Faut-il conserver ses photos anciennes ?

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Doit-on (ou pas) conserver ses photos est une question que l’on est forcément appelé à se poser un jour. Ne serait-ce qu’en raison du nombre de clichés que l’on peut avoir accumulés au fil des années. Et surtout si l’on a une pratique de « presse-bouton » doublée d’une personnalité dont la tendance à tout garder est évidente.

Plusieurs cas de figure pouvant se présenter, essayons d’examiner chacun et tentons de trouver des solutions ou, pour le moins, des débuts de réponse à la question initiale.

Conserver les photos argentiques

La plupart du temps, c’est un dilemme qui ne concerne que les personnes qui ont connu l’ère photographique argentique. Les générations actuelles y sont moins sensibles. Quoique ! Nous verrons plus loin que rien n’est « tout blanc » ou « tout noir » dans ce domaine comme dans d’autres. Autrement dit, que la réponse n’est ni fermement « oui » ni fermement « non ».

Problématique

Le « problème » des photos argentiques, c’est qu’elles sont tirées sur papier et qu’elles comportent 2 parties bien distinctes, même si complémentaires : un négatif (film) ayant fait l’objet d’un développement, et un tirage papier (ou plusieurs). Et tout cela prend de la place, dans un monde où, souvent, on en dispose de moins en moins. Rappelons-nous ces pochettes que nous remettait le commerçant-photographe : elles avaient une « certaine épaisseur » ! Je me souviens encore d’un premier voyage aux Antilles où, en une dizaine de jours, j’avais « grillé » une vingtaine de bobines de 36 poses. À l’époque, pour moi, c’était beaucoup ! Et au retour du développement/tirage, c’était aussi beaucoup… beaucoup d’argent en moins ! En supplément, un petit casse-tête : fallait-il garder tout cela dans les pochettes ou insérer les photos dans des albums ? Et que faire des négatifs ?

Celles et ceux qui, aujourd’hui, reviennent vers l’argentique connaissent à nouveau ces problématiques. Avec souvent, en plus, un support numérique : Cd (de plus en plus rare), clé USB. Parfois, et cela évite du volume physique, les photos sont aussi mises à disposition en téléchargement.

Les diapositives

Elles avaient pour avantage d’éviter le tirage papier systématique : on ne mettait sur papier (éventuellement en agrandissement) que les photos qui, pour une raison ou une autre, en valaient la peine. Et le reste ? Eh bien, on le conservait dans sa boîte, ce qui prenait quasiment autant de place qu’une pochette négatifs+tirages. Et on passe sous silence le matériel de projection et/ou de visualisation.

Diapositives couleur format 4.5x6 montées sous cache
Diapositives couleur format 4.5×6 montées sous cache

Quelle solution ?

Bref, il n’existait pas vraiment de solution, sauf à jeter les tirages papier les moins intéressants et à garder – on ne sait jamais ! – les négatifs. Sauf que ce qui est intéressant un jour ne le sera peut-être plus le lendemain, et vice versa ! Donc, par défaut, la plupart des gens gardaient tout ! Et il faut bien reconnaître qu’il arrive parfois que des photos argentiques anciennes ramènent quelques souvenirs à la surface et qu’on est bien content de tomber dessus ! Moins quand il s’agit de souvenirs amers ! Là où ça se gâte, c’est quand on veut refaire des tirages à partir des négatifs conservés : certains vieillissent très mal (comme les tirages, du reste) et nécessitent beaucoup de travail pour parvenir à un résultat acceptable et, plus ou moins, conforme aux standards d’aujourd’hui.

Toutefois, s’il fallait absolument donner un avis, je conseillerais de garder ces photos qu’en tout état de cause on ne pourra plus refaire « sur le terrain » la plupart du temps. Pourquoi ? Parce que, si nécessaire, on peut aussi les numériser, éventuellement en les améliorant (voir cet article et celui-là), ce qui permet un gros gain d’espace physique et des facilités ultérieures de consultation plus actuelles (ordinateur, téléphone portable, etc.). Et gardons à l’esprit que certains des arguments évoqués plus loin pour la photo numérique peuvent aussi parfois être invoqués pour les photos argentiques.

