« La photo au musée » : que voilà un titre bien ambigu ! On pourrait penser, à la lecture de ce seul titre, que la photographie « a vécu » et qu’elle va entrer au musée. Comme les enluminures.
Eh bien non, fort heureusement ! Il ne s’agit ici que d’examiner la façon de prendre des photos dans un musée. Ou, bien sûr, dans tout lieu fermé exposant des œuvres : en extérieur, les contraintes sont souvent très différentes.
Peut-on photographier sans contrainte dans un musée ?
La loi
Juridiquement, il n’existe aucune disposition interdisant formellement de prendre des photos dans un musée. Pourtant, certains musées édictent parfois des interdictions, soit générales (rare) soit à l’occasion de telle ou telle exposition temporaire d’œuvres. Ainsi, il y a quelques années, le Musée du Louvre a-t-il interdit les photos pour l’exposition Vermeer. Pourtant, il y a belle lurette que les œuvres de Vermeer sont tombées dans le domaine public et peuvent, dès lors, être photographiées sans réserve.
Dans d’autres cas, les musées allèguent que l’interdiction est demandée par les propriétaires privés des œuvres prêtées le temps de l’exposition. Ceci ne repose non plus sur aucun fondement juridique.
Juridiquement, les musées fondations privées/publiques, les galeries (sauf rares exceptions liées au fait que la galerie est aussi propriétaire des droits incorporels) n’ont pas le droit de vous interdire de prendre des photos, quelle que soit la configuration de l’exposition et la nature des œuvres présentées. En réalité, cela tient au fait qu’il y a confusion entre droit matériel (la toile, l’œuvre physique) et le droit d’auteur (branche propriété littéraire et artistique – qui n’appartient qu’à l’auteur ou ses ayants droit). Et pour le droit d’auteur, la photographie a presque toujours le droit à la copie privée.
D’autres que PentaxKlub se sont penchés sur cette question : nous ne vous donnerons ici aucune solution ferme et définitive sur ce sujet. Le bon sens doit prévaloir et, si on vous refuse l’autorisation de photographier, n’insistez pas : vous n’allez pas faire un scandale ni vous engager dans des poursuites judiciaires à ce motif ! Même si, depuis 2014, le Ministère de la Culture encourageait le public à photographier dans les musées dans une charte Tous photographes ! qui doit surtout constituer une base de bonnes pratiques.
La pratique
Vis-à-vis de l’institution
Une première façon d’éviter les conflits potentiels est de demander, dès son arrivée au musée, si les photos sont autorisées et sous quelles conditions. Parmi celles-ci, la première – et souvent la seule – qui vous sera imposée est de ne pas utiliser de flash, chose qui se comprend aisément, pour plusieurs raisons parmi lesquelles « l’impact » de la lumière vive sur les œuvres et la gêne aux autres visiteurs, etc. Un seul éclat de flash n’endommage pas une œuvre, mais répété des milliers de fois, ce n’est plus du tout la même chose !
Et si tout le monde procède ainsi, la visite devient des plus pénibles : je l’ai vécu une fois à « L’Atelier des Lumières » où, précisément, les œuvres sont projetées sur les murs et parois. D’autres visiteurs, munis de simples smartphones photographiaient ces œuvres sur les murs au flash sans se soucier de la gêne pour les autres. Les œuvres elles-mêmes ne risquaient rien, bien entendu ! Plusieurs fois vilipendés pour leur attitude, ces visiteurs arguaient du fait qu’ils ne pouvaient pas désactiver le flash sur leurs smartphones ou qu’ils ne savaient pas le faire. D’où l’importance de bien connaître son matériel et de l’utiliser de façon appropriée !

Nous verrons plus loin (« Le matériel idéal ») qu’il faudra aussi respecter d’autres principes.
Vis-à-vis des autres visiteurs
Nous venons d’en voir un premier aspect.
Un autre, essentiel à nos yeux, est l’attitude qu’il faut adopter. Si l’on est un simple visiteur, on doit se comporter en tant que tel. Avec un principe absolu : le respect des autres. Ce qui sous-entend une foule de choses aussi simple que l’espace qu’on utilise, le silence que l’on doit s’imposer au maximum : rien de plus désagréable que d’entendre des commentaires dits à voix haute et dont souvent la teneur peut être sujette à caution. Donc les dire relève du même principe que les entendre : il faut s’en abstenir !
