Peut-on établir un parallèle entre, d’une part :
- Les technologies reflex et hybride dans le monde de la photo
et, d’autre part,
- Les technologies thermique et électrique dans le monde de l’automobile ?
La question peut paraître étrange à beaucoup. Pourtant, on trouve, pour le moins, des ressemblances ! Mais aussi des différences considérables.
Ce qui se ressemble fortement dans ce parallèle
Une technologie dominante bousculée par une rupture
Dans les deux cas, une technologie mature et maîtrisée (le reflex, le thermique) est concurrencée par une approche radicalement différente dans sa conception (l’hybride photo, l’électrique auto), portée par des acteurs nouveaux ou reconvertis. Peut-être devrait-on même dire « convertis » avec une connotation légèrement religieuse ?
Des utilisateurs attachés à leurs habitudes
Mais aussi à leur investissement.
Par exemple, les pentaxistes ont des objectifs à monture K accumulés depuis des décennies. Malgré les évolutions de la monture dont il s’agit. Nous parlons beaucoup dans ce dossier des utilisateurs de la marque Pentax parce que c’est la seule grande marque historique à ne pas avoir basculé vers la technologie hybride. Et c’est aussi la marque d’une large majorité de mon matériel photo personnel.
Toutefois, la même « problématique » touche aussi les utilisateurs de reflex des marques Canon et Nikon qui continuent d’en vendre malgré la priorité qu’elles ont donnée aux appareils sans miroir.

(© Ricoh Imaging)
Les automobilistes, quant à eux, ont leurs habitudes de conduite, leurs stations-service, leurs garagistes.
Dans les deux cas, le changement implique de remettre en cause un écosystème entier, pas juste d’acheter un nouveau produit.
L’argument de l’autonomie/de l’infrastructure
Les détracteurs de l’hybride photo pointent la faible autonomie des batteries. Des progrès sont cependant constatés sur ce point chez quelques constructeurs.
Les détracteurs de l’électrique pointent le manque de bornes de recharge. Là encore, on peut constater des évolutions positives, notamment sur les grands axes. C’est un peu moins vrai (en nombre, mais aussi en puissance) sur des routes moins fréquentées.
Ce sont deux formes du même frein : la dépendance à une infrastructure encore incomplète et/ou pas suffisamment mature au goût des consommateurs. Et on notera que, dans les deux cas, cela concerne la source énergétique.
Une transition imposée plus que choisie
Ni les utilisateurs de reflex ni les automobilistes n’ont vraiment demandé cette transition. Elle leur est imposée, par le marché dans le cas photo, par la réglementation et l’industrie dans le cas automobile. La résistance est en partie une réaction à ce sentiment de ne pas avoir eu le choix. Dans le cas de Pentax, la transition implique un changement de marque. Avec tous les inconvénients que cela représente.

(Photo © Canon)

(Photo ©Sony)
Des qualités réelles de l’ancienne technologie
Qualités qu’on a du mal à reproduire. Le moteur thermique a un son, des sensations, une progressivité dans la réponse que beaucoup trouvent irremplaçables. On a bien vu le tollé en Formule 1 lors de l’apparition des moteurs hybrides et de la disparition du « son F1 ». Le viseur optique a une immédiateté, une profondeur de perception que l’EVF ne reproduit pas encore parfaitement (là encore malgré les progrès). De fait, il ne donne pas la même « perception » de la future photo.
Dans les deux cas, la nostalgie n’est pas irrationnelle : elle repose sur des différences tangibles.
Pour tempérer quelque peu le propos, il est important de noter qu’une technologie nouvelle, quelle qu’elle soit, a besoin de temps pour s’implanter. Mais aussi pour progresser. Tout ne vient pas brutalement et globalement.
Où le parallèle montre ses limites
L’échelle et les enjeux sont incomparables
La transition automobile est une affaire mondiale, politique, climatique, économique et, surtout, de plus en plus, un souci écologique. Des milliards sont investis, des États légifèrent, des millions d’emplois sont en jeu.
En photo, le « souci écologique » est mal défini et, partant, mal compris et largement sous-évalué. Il n’est qu’à voir toutes les photos « inutiles » réalisées chaque année.
S’agissant de la transition photo, c’est un débat d’enthousiastes dans un marché de niche. Le poids sociétal n’a rien à voir. De fait, une écrasante majorité de photos sont réalisées en 2026 au moyen de smartphones : le problème de viseur n’intervient pas. Le smartphone est, d’une certaine façon, une sorte d’hybride « live view uniquement ». Je n’en oublie pas pour autant les quelques tentatives faites pour leur ajouter des compléments optiques.
La contrainte réglementaire
Elle n’existe pas en photo. On n’interdira jamais la fabrication de reflex. Personne ne force ni ne forcera Pentax à passer à l’hybride par la loi. Ce qui peut exister, en revanche, c’est l’interdiction d’utiliser, pour la fabrication, tel ou tel matériau. Dans l’automobile, la fin programmée du thermique en Europe crée une pression externe absolue, bien réelle, que le monde photo ne connaît pas. Ce n’est certes qu’une décision politique qui peut être révoquée. Mais les intérêts divergents des pays rendent la chose difficile, voire impossible.
Le rapport à la performance s’inverse
En automobile, c’est la technologie électrique qui, désormais, est objectivement plus performante sur de nombreux critères (accélération, couple, entretien). En photo, la question est plus nuancée : l’hybride est meilleur sur certains points (AF, vidéo, EVF informatif), mais le reflex conserve des avantages réels (autonomie, visée optique, simplicité). La hiérarchie technique est moins tranchée en photo.

