Faut-il changer de boitier ?

Mes images ne sont pas bonnes, faut-il changer de boîtier ?

À cette question, ma réponse ne sera pas « oui, évidemment ! ». Parce qu’il convient au préalable de s’interroger sur les motivations d’un tel changement. Est-ce pour des raisons fondées ou bien est-ce parce que vous êtes insatisfait du résultat obtenu ?

Êtes-vous, comme de nombreux photographes amateurs, de ceux qui pensent que, si leurs clichés sont ratés, c’est parce que leur boitier n’est pas assez bon (pour leur talent) ? Cette excuse est la meilleure, car elle permet de se dédouaner. Sinon, il faudrait chercher un autre coupable… qui pourrait bien être eux-mêmes ! Ce qui peut être difficile à admettre !

Avez-vous de bonnes raisons pour envisager un changement ? Pas si sûr, car la vérité est peut-être ailleurs, quelque part entre le boitier et la personne…

Et si le problème venait des objectifs ?

L’objectif est le premier élément de votre chaine

Certes, je parle bien du matériel, mais pas du boitier. Avant même de penser à changer de boitier, il vaut mieux se pencher sur vos objectifs en premier. Quels sont-ils ? Est-ce des objectifs d’entrée de gamme, de gamme intermédiaire ou bien la crème de ce que votre marque propose ? On néglige trop souvent les objectifs, mais il ne faut jamais oublier que c’est eux qui amènent la lumière au capteur. Or, photographier veut dire peindre avec la lumière. Si la source est de mauvaise qualité, alors le résultat sera en deçà des attentes.

Il ne s’agit pas ici d’une charge de ma part contre ce type d’objectif à tout faire, ou à pas cher. N’ayant rien contre eux, je ne cherche pas à les dénigrer. Il convient juste de reconnaitre qu’un objectif de type 75-300 f/4-5.6 à 299 € ne pourra pas délivrer la même qualité d’image qu’un 100-400 f/5.6-8 à 749 € ou un 70-200 f/2.8 à 3595 €, voire un 100-300/2.8 à 11999 € !

Si les plages sont assez similaires, les ouvertures sont très différentes et les formules optiques n’ont pas grand-chose à voir entre elles. Autres points de différenciation importants, une qualité de matériaux et de production très opposée.

Changer de boitier, 3 objectifs avec des focales assez similaires
RF 75-300 f/4-5.6 à 299 € – RF 100-400 f/5.6-8 à 749 € – RF 100-300/2.8 à 11999 €

L’objectif à 299 € fera le job, et même plutôt bien pour nombre d’entre eux. Sans s’attendre à des merveilles, car les compromis validés pour arriver à ce tarif doivent être très importants, au détriment de la qualité optique finale. Le plastique, sous toutes ses formes, est omniprésent, le verre généralement utilisé pour les lentilles étant remplacé par du polycarbonate sans traitement coûteux.

Or, plus le verre est de qualité, meilleures sont les images et, plus cher, il coûtera. Il peut y avoir un très grand écart entre une lentille en polycarbonate et une en verre de haute qualité multitraitée. Quant au métal, il est limité à l’indispensable. Si les tarifs sont parfois (trop) élevés, il y a des justifications bien réelles.

Un 100-400 assez ordinaire, mais qui correspond à mes besoins

Investir dans des objectifs de qualité

L’objectif, encore plus que le boitier, est donc l’élément essentiel de votre dispositif. En changer pour une gamme supérieure devrait vous apporter des améliorations conséquentes, très rapidement visibles.

En 2006, mon choix s’est porté le couple Pentax K-10D accompagné d’un objectif 18-250 (deux dans les faits, une version Tamron qui est vite tombée en panne, remplacée par son homologue Pentax acheté d’occasion). Le boitier cochait toutes les cases souhaitées pour mon retour à la photo. L’objectif, quant à lui, correspondait à un bon compromis entre le budget alloué (le nerf de la guerre) et mon besoin de couvrir une certaine plage focale. Il est d’ailleurs amusant de constater que, presque vingt ans plus tard, cette plage avait bien été identifiée !

Ce 18-250, associé à un APS-C, a été utilisé quelques années, à Cuba, à La Réunion et dans l’hexagone. Il m’a servi loyalement. Durant cet intervalle, j’ai changé deux fois de boitier, dans le but d’améliorer la qualité de mes photos. Ce qui n’a jamais été réellement le cas. J’ai même constaté une petite régression due à un capteur, certes plus dense en pixels, mais de moins bonne qualité et qui bruitait très vite.