Si l’on est là en tant que « reporter », les choses sont, sur certains points, différentes :
- ce n’est pas la même pratique
- on est plus facilement amené à gêner les autres, pris que l’on est par les contraintes d’un « reportage » (contenu, angles de vues…). Dans ce cas, il est préférable d’entrer au préalable en contact avec la Direction du Musée afin de programmer, en vue du reportage, une visite hors des horaires réservés au public. Si l’on est un professionnel, cela peut se faire. Pour un simple amateur, n’y comptez pas, sauf passe-droit très aléatoire à obtenir !
Au musée, on est rarement seul(e)
Préparer sa visite
On peut l’apprécier ou le déplorer, mais c’est très bien ainsi !
Cela impose des contraintes, comme en toute chose. Une des premières est qu’il est bon de préparer sa visite. Si possible, réserver sa place aussi longtemps à l’avance que possible, permettra de choisir des horaires et peut-être d’éviter la foule. Une exposition temporaire dans un musée n’a qu’un temps, par définition. Sachant que les premiers et les derniers jours sont souvent synonymes de foule, il peut être préférable de choisir une période intermédiaire. À chacun de voir, en fonction de l’expo et de son succès, en fonction aussi de ses propres possibilités et préférences.
S’informer aussi assez tôt pour les possibilités photographiques (c’est quand même un peu le but de cet article !) permettra aussi de préparer son matériel.
Quand aller au musée pour faire des photos
Il n’existe pas vraiment de règle : chacun fera en fonction de ses goûts, de ses disponibilités. La seule règle – si on peut l’appeler ainsi – est d’éviter autant que possible les heures de plus forte affluence. C’est une simple question de bon sens, plutôt qu’une « règle ».
Composer avec les autres visiteurs
Nous l’avons dit plus haut : le respect des autres est essentiel. Laisser les autres visiteurs s’approcher d’une œuvre, leur laisser le temps de la photographier, tout cela fait partie du savoir-vivre dont on ne devrait jamais se départir. Même si on peut estimer que « l’autre » prend beaucoup trop de temps. En n’oublions pas que pour les autres, on est soi-même « l’autre » !
Cela signifie qu’on a aussi réfléchi à gêner le moins possible les autres visiteurs en ayant pensé à l’avance à l’angle sous lequel on veut prendre la photo. La patience doit alors être le maître-mot : on se positionne comme il convient, et on attend le moment favorable. Oui, cela peut durer… un certain temps (comme le temps de refroidissement du fût du canon, dans un célèbre ancien sketch de Fernand Raynaud). Mais c’est à ce prix qu’on pourra avoir l’image souhaitée.
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Le matériel idéal
Quel boîtier, quel objectif
Du « petit matériel »…
Dans les musées, on voit de plus en plus des smartphones (au moins 90 % des appareils utilisés !), quelques appareils compacts (du genre Ricoh GR III…) et très peu d’appareils reflex ou hybrides. C’est parfaitement compréhensible : tout le monde ou presque a un smartphone dans sa poche ou son sac – d’ailleurs plus ou moins adapté à la photo « de qualité », – mais rares sont les personnes qui « s’encombrent » d’un véritable appareil photo, bien plus lourd, plus encombrant, plus difficile à maîtriser, même s’il est capable de produire de bien meilleures images. Car, en plus, il faut lui « greffer » l’objectif « qui va bien » » au regard des circonstances rencontrées au musée.
.. au plus « gros »
Sauf cas très particulier, inutile de prévoir une longue focale qu’on ne pourra pas valablement utiliser : elle impose beaucoup de recul qui, dans bien des cas, serait le bienvenu, mais qui, au musée, se trouve compromis par les passages incessants d’autres visiteurs qui se positionnent inévitablement dans le champ de visée.
Longtemps, je n’ai pris que mon reflex (APS-C puis FF) avec un zoom type 16-50/2.8 ou équivalent (APS-C) ou 24-70/2.8 (FF), ensemble que je trouvais idéal. Mais j’ai fini par « déclarer forfait » tellement il devenait difficile, dans certains musées, de prendre les images que je souhaitais. Le temps et l’âge m’ont peut-être rendu un peu timide (ou résigné), mais désormais, je prends un compact ou mon smartphone. Ou alors un reflex (FF) monté d’un 50 mm (ancien) à grande ouverture ou, parfois, d’un zoom grand-angle léger (Sigma 17-35 mm/2.8-4). Mes cervicales m’en remercient, mon dos également, même si je ne fais plus les mêmes clichés. J’imagine que c’est pareil pour beaucoup d’amoureux de la belle photo.
