Faut-il post-traiter ses photos ?

Post-traiter les photos, ce n’est pas la première fois que PentaxKlub évoque ce sujet. Du reste, nos lecteurs les plus fidèles ont probablement lu nos articles consacrés à quelques logiciels de post-traitement parmi les plus répandus. Si tel n’est pas le cas, il leur suffit, pour y accéder, de cliquer sur l’option qui convient à partir du menu ou, directement, à partir de ce lien. Ils peuvent aussi taper le nom du logiciel dans la zone de recherche de la barre de menu et valider en cliquant sur la loupe.

Peut-être, si Shakespeare vivait encore, se poserait-il cette question cruciale :

Post-traiter ou ne pas post-traiter : telle est la question !

En fait, le tout est de savoir si le post-traitement (PT) est superflu, utile ou indispensable. « Vaste programme », aurait pu répondre un personnage politique célèbre, réponse qu’il est supposé avoir donnée à une tout autre question/observation.

Une première constatation s’impose : toute image d’origine numérique que vous regardez est obligatoirement une image post-traitée. Pourquoi ? Plusieurs cas sont possibles, comme nous le verrons par la suite. Dans la réalité, on devrait s’interroger sur un principe : faut-il qu’un post-traitement soit fait par un humain ?

Bien entendu, chacun aura son opinion sur le post-traitement, en fonction de sa vision de la photo et du destin qu’il donnera ou pensera donner à ses images. Essayons de faire la lumière (en photo, c’est primordial) sur cette question évidemment vitale (humm) !

Le but du post-traitement

Ce but n’est évidemment pas de se donner du travail supplémentaire. Cela en donne, c’est certain, mais c’est pour une bonne cause : obtenir des images comme on souhaite les voir. Pour cela, on agit sur une foule de paramètres, au moyen d’un logiciel de post-traitement. Mais il convient de maîtriser ce logiciel le mieux possible pour ne pas dégrader les images « de base » et au contraire les améliorer.

Vous « shootez » en JPEG

Soit vous ne connaissez que ce format d’image, soit vous ne voulez pas vous « prendre la tête » (post-traiter), soit vous voulez que la photo soit immédiatement disponible, soit… soit… Il existe une multitude de raisons qui peuvent motiver ce choix. Une chose est sûre, cependant : s’il ne produit que des fichiers JPEG, c’est que vous avez configuré votre appareil dans ce but. Ou alors qu’il ne sait (peut) pas produire des fichiers bruts (RAW).

Processus

Shooter en JPEG est un droit parfaitement légitime et respectable. Mais il y a des choses à savoir :

  • C’est le logiciel interne de l’APN qui va faire le « développement » du fichier de base. C’est du post-traitement interne. L’APN le fera en fonction de critères que le constructeur de l’appareil et le (les) développeur(s) du logiciel ont décidé de retenir, sans vous consulter. A priori, le photographe n’intervient pas ! Et il accepte donc par avance le résultat que fournit l’APN. Ou pas !
  • En effet, s’il n’accepte pas ce résultat, le photographe peut être tenté de modifier l’aspect de la photo au moyen d’un logiciel adapté. Autrement dit, post-traiter. Mais il doit alors savoir que ses moyens d’action sont limités. De fait, le format JPEG est codé informatiquement sur 8 bits alors qu’un fichier RAW est codé sur 12 à 14 bits selon les constructeurs. La conséquence est que les options de traitement seront bien plus limitées en JPEG (nombre et échelonnement des couleurs, contraste, etc.). Dans ce cas, vous faites encore du post-traitement. Ce vieil article d’un auteur bien connu de beaucoup de pentaxistes – Franck Mée – donne des explications plus approfondies. 
Précautions

Et là existe un danger : si vous enregistrez sans précaution le fichier modifié, vous risquez d’écraser le fichier JPEG d’origine. Les modifications sont destructives. Il faut donc veiller à enregistrer le fichier résultant de votre traitement sous un autre nom. Cependant je ne recommande pas cette dernière façon de procéder, car elle peut ne pas faire le lien avec le fichier d’origine.