Changer de boitier - Mont Pourri (Savoie), APS-C et Tamron 18-250
Mont Pourri (Savoie), APS-C et Tamron 18-250

De nombreuses lectures m’ont fait comprendre que le problème se trouvait sans doute ailleurs. À rechercher du côté de l’objectif. Après de nombreuses hésitations, j’ai opté pour un 17-50/2.8 de chez Sigma, en me disant que, pourquoi pas, je pouvais tenter sans trop de risque. Et pour la première fois depuis l’achat du K-10D, j’ai constaté une amélioration du rendu. C’est à ce moment-là que j’ai compris que la priorité devait être donnée en premier aux objectifs. Avant les boitiers.

Changer de boitier - Plaine des Sables (La Réunion) avec un 18-250
La Plaine des Sables (La Réunion) avec le Pentax 18-250
Changer de boitier - Plaine des Sables (La Réunion) avec un 17-50
Même lieu, quelques mois plus tard, avec le Sigma 17-50

Quelques mois séparent ces deux clichés. Bien que l’éclairage soit différent, il est possible de s’apercevoir des différences. Il y a plus de finesse, de définition dans la deuxième photo.

En remplaçant un objectif d’entrée de gamme par un modèle supérieur, les bonnes surprises sont souvent au rendez-vous. Ainsi, si vous êtes en recherche d’un bokeh plus qualitatif, un objectif ouvrant à f/1.8 sera préférable à un ouvrant à f/5.6 ! Le gain sera donc important, sans changer d’APN.

Et si le problème venait de votre traitement ?

Que ce soit en RAW ou en JPEG, il convient d’effectuer un minimum de travail afin d’obtenir de bons clichés.

Vous prenez vos photos en RAW

Le RAW étant un fichier contenant les données brutes issues du capteur, tout est à faire. Comme toutes les informations sont présentes dans les données, je peux librement décider de la lumière, du contraste, de la balance des blancs, etc. C’est le fameux post-traitement, à l’instar de ce qui se faisait dans les mini-labs ou autres laboratoires.

Ce post-traitement peut être plus ou moins simple, plus ou moins rapide. Avec le temps, j’ai créé des presets, plus ou moins automatiques, qui me dégrossissent le travail. Je n’ai donc plus que du peaufinage à effectuer. En prenant mes clichés dans un mode neutre, les prétraitements côté boitier sont évités avant le travail des images sous Lightroom Classic. Certes, les versions finales ne sont pas disponibles immédiatement, mais j’obtiens ce que je veux, comme je le souhaite.

Before imageAfter image

Si vous prenez vos clichés en RAW et que vous n’effectuez aucun travail après, vos clichés ne seront pas extraordinaires. Cela demande un peu d’investissement, mais pour des résultats satisfaisants. Si vous ne souhaitez pas le faire, une position qui se respecte, photographiez en JPEG !

Vous prenez vos photos en JPEG

Cette solution ne vous exemptera pas de tout travail, sauf à mettre votre boîtier en tout automatique. Mais dans ce cas, pourquoi en avez-vous acheté un ? Vous avez peut-être intérêt à trouver une autre solution, un smartphone par exemple, qui sera moins coûteuse !

Contrairement au RAW où la majeure partie du travail s’effectue après la prise de vue, avec la prise de vue en JPEG, celui-ci s’effectue en amont. Sous peine de devoir jeter vos images à la poubelle numérique, il faut effectuer quelques réglages, comme choisir la bonne balance des blancs ou le bon profil de correction à appliquer, car le traitement des données brutes vers le fichier image JPEG est réalisé par le boitier.

Il faut avoir conscience que les choix réalisés seront définitifs. Lors de l’enregistrement du fichier au format JPEG, de nombreuses informations et couleurs vont être détruites définitivement. Par la suite, certaines modifications, comme la correction a posteriori de la BdB, deviendront très compliquées, voire impossibles.

Si vos images ne sont pas « belles », penchez-vous sur vos réglages avant de changer d’appareil.

Vous êtes persuadés que votre boitier vous limite

Si vous avez déjà un boitier, peut-être que celui-ci est ancien, dépassé techniquement, que la mise au point et la réactivité de l’autofocus vous semblent désormais en retrait par rapport à vos besoins actuels… Bref, vous êtes persuadé d’avoir de bonnes raisons pour changer. Mais est-ce une réalité ?