Cela étant, rien ne s’impose : tout dépend de la taille des objets à photographier, de l’affluence, de la forme du moment, etc.
Pour ce qui concerne les réglages, eh bien il faudra choisir les bons selon les circonstances en plongeant dans les menus pour les trouver. Le mode « Pro » de certains smartphones permet déjà d’améliorer grandement leurs productions photographiques. De bien meilleures possibilités sont souvent offertes par d’autres types de matériel photo.
Matériel interdit
En principe, pas de perche à selfie (égo-portrait au Québec), pas de trépied et pas de flash.
Tout cela se comprend aisément, ne serait-ce que par la gêne que cela procure aux autres visiteurs et les risques potentiels d’accidents (trépied).
La perche à selfie
On voit de temps à autre des personnes qui bravent l’interdit de la perche à selfie : C’est vrai qu’elle permet des angles inédits ou impossibles à utiliser si on n’en possède pas. Tant que son utilisateur a le bon goût de ne pas s’inclure dans le champ photographié, avec l’œuvre artistique à l’arrière-plan, soit ! Mais cette pratique me semble tout de même à prohiber vu les dangers qu’une perche mal utilisée peut présenter.
Mieux, la plupart des musées dans le monde ont interdit l’utilisation de ces perches. Outre les problèmes liés aux personnes, il y a eu des destructions d’œuvres ( notamment une de Goya et l’autre de Dali en 2015). Cette interdiction est légale, elle.
Le trépied
Déjà, essayez donc d’entrer dans un musée avec un trépied pour la photo ! Vous serez immédiatement refoulé ou bien vous devrez le laisser en consigne et c’est tant mieux. Le danger que d’autres visiteurs chutent en se prenant les pieds dedans est bien trop grand pour que cet « accessoire » soit toléré. Sans compter que s’il l’était, son utilisation serait bien difficile dans la foule. Reste alors la visite en tant que « reporter », évoquée ci-avant. Dans ce cas, si l’on est seul, l’autorisation serait sans doute accordée.
Le flash
Nous en avons parlé plus haut. Les effets négatifs pour des œuvres fragiles (peintures, notamment) de milliers d’éclairs de flashes expliquent totalement leur interdiction. Plus encore que la gêne pour les autres visiteurs. Bien sûr, dans la clarté toute relative des musées, ce serait une source de lumière bienvenue. Mais un photographe sensé et un tant soit peu expérimenté acceptera facilement de s’en passer (voir plus loin).
Pratiquer la photo au musée
Une fois connues les autorisations et les interdictions, « y’a plus qu’à », comme on dit couramment.
Photographier les œuvres
Certes, dans un musée, on peut photographier les objets exposés, qu’il s’agisse de toiles, de bijoux, de photographies, etc. Pour autant, on n’est pas obligé de TOUT photographier. C’est, en quelque sorte, le fléau du siècle : on préfère photographier une œuvre plutôt que tenter de la comprendre.
Il est des choses qui m’horripilent : c’est quand on voit des « visiteurs » qui se plantent tour à tour devant TOUTES les œuvres exposées – de préférence devant tout le monde – et qui les photographient toutes ! Avec un smartphone, bien entendu. Donc quasiment toujours bras tendus et sans respecter les autres visiteurs en train de regarder, sans prendre le temps d’admirer chaque œuvre elle-même. Bref, chacun comprend de quoi on parle et ce ne sont pas là des choses qui m’amusent, surtout quand l’indélicat(e) vient se poser entre l’œuvre et moi. Oh certes, ce positionnement ne dure pas longtemps, mais la colère, elle, subsiste. Surtout quand cela se reproduit plusieurs fois consécutivement.
Alors, surtout, quand vous allez au musée et que vous voulez faire quelques photos, n’agissez pas de la sorte. Prenez le temps d’admirer les objets, de les étudier, d’en lire les commentaires, etc. Et ensuite seulement, faites une photo, si cela vous plaît de la faire, et de préférence avec les explications que l’on trouve quasi systématiquement à côté. Et sans gêner ou en gênant le moins possible les autres visiteurs.

