importe quoi, même des choses qui paraissaient, a priori, compliquées. Depuis quelques mois, je teste quelques plateformes d’IA, afin de voir ce qu’on peut faire et leurs évolutions. Les progrès en la matière sont fulgurants et, régulièrement, des avancées sont proposées.
Fin 2024, j’ai voulu tester l’IA sur la conception de preset de développement pour le logiciel Lightroom Classic. Le résultat a été surprenant.
Qu’est-ce qu’un preset de développement ?
Ce n’est pas la première fois que ce concept des paramètres prédéfinis, comme il se nomme chez Adobe, est abordé. C’est une fonctionnalité très pratique, permettant de reproduire sur une ou plusieurs images, un même traitement. Certes, quand on travaille sur une série, on peut copier-coller les réglages de bases, la courbe de tonalité, etc., d’une photo à l’autre. Mais si on veut conserver un traitement qui nous convient et pouvoir le reproduire à volonté, il faut créer un paramètre prédéfini qui l’enregistrera, sous forme de fichier XML, avant de le rendre toujours disponible dans le panneau portant le même nom du module Développement.
Par la suite, un paramètre prédéfini pourra être utilisé sur toutes les images souhaitées aussi bien lors de la phase de développement qu’à l’import des images. Néanmoins, à de rares exceptions près, je préconise de ne pas appliquer de traitement lourd au moment de l’importation. Toujours après.
Après application, 80 % du travail sont réalisés, seuls des ajustements de paramètres étant nécessaires, au cas par cas, parce que les conditions de lumière et de composition ne sont jamais les mêmes. Mais cela permet de créer une unité de développement, de reproduire toujours le même style sur les images. Bien des photographes travaillent ainsi, se dotant de profils « signature » selon les pratiques (pour la street, pour les paysages, pour les portraits, pour l’animalier, etc.). Cette fonctionnalité, disponible sur de nombreux logiciels (par exemple, pour DxO PholoLab, ce sont les préréglages), facilite grandement le travail de post-traitement. Permettant donc d’accorder plus de temps à la pratique de la photographie !
IA et les presets Lightroom
Si l’action de créer un preset est simple, le mettre au point est plus compliqué. Il faut souvent travailler sur plusieurs images, en modifiant inlassablement les paramètres jusqu’au résultat qui convient. Le plus compliqué, c’est de créer les éléments de base du résultat que l’on souhaite obtenir. Comment traduire par des déplacements de curseurs ce que l’on sait exprimer par les mots ?
Par exemple, si je souhaite disposer d’un traitement « signature » proposant des images tendance high-key léger, avec un aspect désaturé tout en conservant des couleurs colorées, le dire est chose aisée, créer ce traitement l’est moins. C’est là qu’interviennent les IA. Si celles-ci sont capables de transformer une requête en un paramètre prédéfini, la phase préliminaire devient plus accessible facilement.
C’est ainsi que, pendant la période de Noël, j’ai utilisé le célèbre ChatGPT afin de tester. Le principe est simple, il suffit de lui poser des questions ou lui demander de faire quelque chose.
La première question a porté sur le fait de savoir s’il avait la possibilité de créer des presets au format XML pour Lightroom. En la posant, cela permet de fixer un cadre aux suivantes, car l’IA se souvient alors du contexte. À ma surprise, il m’a répondu ceci :
Non seulement la réponse était correcte, l’IA faisant le distingo entre Lr Classic et Lr qui sont deux produits différents, mais, en plus, elle m’informe qu’elle est en mesure de répondre à ma demande. Puisqu’elle me proposait si gentiment, autant tenter l’expérience en précisant mon besoin et le logiciel cible :
Au bout de plusieurs secondes d’analyse, l’IA a annoncé ce qu’elle allait réaliser avant de proposer un lien de téléchargement pour récupérer le fichier XML.
Après importation et un premier test, il s’est avéré que le preset proposé répondait globalement à ma demande. Ce travail initial aurait mis bien plus de temps si je l’avais réalisé moi-même, en tâtonnant. Malgré tout, il a fallu rectifier la balance des blancs qui descendait trop en température, ainsi que la luminosité trop importante à mon goût. Une fois les corrections apportées, le preset a été mis à jour, avant d’être appliqué à toute une série de photo.


Évidemment, les clichés n’étant jamais pris dans des conditions de prise de vue identiques, des corrections personnalisées sont parfois nécessaires. Comme pour ce cliché où la lumière était trop importante.