Il est préférable de donner un nom distinctif par l’ajout d’un élément discriminant au nom du fichier d’origine. Par exemple :

  • fichier de base : IMGP3615.jpg
  • fichier post-traité : IMGP3615_PT1.jpg (PT1 = 1er post-traitement, ce qui laisse la possibilité d’en avoir plusieurs, chaque fois en incrémentant le « 1 »)

Vous shootez en mode RAW

Une fois encore, rappelons que le RAW n’est pas un format d’image, mais un conteneur. On ne peut pas le visualiser en l’état. Ce qu’affiche l’écran de l’APN, c’est une miniature au format JPEG que crée le boîtier. On pourrait d’ailleurs ajouter qu’elle est trompeuse puisqu’elle comprend déjà des traitements appliqués par le logiciel interne de l’APN. Pour s’en convaincre, il suffit d’ouvrir ledit fichier dans son propre logiciel de PT. On constate alors d’emblée que son aspect est beaucoup moins flatteur que sur l’écran de l’APN. Surtout s’agissant de la luminosité, la brillance, la saturation des couleurs, le contraste, etc. C’est normal : on ne lui a appliqué aucun traitement particulier.

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Miniature sur l’écran arrière du K-1 II (le système indique les paramètres de la photo)

Une fois encore, cette miniature, c’est du post-traitement, même s’il n’est pas effectué par un humain.

Le gros avantage du fichier RAW c’est que, même après post-traitement, il ne subit en principe aucune modification et reste intact. Les opérations de post-traitement sont enregistrées dans un fichier « caddie » (xmp le plus souvent) ou matérialisées dans le fichier image résultant (jpeg, tiff, etc.) Et il est donc toujours disponible dans son état d’origine pour un éventuel nouveau traitement ! Dans ce cas, en bénéficiant, le cas échéant, des progrès parfois apportés aux logiciels de PT.

Attention cependant, car certains logiciels permettent d’enregistrer les modifications directement dans le fichier RAW. Pour éviter des erreurs, nous ne recommandons pas cette façon de procéder.

Vous shootez en mode RAW+

Cela signifie que, à chaque pression sur le déclencheur, l’APN produit un fichier conteneur RAW (sur APN Pentax, l’extension  est .PEF ou .DNG selon votre choix) ET un fichier image au format JPEG (extension .JPG), donc post-traité par l’APN à partir du RAW. Ce fichier JPEG n’est pas une miniature, mais la traduction intégrale du RAW. À noter que le photographe peut paramétrer la qualité du fichier JPEG dans les menus de l’appareil. Pour le K1 II c’est au menu « Appareil Photo » (prise de vue), page 2 et, dans le manuel, à la page 53.

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Extrait du manuel du K-1 Mark II

 

Cette façon de shooter comporte à la fois des inconvénients et des avantages.

Le RAW+ n’a pas que du bon…

Il occupe beaucoup plus de volume, d’abord sur la carte dans l’APN, ensuite sur le disque dur de l’ordinateur. Parce que deux fichiers (RAW ET JPEG) sont évidemment plus volumineux qu’un seul (RAW OU JPEG). Cela nécessite donc plus de matériel – ou un matériel plus performant et/ou plus coûteux – et une gestion plus rigoureuse de ses images. Sur ce plan, chacun a sa propre organisation qui se doit d’être efficace. Tempérons toutefois cet inconvénient : aujourd’hui, les prix de la mémoire de stockage ont considérablement diminué.

Par ailleurs, l’enregistrement sur la carte prend un peu plus de temps. Cela peut avoir une certaine importance quand on shoote en rafale. C’est essentiellement lié à la capacité du buffer qui stocke les images devant être enregistrées.

… mais il en a !

Le fichier RAW reste disponible sans altération comme précisé ci-avant.

La présence d’un fichier JPEG satisfait l’envie d’éviter de post-traiter. La photo est immédiatement disponible.

On peut tout à fait vouloir se contenter du fichier généré par l’APN avec les choix du logiciel interne. Dans beaucoup de cas, ces choix sont judicieux et sont supposés convenir au plus grand nombre. D’autant que le photographe peut pré-paramétrer selon ses goûts les options disponibles par les profils d’images. Attention cependant aux profils préétablis par le fabricant de l’APN (quasi exclusivement japonais, du moins pour les plus récemment proposés) et qui ne correspondent pas toujours à nos goûts occidentaux. Ce n’est pas une critique, mais une simple constatation. Des essais préalables sont très utiles !

De plus, on ne peut alors que vous recommander de choisir, en paramétrant votre boîtier, la meilleure qualité JPEG (3 étoiles dans le menu évoqué ci-avant).

