L’Editing, en anglais dans le texte, est le tri des photos avant tirage. C’est ce que faisaient les photographes à l’époque argentique avec les planches « contacts ».
Les planches contacts étaient des tirages papier d’une pellicule 24×36 (ou autre format) obtenus en plaçant la pellicule découpée en 4 ou 5 morceaux rangés côte à côte sous l’agrandisseur. On obtenait une image positive grandeur nature de la pellicule et de toutes les photos avec leurs numéros. C’est sur cette épreuve contact que l’on faisait le choix des clichés qui seraient tirés. Quelquefois les opérations d’améliorations du négatif étaient choisies à ce stade également.
Désormais ce tri se fait devant son ordinateur, la planche photo est remplacée par l’affichage des photos dans la bibliothèque (ou équivalent selon le logiciel de PT, par exemple « table lumineuse » dans Darktable). A priori ce tri semble être quelque chose de simple : on a fait des photos, on les trie. Mais pour en faire quoi ? Effectivement pour en faire quoi ? Pour éliminer les mauvaises ? Dans ce cas, point final ! Mais si ce n’est pas le cas, à quoi conduit ce tri ? Quel est son but ?


Notez le marquage de couleurs différentes et les lettres qui hiérarchisent les choix avec des destinations différenciées.

Le but de l’Editing
La raison d’être de l’Editing™ est de retenir parmi une série de clichés ceux qui sont le mieux appropriés pour une publication (comprendre ici publication comme acte de rendre publique), une édition. C’est-à-dire un album personnel ou collectif, une exposition, une illustration d’article de presse, un concours, une mise sur le Net avec potentielles suites escomptées…
Bref toutes sortes de cas où l’on montre le meilleur de ce que l’on produit. Cette énumération ouvre quelques pistes, celles du type de sélection.
Un choix de photos de reportage ne se fera pas selon les mêmes critères qu’un choix de photos urbaines. Des photos urbaines peuvent elles-mêmes se trier suivant des critères différents : architecturaux, graphiques, chromatiques, selon la lumière, esthétisants. Et le nombre de ces critères peut encore augmenter si l’on ajoute le N&B et la couleur et des thèmes à l’intérieur de ces genres différents… (voir articles sur : série photo, série-reportage).
Mais, quels que soient les critères de choix, ils ont tous quelques points communs :
- Ils doivent amener un choix uniquement basé sur la qualité des photos, sans trace de subjectivité, autant que possible. Si nécessaire ce choix peut être fait avec l’aide de tierces personnes.
- Ce choix doit être construit autour du but, de l’objectif visé.
- Il ne signifie pas forcément la destruction des photos écartées. Ce qui implique, au moment de l’editing, une hiérarchisation des photos avec marquage approprié, de façon à permettre ensuite d’autres choix éventuels.
Ce processus de sélection/tri a quelque chose d’une pratique professionnelle. Car une des caractéristiques du travail professionnel est l’attitude dépassionnée vis-à-vis de sa propre production. C’est parfaitement logique, consubstantiel, pourrait-on dire, à une activité professionnelle, dans laquelle il est nécessaire de connaître objectivement la qualité de son travail, de mesurer les demandes et exigences des clients et de mettre en adéquation la première avec les secondes. Faute de quoi on perd ses clients et on ne mange plus.
L’editing n’aura évidemment pas la même dimension pour un amateur qui photographie pour son plaisir. Le critère d’objectivité n’est pas forcément, ou forcément pas, le premier souci d’un amateur normal.
Pour autant la motivation au moment de déclencher n’est pas la garantie que la photo soit réussie pour d’autres que le photographe (voir les articles une photo qui fonctionne, une photo intéressante). Il est donc utile pour un amateur de pouvoir prendre du recul par rapport à ce qu’il fait.
Ce recul signifie la capacité à se mettre à la place des autres, c’est l’attitude dépassionnée des professionnels que nous évoquions plus haut. Mais cela ne devrait pas non plus signifier se couler dans le moule des modes pour faire des photos qui plaisent. Cela s’appelle de la complaisance, ce n’est pas du recul. Et cela ne garantit absolument pas l’objectivité souhaitable.
Un phénomène nouveau émerge dans la jeune photographie, assez similaire à celui qui s’est produit dans la littérature il y a déjà un certain temps. C’est le passage progressif, partiel ou complet de « la narration d’une histoire » à « l’histoire d’une narration ». En photographie, et plus généralement dans les arts visuels, cela a commencé avec la publication des « Make off ». Cela se prolonge actuellement en photographie avec le mélange de clichés directement produits pour un thème donné, avec d’autres marginalement liés à ce thème ou fait en même temps, sur le lieu d’un shooting consacré au thème, qui parlent du travail sur le thème. Ce sont les clichés d’un travail en cours d’élaboration. Nous l’avions déjà évoqué cet aspect de la photo dans l’article Quinze photographes …, en voici, très rapidement, un autre aperçu encore plus récent, avec une photographe exposée au Cent-Quatre dans le cadre de la Jeune photographie européenne : Olia Vorobiova.

Elle parle de l’editing sans hypocrisie :


Elle n’ a aucune honte à dire son flottement dans le positionnement par rapport à la place de son travail. En même temps elle protège la proximité avec ses « modèles » et la spontanéité des ses clichés.

Vous pouvez voir d’autres photos de cette jeune photographe en cliquant ici . Puis sur Сайт .
De la part d’amateurs qui pratiquent la photo par plaisir, par goût ou par passion, si la pratique de l’editing n’est pas obligatoire du tout, elle procède d’une volonté de qualité, de présentation cohérente de ses travaux, d’une recherche d’absolu qui est au cœur de la démarche photographique.
Galerie – Quelques exemples.

Photo 19 de la « planche » numérique.

Photo 17 de la « planche » numérique.

Photo 14 de la « planche » numérique.

Photo 22 de la « planche » numérique.

Photo 6 de la « planche » numérique.

Les 2 dernières photos ont été shootées en N&B, et après editing, post-traitées pour coller complètement à la vision de la prise de vue.
crédit photographique valia© et Magnum©