S’il a une bonne dizaine d’années ou qu’il s’agit d’un modèle « bas de gamme » alors que vous êtes devenu un amateur éclairé, alors effectivement, au vu des avancées technologiques, vous ferez un certain « gap » dans la qualité du résultat technique des clichés. C’est-à-dire que vous allez gagner en performance pour la vitesse (les basses vitesses seront plus facilement accessibles), en termes de définition du capteur (en passant à 24/26 Mpx, voire plus), en montée en ISO et en AF.

Mais, en aucune manière, cela ne vous fera prendre de meilleurs clichés. Si vous ne possédez pas la technique de base (dont le fameux triangle d’exposition), si vous ne savez pas lire ce qui se trouve devant vos yeux afin de le peindre avec la lumière, alors changer d’appareil photo ne vous fera pas faire de meilleures images.

Un bon photographe, même amateur, est en mesure de prendre des photos où il y a une histoire, une émotion, avec n’importe quel appareil de photo. Qu’il soit un numérique ou un argentique, qu’il soit un hybride, un smartphone ou je ne sais quoi d’autre.

Photo prise avec un boitier argentique
Photo prise avec un simple appareil photo argentique
Tour Eiffel à l'argentique
L’appareil photo utilisé n’est pas synonyme de réussite
Panneau d'affichage
Tout est question de sujets et de ce qu’on arrive à transmettre

Cela ne veut pas dire qu’il faut s’abstenir de changer de matériel. Bien au contraire, il faut savoir avancer parfois, comme passer d’un K-S2 à un K-3 III par exemple. Il faut un ou plusieurs bons motifs, pas que ce soit la conséquence d’une lubie reposant sur peu d’arguments.

Vous êtes décidé à changer ?

Je ne vais pas vous dire quel matériel acheter. Parce que je ne vous connais pas. Il y a trop d’inconnues pour que je sois en mesure de le faire. Au mieux, je peux vous indiquer quelques éléments de réponses.

Pourquoi voulez-vous faire de la photo ?

Nombreuses seront les personnes qui vont vouloir vous orienter vers un capteur Plein Format. Pourtant, il n’est pas le seul choix possible. La question de la taille du capteur est importante. Ce débat n’est pas nouveau, il est même constant depuis l’apparition de la photographie numérique. En 2025, en dehors du marché des smartphones volontairement exclu, 4 formats se partagent le marché des APN :

  • Le micro 4/3,
  • L’APS-C,
  • Le Plein Format, connu aussi sous l’appellation anglaise de Full Frame,
  • Le Moyen-Format.

Lequel choisir ? Si le choix « naturel » est le Plein-Format, du fait de la pression marketing et de l’antique tradition argentique du 24×36 (usurpée selon moi face au MF bien supérieur), il me parait important de prendre du recul et de s’interroger. Quels sont réellement vos besoins ? Que comptez-vous photographier ? Il convient de définir votre ou vos usages : famille, animalier, street, etc. Il faut être très clair avec vous-même. J’ai trop vu d’APN achetés qui ont fini au fond d’un tiroir, au profit d’un smartphone plus adapté à la personne. Il ne s’agit pas d’avoir de regrets par la suite. Or, se tromper peut être facile !

Afin de définir correctement votre besoin réel, répondez à ces quelques questions toutes simples :

  • Combien de fois par semaine allez-vous faire des photos ?
  • Dans quelles circonstances ?
  • Quels sont vos besoins actuels ?
  • Quels seront les sujets, en étant le plus précis possible.
  • Quelles sont les évolutions possibles sur les 3 années à venir ? Les besoins hypothétiques « de dans dix ans » n’ont pas leur place dans cette réflexion.

Bien que l’on puisse tout prendre en photo avec n’importe quel type d’appareil, le rendu ne sera pas le même. Il est tout à fait possible d’utiliser une chambre argentique pour photographier des cerfs sauvages depuis un affût en forêt. Par contre, je doute que vous réussissiez à obtenir un gros plan de l’animal ! Il y a des capteurs, et donc des appareils photo, plus adaptés à certaines pratiques que d’autres. À partir de vos réponses, cette grille peut vous aider à mieux déterminer le type d’APN dont vous aurez besoin.