Et si on décide qu’une intervention (post-traiter) est nécessaire, la présence du fichier RAW laisse une plus grande latitude de possibilités au photographe. Comme dit précédemment, le codage des RAW sur 12 bits (voire plus) est un avantage important. Dans ce cas, il faut juste veiller à ce que le logiciel utilisé ne soit pas destructeur et qu’il garde le fichier RAW produit par l’APN dans son état initial.

Dans les faits, cela signifie qu’il faut aussi gérer finement son organisation pour ne pas, le cas échéant, « écraser » le fichier JPEG de l’appareil. Parce que, par défaut, les logiciels de post-traitement enregistrent souvent sous ce format avec le même nom que le fichier RAW, seule changeant l’extension. On peut cependant les paramétrer pour adopter un format autre (Tiff, par exemple). Pour ce faire, on vous renvoie au manuel de votre logiciel de PT ou à nos articles sur le sujet.

Le grand moment : la décision

Nous avons constaté que, dans tous les cas, pour que l’image soit visualisable, il faut post-traiter le fichier de base, quel que soit le niveau auquel le post-traitement a été effectué. Mais le résultat n’est pas forcément au goût du photographe qui est le seul à savoir ce qu’il voulait obtenir. C’est pourquoi, chacun l’aura compris, nous l’encourageons vivement à post-traiter lui-même ses images. Parce que, de toute façon, l’image finale est, dans tous les cas, une image post-traitée. Alors autant vaut la rendre conforme à ce que l’on désire faire, non ?

Quand post-traiter

Pour s’éviter du travail inutile, on ne doit post-traiter que les meilleures photos ou celles que l’on veut imprimer ou transmettre, quelle qu’en soit la raison. Et on garde toujours intact le fichier d’origine. Cela signifie que l’editing a été effectué !

Quel post-traitement ? Sur quels paramètres ?

Selon le logiciel utilisé, les points sur lesquels le photographe pourra opérer seront plus ou moins nombreux, plus ou moins modifiables et de manière plus ou moins précise. Les logiciels les plus connus offrent généralement les plus larges possibilités, mais certains produits gratuits ou plus modestes peuvent s’avérer suffisants. À chacun de faire ses choix, le cas échéant, en consultant nos articles sur le sujet.

Les limites du PT

Les logiciels d’aujourd’hui, nous l’avons dit à de nombreuses reprises, offrent des possibilités sinon infinies, du moins qui dépassent largement ce qu’un utilisateur normal est en droit d’attendre. Cela ne veut pas dire qu’il faut toutes les utiliser dans tous les cas, bien entendu.

Avant de post-traiter une image, il faut l’examiner de près afin de déterminer ce qui peut, mais surtout ce qui DOIT être retouché. Normalement, on a dû prendre les meilleures options avant de déclencher. On ne devrait donc pas, a priori, avoir beaucoup de choses à corriger.

Ce qui est courant

Les interventions les plus fréquentes portent sur la luminosité, le contraste, le traitement du bruit, toutes choses qui peuvent avoir subi le contrecoup de soudains changements au cours de la prise de vue. Il peut arriver en effet que la lumière change brusquement, pouvant entraîner selon le mode choisi (Tv, Av, TAv…) un accroissement de la sensibilité et donc une montée non contrôlée du bruit numérique. C’est particulièrement crucial si on a shooté en mode Raw uniquement.

On peut aussi corriger le vignettage, les aberrations chromatiques, certaines distorsions, l’équilibre des couleurs, la balance des blancs. Toutes les situations sont envisageables selon les conditions. Il ne peut donc pas être question, ici, d’énumérer toutes les corrections possibles.

Le redimensionnement des images devant être postées sur le Web entre aussi dans les opérations courantes, nécessaires, et parfois imposées par les sites de destination.

Ce qui devrait être exceptionnel

Un recadrage est parfois nécessaire en PT pour éliminer un élément entré par inadvertance dans le champ photographié. On peut aussi en PT rétablir un horizon pas tout à fait… horizontal ! On peut aussi redresser des perspectives (verticalité), « croper » (modérément) dans l’image si l’on ne disposait pas du « bon objectif » au moment de la prise de vue, etc.

Mais ces opérations ne devraient absolument pas être systématiques comme on le voit parfois. Tout cela devrait en principe avoir été réglé avant de déclencher. Notamment pour le redressement des perspectives. Si on sait que ce sera inévitable, il est bon, dès la prise de vue, de cadrer suffisamment large pour pouvoir réaliser l’opération sans avoir à couper lors du PT certains éléments de la photo.

