Le triangle d’exposition fait partie des bases de la photo, que tout photographe, même amateur, doit comprendre et maîtriser. Car on ne le dira jamais assez, la photographie c’est l’art de peindre avec la lumière. Alors, comment parvenir à capturer correctement cette lumière si vous ne maîtrisez pas l’exposition ?
Qu’est-ce qu’une bonne image techniquement parlant ? Il y a peu, une personne m’a interrogé sur la qualité de ses clichés qu’elle trouvait moins bonne que les miens, alors qu’on était au même endroit au même moment. En examinant ses clichés, j’ai vite compris que le problème n’était pas que du côté de la composition ou du cadrage, mais qu’il convenait de chercher principalement la réponse du côté de la technique. La photographie, sur le plan technique, pourrait se résumer en l’accumulation de la lumière sur une surface sensitive, souvent rectangulaire.
Dit comme cela, c’est vrai que ce n’est pas très attrayant.
La métaphore du seau d’eau
Prendre une photo, c’est un peu comme remplir un seau d’eau : l’eau est la lumière, le robinet est le diaphragme, et le récipient (du moins sa contenance), les ISOs.
Le robinet a un certain débit, déterminé par son ouverture (qu’on nommera A). Quand on ouvre faiblement le robinet, l’eau va couler en un filet. La vitesse de remplissage du seau va être lente. Si on ouvre le robinet à fond, la vitesse de remplissage va être rapide.
Le récipient, quant à lui, a une taille déterminée par les ISOEn numérique, les ISO sont la conséquence d’une excitation électrique des pixels afin de les rendre plus sensibles à la lumière (qu’on nommera S). Plus les ISO seront haut, plus la taille sera petite. Et inversement.
La vitesse (qu’on nommera T) est le temps que mettra l’eau pour remplir le seau . On peut faire couler l’eau plus ou moins longtemps :
- Si le seau est plein, alors la photo est correctement exposée.
- S’il n’est pas complètement rempli, alors il manquera d’éclairage et la photo sera sous-exposée (sousex).
- À l’inverse, il peut déborder. Il y a alors trop de lumière et la photo sera surexposée (surex).
Une bonne photo est une photo correctement exposée et qui a une quantité de lumière suffisante.
Le triangle d’exposition est formé par le triptyque Temps de pose / Ouverture / Sensibilité
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a des dizaines de façons de remplir un verre et atteindre le bon niveau d’eau. Autrement dit, il existe de nombreux réglages qui permettent d’obtenir la quantité de lumière suffisante pour qu’une photo ait une bonne exposition :
- Le verre pourra être rempli lentement en utilisant un filet d’eau (temps de pose long et petite ouverture) ;
- Le même verre pourra être rempli plus rapidement en ouvrant le robinet et en augmentant le débit de l’eau (temps de pose court et grande ouverture).
- En changeant la taille du verre, la quantité d’eau nécessaire pour son remplissage variera.
Tous les triptyques équilibrés proposeront une bonne exposition. Mais cela ne signifie pas que toutes sont bonnes à utiliser. Ainsi, à ISO identique, prendre un cliché à 1/60s avec une ouverture à f/11 (écrit sous cette forme : 1/60s-f/11) proposera la même quantité de lumière que si on prenait le même cliché à 1/125s-f/8 ou à 1/500s-f/4.
1/60s à f/11 = 1/125s à f/8 = 1/250s à f/5,6 = 1/500s à f/4 = 1/1000s à f/2,8
C’est le type de cliché que vous souhaitez faire qui va influer sur le couple ou le triptyque.
Focus sur la vitesse T
Devant le capteur, il y a un rideau qui protège ce denier de toute invasion non contrôlée par la lumière. Au moment du déclenchement, le rideau va être ouvert, permettant à la lumière d’atteindre le capteur. Plus le rideau restera ouvert, plus il y a aura de quantité de lumière sur le capteur.
Si on souhaite un cliché où les éléments en mouvements apparaissent figés, il faudra utiliser des vitesses supérieures à 1/1000s. Voir un peu moins selon les cas de figure. En pratique, 1/160s suffit souvent pour figer un individu qui marche à faible allure.
A contrario, si on veut des photos où l’on voit le déplacement des sujets, des objets, il conviendra d’opter pour des vitesses plus lentes, inférieures à 1/15s. Souvent, ces vitesses nécessiteront un pied, un support pour que l’appareil de photo soit immobile.
Ces vitesses lentes sont aussi utilisées quand les conditions d’éclairages ne sont pas bonnes (dans une église, etc.), mais avec le risque d’obtenir du flou, de bougé ou de mouvement. Ce qui n’est pas forcément le but recherché.
Les autres vitesses, comprises entre 1/30s et 1/500s, sont utilisées pour les cas courants.
Ce qu’il convient de retenir, c’est que :
- Plus la vitesse est rapide, plus une image sera nette. Plus elle est lente, plus un risque de flou est possible.
- Il n’y a pas de vitesse unique et universelle, la bonne vitesse est celle qui vous est nécessaire pour obtenir votre résultat.
Mais attention, plus la vitesse est élevée, moins il y a de lumière qui arrive à votre capteur, engendrant des clichés ternes, voire noirs…
Focus sur l’ouverture A
Le diaphragme contrôle le débit de lumière. Ce débit a plusieurs notations, par défaut, j’utilise celle-ci f suivi d’un / et du chiffre indiquant l’ouverture (exemple f/2.8, f/4, f/11).