Micro 4/3 APS-C Plein Format Moyen Format
Photo de type paysage X XX XX
Photo de type mariage X X XX
Photo de type sportive X X XX
Photo de type animalière XX XX X
Photo de type Street photography X XX XX X
Photo de type mode X XX
Photo de type macro X X XX XX

 

Le choix d’une marque est accessoire

Vous n’aurez plus qu’à faire un choix pour la marque. En 2025, aucune marque n’est vraiment au-dessus des autres. Pour les hybrides, Canon, Fuji, Lumix/Panasonic, Nikon et Sony se valent. Pour certains critères, comme la rafale ou le nombre d’objectifs disponibles, il est possible qu’une ou deux soient supérieures aux autres. Et si vous vous attachez à d’autres critères (la réactivité AF), d’autres marques pourraient être un peu plus performantes.

Quand vous saurez quoi acheter, il sera temps de vous intéresser au matériel disponible et trouver celui qui sera en adéquation avec vos attentes. C’est à dire qui correspondra aux éléments techniques suivants :

  • vitesse rafale
  • réactivité AF
  • AF orientée sport / animalier
  • objectifs disponibles pour mes pratiques photos
  • poids

 

Petit exercice de style afin de vous tester. En regardant les images ci-dessous, êtes-vous en mesure de reconnaitre le couple boitier-objectif, sans aide (vérification des Exifs… ou lecture des réponses ci-dessous) ?

Changer de boitier - Test taille capteur
Changer de boitier - Test taille capteur
Changer de boitier - Test taille capteur
Changer de boitier - Test taille capteur
Changer de boitier - Test taille capteur
Changer de boitier - Test taille capteur
Changer de boitier - Test taille capteur
Les réponses
APS-C K7 & Sigma 18-50/2.8 –  APS-C K3 II & Pentax FA 50/1.4  –  FF K-1 II & Pentax DFA 24-70/2.8

FF K-1 II & Pentax DFA 24-70/2.8 –  Compact Olympus TG-7 à capteur 1/2.3″  –  APS-C K7 & Sigma 18-50/2.8

FF R5 & RF24-105/4 –  MF 645Z & Pentax 28-45/4.5 –  Compact APS-C GR IIIx

 


 

 

4 réponses

  1. Bonjour F. Excellent article, comme d’habitude, sur le PhotoKlub, à propos de l’intention de changer de boîtier et même de marque… Ben, étant un Pentaxiste intégral, idolâtre même, d’après un certain membre du PhotoKlub, je suis persuadé que c’est MOI qui limite mes K1-II ☺☺☺Ces boîtiers me conviennent parfaitement pour le type d’images que je réalise, essentiellement concerts, balades en chemin de fer et manif’s ! Traduction, je ne suis pas près d’en changer !!! Par contre, j’ai appris que tu étais passé à une marque qui commence par C… E… R5, quoi limite qui et inversement, à cet instant ? ☺☺☺ I♥PENTAX

    Longue vie au PhotoKlub.

    1. Petite précision utile. Je ne dis pas qu’il faut changer de marque absolument. Mais plutôt que nous n’exploitons pas correctement notre matériel actuel et, qu’avant de changer de boitier/marque, faudrait voir si l’objectif est adapté et si nous ne sommes pas responsables.
      Sur mon changement, il s’agit d’une décision dictée par certains impératifs personnels. J’aurais préféré rester dans le monde reflex by Pentax.

  2. Très bon article effectivement.

    J’ajouterais en outre que l’élément principal dans la chaîne est situé derrière le boîtier.

    Dans notre société de consommation, on nous fait croire que changer de matériel nous fera prendre tout d’un coup de merveilleuses photos.

    Cela dit, je viens de changer de boîtier cet été (je suis passé du K5 II au K3 III) et j’ai constaté un gap phénoménal sur les capacités de l’appareil (viseur, autofocus, réactivité,…) même si je ne maîtrise pas encore l’appareil (d’autant qu’il est tombé en panne un mois après l’achat et est bloqué en SAV depuis fin septembre ).

    Pentax et Photoklub 4ever !

    1. Bonjour.
      Dans l’introduction, j’écris ceci : « Sinon, il faudrait chercher un autre coupable… qui pourrait bien être eux-mêmes ! ». Et il y a un petit chapitre sur « Vous êtes persuadés que votre boitier vous limite »… qui en reparle, avant de résumer assez bien votre parcours.
      J’ai eu entre les mains de nombreux appareils photo, de marques différentes pour savoir que, si l’appareil contribue grandement à faire des clichés de bonne qualité, il n’est pas tout seul. Mais il faut reconnaitre que les possibilités d’aujourd’hui permettent des prises de vue pas toujours réalisables avant. Deux exemples parmi d’autres :
      – la prise de vue aérienne via des drones
      – la précapture d’images qui commence la prise de vue en rafale avant le déclenchement. On rate moins l’envol des oiseaux !

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