Ce qui devrait être proscrit

La composition d’une photo s’effectue elle aussi AVANT la prise de vue, et pas après. On devrait donc proscrire en PT tous les ajouts d’éléments, leur modification a posteriori et, sauf rares exceptions, leur suppression. Le post-traitement ne doit pas être du photomontage. Cela étant, il ne faut pas non plus être naïf : de nombreux photographes s’y adonnent parfois sans retenue et, quand c’est TRÈS bien fait, cela peut en effet donner des images plus agréables au regard. Même si on n’est plus vraiment dans le domaine strict de la photographie. Après tout, nos prédécesseurs de l’ère argentique ne procédaient pas autrement quand ils utilisaient des caches sous l’agrandisseur !

Un exemple

Le logiciel de post-traitement utilisé est ACDSee Ultimate 2022.

 

1. Cette photo, sans traitement par le photographe, est l’interprétation, par le logiciel de post-traitement, du fichier RAW initial.

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Photo – non post-traitée – affichée par le logiciel

 

2. La copie d’écran du module « Développer » du logiciel de post-traitement montre une image nettement moins « flatteuse ». Elle fait en outre apparaître, en rouge, une zone surexposée (les zones sous-exposées apparaissent en vert).

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3. Après développement, les lumières ont été nettement améliorées…

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Après développement et AVANT édition pour « peaufiner » les détails

 

4.… mais il subsiste des défauts :

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Quelques défauts de l’image

5. Après correction, l’image finale :

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Image finale.

D’autres améliorations pourraient être apportées : la zone surexposée n’a pas pu être complètement corrigée avec les outils « normaux » du logiciel. Mais il aurait été possible d’y parvenir par duplication de zones « correctes ».

Perspective Zéro PT ?

Ce qu’il faut garder à l’esprit c’est que le meilleur post-traitement est quasiment toujours celui qui donne très peu de travail, voire pas du tout. Cela veut dire qu’un maximum de précautions a présidé à la prise de vue et que le photographe a maîtrisé son action. Cependant, « errare humanum est ». Et, par conséquent, si les logiciels de PT existent, c’est qu’ils ont une utilité certaine ! Notons aussi qu’avec l’avènement de l’intelligence artificielle (« IA » – voir cet article et celui-là) dans les matériels et les logiciels, les photographes n’auront bientôt plus rien à faire : d’ores et déjà assistés à la prise de vue, ils le seront davantage à l’avenir et encore plus lors du post-traitement. Sans compter le fait qu’on pourra générer ainsi des photos complètement artificielles et quasiment sans défaut ! Ce n’est pas encore totalement le cas, mais ces logiciels d’IA sont « en bonne voie » d’y parvenir. Déprimant !

Le cas des smartphones et leur succès croissant illustrent parfaitement ces propos : je n’ai jamais vu personne post-traiter ses photos prises au smartphone avant de les envoyer sur les réseaux sociaux. Ce n’est toutefois pas impossible.

Plusieurs logiciels de PT intègrent désormais des fonctions d’IA qui permettent de plus en plus de fonctions automatiques pour des opérations auparavant inenvisageables ou très difficiles à réaliser. Que va-t-il rester à faire pour celles et ceux qui ne veulent pas tout abandonner auxdits automatismes et à la technique pure ?

2 réponses

  1. Je photographie lors de sorties et lors de mes vacances, une habitude prise autrefois avec l’argentique. Justement: l’argentique, je ne regrette pas cette époque, le post-traitement m’a permis d’obtenir des rendus comme jamais l’argentique ne m’aurait permis de corriger car on laissait le labo développer et point final.
    Passer du temps sur le PC est devenu est un plaisir, un passe temps dont je ne pourrais plus jamais me passer.
    Mes logiciels les plus souvent utilisés : DXO, Nik Collection, PaintShop Pro et parfois EasyHDR, pas d’Adobe dans la liste. Je mélange parfois avec des calques. L’IA faisant tout à ma place, non merci !

    1. Pour répondre à la dernière phrase de votre commentaire : beaucoup pensent que l’IA va leur faire gagner beaucoup de temps de développement. C’est possible. Dans quelques cas, ce sera bénéfique, dans une majorité de cas (du moins pour le moment) il y aura beaucoup de déçus. Mais c’est une direction qui semble inéluctable.

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