Pourquoi photographier les explications
Selon le cas, une exposition muséale peut comprendre de quelques unités à plusieurs centaines d’objets exposés. À moins d’être déjà un grand connaisseur de ces objets, ce que j’appelle alors un « cador » en la matière, il sera impossible de tout retenir si l’on en photographie plusieurs dizaines. Et, en rentrant chez soi, et si on est un tant soit peu précautionneux et organisé, on va revoir, étudier, trier les photos réalisées. L’explication « en image » sera alors bien utile ! Et surtout si, comme c’est parfois le cas, elle est illustrée d’une image en miniature de l’objet photographié ! Certains diront : « Mais je vais doubler inutilement le nombre de photos ». La belle affaire ! En numérique, ce n’est pas très coûteux et ça vous rendra, à coup sûr, de fiers services !
À une condition, cependant, qui est de toujours adopter la même méthode : soit la photo de l’œuvre précède l’explication, soit c’est l’inverse. Mais il ne faut surtout pas agir « au petit bonheur », ce serait le meilleur moyen, dans bien des cas, d’avoir des explications ne correspondant pas à l’œuvre. A chacun son choix, évidemment.
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Les paramètres de la prise de vue
Dans un musée ou une salle d’exposition, très souvent la lumière manque. C’est normal, elle est nocive pour beaucoup d’objets. Et les flashes sont interdits.
Il faut donc en tirer les conséquences et avoir prévu le matériel « qui va bien ».
Smartphones et compacts
Si l’on ne dispose que d’un smartphone, il faudra faire avec ce qu’il propose nativement, quitte à choisir, quand c’est possible, le mode « Pro » qui offre plus de possibilités que le mode normal. Je soupçonne que peu de visiteurs y pensent. N’oubliez cependant pas que ces appareils sont dotés d’objectifs à très grand angle, ce qui, dans certains cas, fera entrer dans le champ des éléments que l’on ne désire pas forcément ! Prenez-y garde !
Avec un appareil compact à objectif fixe, c’est souvent un peu mieux, mais pas toujours idéal. Quoique les plus récents offrent de possibilités plus larges en basse lumière. À étudier donc en amont pour ne pas être pris au dépourvu.
Autres boîtiers
Les reflex et hybrides, quoique nettement plus encombrants et lourds, offrent plus de possibilités : on peut déjà choisir l’objectif qu’on utilisera, donc on en connaît l’ouverture de diaphragme la plus grande. Ne méprisez pas dans ce cas les objectifs fixes qui offrent de telles ouvertures. Mieux vaut parfois (mais pas toujours) un 50 mm f/1.4 ou f/1.7 qu’un zoom 28-105 mm f/3.5-5.6. Même si on peut monter en sensibilité. Car, en ambiance sombre, une montée à 3200 ISO, voire davantage, se traduira quasi inévitablement par une montée concomitante du bruit numérique. Post-traitement plus ou moins « musclé » obligatoire.
Ici comme ailleurs, il sera nécessaire, en l’absence de lumière additionnelle, de maîtriser l’exposition. De très gros progrès ont été réalisés sur les boîtiers les plus récents. Toutefois, une bonne connaissance de la théorie n’est pas inutile !
Et ensuite ?
Le suite logique, au retour chez soi, consiste donc à revoir ce que l’on a photographié. Il n’est pas nécessaire de le faire le jour même. Comme tout bon editing, puisque c’est de cela qu’il s’agit, ce travail peut être fait plusieurs jours après. C’est-à-dire quand on a commencé à oublier ce que l’on a vu ! Quand on vous dit que photographier les explications a du bon… !
Après cela, à chacun de savoir ce qu’il va faire des photos retenues : post-traitement, impression, livre photo : tout est permis en théorie, tant que cela ne lèse pas les intérêts de qui que ce soit. Il n’est pas recommandé, par exemple, de vendre ses photos sans s’être assuré qu’on peut légalement le faire. À ce propos, il peut être très utile de lire ce qu’en dit Joëlle VERBRUGGE dans un ouvrage écrit il y a quelques années, mais toujours d’actualité. L’auteur, avocate ET photographe, sait parfaitement de quoi elle parle et la lecture de son livre sera utile à beaucoup !