Plus le chiffre est petit, plus le diaphragme est ouvert et plus il y a de lumière qui entre, permettant une vitesse rapide. À l’inverse, plus le chiffre est grand, plus le diaphragme est fermé, moins la lumière entre.
- f/ 0.95, f/1.2, f/1.4 sont de grandes ouvertures très lumineuses.
- f/ 2.8, f/4 et f/5.6 sont des ouvertures lumineuses.
- f/ 13, f/16, f/22 et f/32 sont des ouvertures proposant de moins en moins de lumière. Il convient de les éviter.
Dernier point important, les objectifs donnent le meilleur d’eux-mêmes quand le diaphragme est moyennement ouvert, en général entre f/5.6 et f/9. Cela dépend aussi beaucoup de la forme optique, de la qualité des verres… et de la marque.
Focus sur la sensibilité S
La sensibilité est l’élément perturbateur du trio. Elle est mesurée en ISO. Changer de sensibilité va modifier la configuration du capteur pour tenir compte de la luminosité ambiante.
Souvenez-vous, en argentique, les films contiennent des grains d’argent. Plus ils sont fins, moins ils sont réceptifs à la lumière. La sensibilité est donc faible. A contrario, plus les grains d’argent sont gros, plus ils sont sensibles et plus les ISO sont élevés. En numérique, c’est différent. Ici, c’est le capteur qui capte la lumière. Quand on choisit d’avoir des ISO élevés, le signal lumineux reçu est amplifié électriquement / électroniquement lors de la conversion en signal numérique. Plus l’ISO est élevé, plus le signal est amplifié, avec comme résultat, une image plus lumineuse (mais avec du bruit numérique). C’est pourquoi, par simplification, on dit que cela correspond à une excitation électrique du capteur.
Augmenter la sensibilité, c’est comme si :
- On ouvre plus grand le diaphragme sans les inconvénients de la profondeur de champ.
- On augmente la durée de pose sans les inconvénients du risque de bouger.
Augmenter la sensibilité offre donc la possibilité de photographier en basse lumière sans augmenter le temps de pose, ou sans utiliser de flash ou de pied. MAIS, plus on monte en ISO, plus le bruit apparaît et dégrade la photo. Jusqu’à devenir inexploitable.
Tous les appareils photo numériques ne sont pas égaux face au bruit. Pire, il arrive que, pour un même capteur, certaines marques exploitent nettement mieux l’électronique que d’autres. Ainsi, Pentax a souvent mieux exploité les capteurs Sony que le fabricant lui-même.
Même si cela dépend des marques et des capteurs, en APS-C, la limite supérieure avoisine 3200 ISO. En Plein Format, ce sera plutôt 6400 ISO.
Une bonne photo, ce qu’on peut retenir
Aucun paramètre n’est supérieur aux 2 autres. Tout dépendra de ce que VOUS souhaitez faire comme type de clichés. C’est donc le style de photo qui rendra un peu plus important l’un d’entre eux. Voire 2… ou 3 !

Quelques points à retenir :
- Un portrait net sur un fond flou en plein jour nécessitera une grande ouverture et une vitesse élevée, sans augmenter les ISO (base : 100)
- Le même portrait net sur un fond flou en pleine nuit nécessitera de conserver la grande ouverture et la vitesse élevée, tout en augmentant les ISO pour compenser la lumière moindre.
- Pour doser la quantité de lumière, le photographe va principalement agir sur l’ouverture du diaphragme et/ou sur le temps de pose.
- Savoir gérer ce couple ouverture-vitesse permet de prendre des clichés corrects. Ils travaillent ensemble.
- L’augmentation des ISO va compenser un manque de lumière.
- Modifier une des pointes du triangle va avoir un impact sur les 2 autres.
- Comprendre les interactions entre les 3 permet d’obtenir un cliché correct, ni trop clair, ni trop sombre.
Attention, s’il est nécessaire de comprendre l’interaction entre Vitesse, Ouverture et ISO pour maîtriser techniquement la prise de vue, il reste tout un travail de composition à mener pour rendre vos images intéressantes, voire exceptionnelles.


2 réponses
Merci F. pour cet article bien illustré.
Cela fait plaisir. On tente des articles parfois différents de ce qu’on avait l’habitude de faire.