Certes, le résultat proposé par ChatGPT n’était pas parfait, mais très proche de la demande. Il est possible que les problèmes de température rencontrés venaient des termes employés dans la description. L’expression du besoin est très importante. Plus elle sera précise, définie et correctement rédigée, plus le résultat sera proche de ce que vous souhaitez. Néanmoins, dans tous les cas, ce que proposera l’IA ne sera pas parfait. Il faut considérer la proposition comme une très bonne base de départ, qui, après quelques affinages, deviendra votre traitement « signature ». Ce qui était le but recherché.
Aller plus loin
Ce qui est plus gênant, c’est que vous pouvez modifier votre demande afin qu’il tente de créer un preset « à la manière de…« . Si un style de traitement des photos vous fait de l’œil., il suffit de faire une demande de ce genre :
Moins d’une minute plus tard, le fichier XMP est disponible, avec une proposition de noir et blanc dans le style de Salgado. Je précise bien style, car, ni la photo ni le résultat obtenu ne seront du Salgado. Mais il y a un air de ressemblance et le traitement noir et blanc est plaisant à l’œil (du moins le mien), avec une belle profondeur de noir et un peu de grain de type argentique, ressemblant à ce que propose la pellicule Tri-X.

Si vous ne savez pas décrire le résultat que vous souhaitez obtenir, si vous n’avez pas de référence photographique à indiquer ou si le photographe est inconnu de l’IA, rien n’est perdu ! Il vous reste la possibilité de lui donner une image cible et de lui demander d’analyser et de déduire un preset. Là encore, cela fonctionne.
Pourquoi LrClassic et pas DxO PhotoLab, ACDSee ou CaptureOne ?
Est-ce une censure ou un mépris pour les autres logiciels ? Non, même si je parle plus facilement de LrC, puisque c’est celui que j’utilise. La question a été posée à ChatGPT et la réponse a été quelque peu différente.
Je suppose que la grosse différence vient du fait que les presets de LrClassic sont écrits dans un format ouvert basé sur le langage XML. Ce qui ne semble pas être le cas pour les autres logiciels. Mais, même si ChatGPT ne peut générer directement des fichiers, il assure être en mesure de fournir le mode opératoire à utiliser :
Même si le mode opératoire n’est pas le même, une IA comme ChatGPT reste en mesure d’aider le photographe dans cette tâche.
Réflexions
En cherchant ici à reproduire le style d’un photographe, est-on dans l’inspiration, l’hommage, l’imitation, car on ne sait pas faire autrement ? Ou bien est-ce un vol de propriété intellectuelle ? Depuis longtemps, on a essayé de faire « à la manière de…« , avec plus ou moins de réussite. Souvent moins d’ailleurs. On est souvent inspiré et, en cherchant nos styles, on imite, on s’inspire jusqu’à trouver quelque chose de propre. Mes Noirs et Blancs sont ainsi basés sur des presets créés sous la Nik Collection puis portés sous Lightroom, inspirés des univers graphiques de Salgado et Ronis. Ce mode de fonctionnement basé sur l’inspiration n’est pas nouveau. Tant qu’il est artisanal et qu’il permet de développer ses propres univers, cela me paraît normal.
Qu’est-ce qui caractérise le style d’un photographe ? En premier, son art de la composition et de la prise de vue. Mais aussi sa façon de traiter le cliché afin de proposer un résultat final reconnaissable. Quand on voit des photographies de Salgado, on sait que c’est lui, sans chercher quelque part sa signature.
Ce qui va provoquer de nombreux débats et engendrer des polémiques en pagaille, c’est le fait qu’une IA soit capable de reproduire le style de développement très facilement. Aujourd’hui ce n’est pas parfait, mais cela va s’améliorer sans fin. À mon sens, il s’agit d’une catastrophe artistique. La photo n’est pas le seul domaine touché. Il suffit de demander à une IA de composer une chanson à la manière de Michel Berger (décédé), de Goldman, de Stromae ou des Beatles, une symphonie à la manière de Beethoven et on aura un résultat. En Angleterre ou en France, les artistes commencent à porter ce débat afin de préserver l’art de l’IA. Aux États-Unis, ce débat a déjà été refermé par Musk qui soutient les IA par rapport à l’humain.
Les IA vont de plus en plus se développer et s’imposer dans notre vie. Il conviendra de faire attention, car, si de nombreux exemples sont plaisants et intéressants, d’autres vont s’avérer franchement dramatiques. À suivre.












Une réponse
Merci pour cet article, il me donne envie d’essayer cet IA.
Et bienvenu au PhotoKlub.