Les photos numériques

C’est, dans notre époque du « tout numérique (ou presque) », le plus gros morceau. Et, comme on peut s’y attendre, les arguments pour l’effacement ou contre l’effacement (donc pour la conservation) ne manquent pas ! Le but ici n’est pas d’asséner des pseudo-vérités ou de violer les convictions profondes de chacun. De toute manière, si les gens sont tous différents, sans le moindre doute, alors les attitudes vis-à-vis de la conservation des photos sont elles aussi très différentes.

Essayons d’y voir plus clair !

Les arguments pour l’effacement

Ils sont très largement dépendants des sujets photographiés, d’une part, de l’état d’esprit de la personne qui fait le tri, d’autre part.

Partons de 2 principes simples :

  • un éditing sérieux a déjà été fait (voir notre article sur ce sujet)
  • c’est le « propriétaire » des photos qui décide, après avoir, le cas échéant, pris l’avis d’autres personnes ayant « voix au chapitre ». C’est-à-dire des personnes qui peuvent être concernées, à un titre ou un autre, par l’effacement.

Le format des fichiers

Quand on shoote uniquement en JPEG ou en RAW seul, la seule question qui peut se poser porte uniquement sur l’intérêt du contenu de la photo.

En revanche, si l’on shoote en RAW+JPEG, la question de conserver ou pas les JPEG peut se poser : aujourd’hui, les JPEG produits par les boîtiers ont considérablement progressé au point que, parfois le photographe développeur ne peut guère espérer faire mieux, sauf à vouloir absolument une interprétation personnelle du sujet. Les JPEG-boîtier peuvent aussi servir de base pour une interprétation personnelle légèrement différente voire une conversion en N&B si on l’a programmée au préalable. Il n’y a donc pas de solution unique, chacun ayant ses préférences et motivations.

En revanche, si l’on excepte les images avec de gros défauts évidents, les RAW sont toujours à conserver. Toutefois, si l’éditing a été sérieux, le problème devrait être rare !

Les doublons

… voire les triplons et tous les autres « n-plons » que l’on voudra !

Il existe plusieurs sortes de ce que l’on appelle des doublons :

  • les vrais doublons : des fichiers de même nom, de même taille, représentant strictement la même chose : ce sont eux qu’il faut « chasser » (au sens de « repérer ») de façon prioritaire. Bien entendu, ils sont dans des dossiers, voire des volumes, différents, et pas toujours faciles à déceler. Mais pas de panique : beaucoup de logiciels permettent de les localiser !
  • des fichiers avec des noms différents, mais représentant strictement la même chose. Pourquoi ? Parce qu’ils sont parfois le résultat de traitements différents qu’on a tout de même voulu conserver, pour des raisons diverses, mais souvent contestables. Si leurs noms reposent sur une base commune, ils seront plus faciles à retrouver que si ces noms ont été complètement changés. Ce sont, en quelque sorte, des « doublons de contenu ».
  • Et le n-plon dû au photographe qui a pris n fois le même cliché (mode rafale ou volonté ou autre). En bonne logique, l’editing aurait dû permettre de faire le tri et de ne conserver qu’un ou deux de ces clichés. Si cela n’a pas été fait, voilà l’occasion de se débarrasser du « surplus ».

C’est dans ces cas-là qu’on perçoit l’utilité d’adopter une façon de faire logique et permanente pour la gestion de ses fichiers-images.

Ainsi, l’ajout d’une simple extension au nom du fichier d’origine facilitera la recherche, quand un changement complet du nom la compliquera dans des proportions considérables.

Avoir des doublons n’est cependant pas toujours un inconvénient, à la condition expresse de savoir comment les gérer, de manière à justifier pleinement le doublonnage.

D’autres motifs de suppression

Impossible de les lister de façon exhaustive, tellement ils sont dépendants de la personnalité et de la volonté de chacun. Et les critères des uns pourraient apparaître bien désuets à d’autres. Toutefois, notons parmi quelques raisons objectives qui se dégagent :

  • les photos floues, hors « flou artistique », ou incontestablement ratées. Normalement, l’éditing aurait déjà dû les éliminer, mais voilà ! Parfois on les a gardées en se disant « je traiterai plus tard » puis on se rend compte que c’est une attitude vaine ou sans intérêt évident. Donc, pour ces photos, la corbeille deviendra leur tombeau !
  • les photos qui ne présentaient qu’un intérêt faible ou éphémère, quand elles ont été prises.
  • lorsque l’on ne peut pas augmenter son espace de stockage. Cet argument est de nos jours de moins en moins pertinent en raison de la baisse du coût des supports de stockage que sont, notamment, les disques durs externes. Argument affaibli aussi par les possibilités de stockage « dans le cloud ». Cela peut cependant être un argument de poids pour certains.

Les outils utiles pour supprimer des photos

Selon le système d’exploitation de son ordinateur, on trouvera des programmes – gratuits ou payants – susceptibles de faciliter la recherche de doublons. Certains, comme DupeGuru sont disponibles pour PC, pour Mac et pour certaines distributions Linux. D’autres n’ont été développés que pour un seul système (Everything pour Windows, par exemple). Bref, les logiciels en la matière ne manquent pas, à chacun(e) de trouver ce qui lui convient. Les plus expérimentés en informatique pourront même utiliser le « mode commande » de leur système pour faire ces recherches.

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Interface et logo de DupeGuru

Citons encore deux logiciels pour ordinateurs sous Windows, parmi une foule disponible, sachant qu’il en existe aussi pour les téléphones portables, qu’ils soient sous iOS ou sous Androïd. D’après leurs éditeurs, ils sont même capables de détecter des photos similaires, y compris sur les périphériques connectés à l’ordinateur. Il s’agit de Awesome Duplicate Photo Finder et de Duplicate Media Finder. Ce dernier pourrait aussi détecter des doublons en matière de vidéos et de musique.

Coté Mac, on trouve Duplicate File Finder Remover, Photos Duplicate Cleaner.

Solution « de repli »

Le caractère irrémédiablement définitif d’un effacement doit inciter à beaucoup de discernement au moment « d’opérer ». Ce qui veut dire que l’effacement doit être réfléchi et ne pas se faire sous influence ou sous le coup d’émotions perturbatrices. Alors, prudence !

Lorsque l’on hésite à supprimer définitivement telle ou telle photo, c’est qu’on estime qu’elle présente tout de même un certain intérêt, quel qu’en soit le degré. Pour pouvoir alléger sa base d’images, sans pour autant remplir la corbeille, il existe une solution : archiver les images « litigieuses » sur un espace dédié, par exemple un disque dur externe. Il sera probablement plus aisé d’y faire le ménage le moment venu ! Cela ne dispense pas d’avoir une sauvegarde de cet archivage !

Des arguments pour la conservation

  • tout ce qui garde de l’importance : évènements personnels ou familiaux. Certaines images peuvent avoir un intérêt documentaire, généalogique, etc.
  • les images qu’il serait impossible (ou très difficile) de refaire, que ce soit en raison des circonstances, du lieu ou d’autres considérations personnelles.
  • tout ce qui mériterait un post-traitement différent pas encore réalisable pour différentes raisons (limites du logiciel, manque de compétences personnelles, etc.).
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Photo d’origine : les couleurs ont « bien passé » au fil du temps…
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Elle est plus « regardable » en N&B

Sans illusion sur l’avenir, je sais que je ne retournerai plus jamais dans le massif du Marboré (Hautes Pyrénées / Espagne), mais je voulais conserver le souvenir d’un lieu photographié il y a bien 50 ans ! Alors, pour garder cette photo « regardable », je l’ai numérisée, re-traitée puis convertie en noir et blanc, la version couleur étant devenue vraiment trop laide !

Comment garder et où ?

À chacun sa méthodologie ! Les solutions sont multiples et il revient à chacun de déterminer ce qui lui convient le mieux. Mais quelques points demeurent importants. Par exemple, il est primordial de pouvoir retrouver facilement les images que l’on souhaite conserver. L’utilisation de mots-clés, de notes chiffrées ou un « système d’étoiles » permettent d’y parvenir, de même que la possibilité d’y joindre des paramètres plus personnels : cela permettra aussi plus tard, si nécessaire, de détecter sans difficulté les images dont on souhaitera se débarrasser. Bref, c’est de la gestion de données raisonnée et pertinente.

Pour y parvenir, on peut très bien utiliser un logiciel de bureautique (i.e. tableur), mais c’est lourd, contraignant et cela manque de fonctionnalités spécialisées dans la gestion d’images. C’est pourquoi il est préférable de se tourner vers d’autres outils.

Les outils utiles pour gérer et garder les photos

Les options de catalogage incluses dans les logiciels de développement (Lr, ACDSee, etc.) constituent une solution évidente pour qui possède ces logiciels. Mais il ne faut pas oublier que d’autres n’ont incorporé dans leur programme aucune solution de catalogage. Reste donc, si l’on se trouve dans ce cas, l’utilisation de logiciels spécialisés dans ce domaine. Des solutions payantes existent (Daminion – très performant, mais assez lourd -, Peakto pour Mac), mais quelques solutions libres aussi : Digikam (multi-plateformes, gourmand en espace disque), XnView (PC, Mac), parmi d’autres, bien entendu.

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Au lancement de DigiKam

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Que faut-il déduire de ce qui précède ? Essentiellement une chose : gérer ses images demande une organisation rigoureuse, et c’est cette organisation, bien pensée et réfléchie, qui fera gagner beaucoup de temps, le moment venu, quand se posera la question du devenir de son stock d’images. Il faut juste avoir conscience que RIEN ne vous oblige strictement à détruire ou à conserver vos clichés anciens. Il existe toujours des solutions à tous les cas de figure, dans un sens comme dans l’autre. Dès lors, seules vos propres contraintes et motivations doivent vous guider pour décider de telle ou telle attitude à adopter.

2 réponses

  1. Bonjour Mikaz, très, très bon article qui va m’obliger à penser à… l’achat de mon prochain disque dur ! 4To, 8To, telle est la question, vu que je ne jette RIEN ! ☺☺☺ Naaaaan, pas de flemme, les tris sont, régulièrement, effectués ! Mais je me dis, aussi, que cette image est, sera, irremplaçable un jour, un mois, dans dix ans, quand je serai de l’autre côté… Bon, je ne sais pas qui jettera un œil dessus, qui en aura le temps, plus tard, ou bien si le disque de stockage sera,lui aussi, mort d’ici là… ☺☺☺ Quant aux photos « papier », elles sont, à l’abri, dans des albums et je dois avouer que je ne les consulte pas souvent (jamais) !!! Mais je ne les détruirai pas de mon vivant… Peut-être une pointe de nostalgie ? Et puis photographier, c’est tellement agréable, c’est une passion dévorante… en espace de stockage ☺☺☺ Donc, pour conclure, je stocke !!!
    Amitiés au PhotoKlub.

    1. Bonjour et merci pour cet aimable message.
      Je fais, moi aussi, partie de celles et ceux qui gardent beaucoup. Beaucoup trop, à vrai dire. Je commence cependant à me soigner !
      Les deux vrais « problèmes » qui se posent c’est :
      – comment stocker cette masse d’images ?
      – comment y retrouver celle que l’on cherche ?
      Des solutions, plus ou moins satisfaisantes, existent. Nous en avons souvent parlé. A chacun de trouver celle qui lui convient.

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