(Photo © BYD issue d’un catalogue BYD)
Le profil des résistants est différent
Les réfractaires à la voiture électrique sont sociologiquement très diversifiés (ruraux, classes moyennes, professionnels du transport). Mais pas seulement : nombreux sont ceux qui prennent conscience de la toxicité écologique des batteries et de « la calamité » en cas d’accident. Les utilisateurs de reflex, eux, sont un groupe homogène de passionnés avertis, souvent très bien informés techniquement. Leur résistance est plus réfléchie, moins émotionnelle ou idéologique. Avouons que, sur ce plan, il existe des exceptions !
La leçon commune
Dans les deux cas, le vrai débat n’est pas « ancienne technologie contre nouvelle », mais « à qui appartient la décision de changer ? »
Les photographes attachés au reflex, et les automobilistes attachés au thermique, partagent le même sentiment : celui d’une transition subie, dictée par des logiques industrielles ou politiques, sans que leurs usages réels et leurs besoins concrets aient été pleinement pris en compte. Un pentaxiste qui transite vers l’hybride n’est plus un pentaxiste. Sauf, le cas échéant, et partiellement, s’il peut utiliser ses objectifs Pentax sur un boîtier hybride.
C’est peut-être là le parallèle le plus profond : la résistance au changement technologique n’est pas obligatoirement un rejet de la nouveauté. Très souvent, elle est une revendication d’autonomie dans le choix. Différents médias ont publié des études sur ce sujet.
Qui sont les réfractaires à la voiture électrique ?
Les conclusions de ces études vont globalement dans le même sens. On y trouve (étude du Jourmal de l’Automobile en janvier 2025) :
- Des « électro-sceptiques » représentant un bon tiers des interrogés
- Des « électro-allergiques », en nombre plutôt minoritaire.
Mais l’ensemble de ces deux catégories représente quasiment la moitié des sondés.
Les freins concrets qui fabriquent la résistance
Une majorité de ceux qui veulent rester au thermique dénoncent le coût de plus en plus élevé de l’hybride (ou électrique) et le manque d’autonomie. Environ la moitié des sondés évoque la rareté des bornes de recharge et le temps nécessaire pour une recharge (étude de l’Automobile Propre).
Il semble, d’après le même média, que les Français soient, à l’égard du véhicule électrique, plus sceptiques que d’autres citoyens européens et beaucoup plus que les citoyens chinois pour ne citer qu’eux. Et ils sont une minorité à penser que l’électrique remplacera totalement le thermique..
Notons que cette étude a été réalisée en 2023 et que, dans ce domaine, les évolutions sont assez rapides, nécessité faisant loi !
Qui résiste le plus, sociologiquement ?
Les études convergent vers plusieurs profils :
- vers les ruraux et périurbains
- vers les ménages modestes
- les professionnels à fort kilométrage
- Les passionnés d’automobile. Comme les pentaxistes en photo, ils ont un attachement émotionnel et sensoriel au moteur thermique : le son, les sensations, la culture mécanique. C’est probablement la frange la plus « idéologique » de la résistance.
- et vers les seniors
La nuance essentielle
Il faut distinguer la minorité de « purs-jus » vraiment réfractaires pour des raisons idéologiques, et la majorité encore indécise qui n’est simplement pas encore convaincue de la polyvalence du véhicule électrique pour le prix à y mettre (même étude de L’Automobile Propre)
Le retour au parallèle avec les utilisateurs de reflex
On retrouve exactement la même structure dans la communauté Pentax : une minorité de vrais réfractaires idéologiques, et une majorité de « sceptiques pragmatiques » dont la résistance est conditionnelle. Il est probable qu’elle fondrait face à une offre répondant vraiment à leurs besoins.
Dans la minorité des vrais réfractaires idéologiques, il ne fait guère de doute que les seniors occupent une très large place. Ce n’est ni une critique ni du dénigrement, mais une simple constatation. Pas d’exclusive cependant : ceci est vrai aussi pour les Canonistes et les Nikonistes attachés à leur reflex.
Pour les pentaxistes, je ne pense pas que quiconque se lancerait dans une étude sociologique à leur égard : le panel se réduit bien trop. Mais leurs motivations ne doivent pas être considérées comme farfelues.
Quel avenir
Pour l’automobile
On est quasiment sûr que l’électrique finira par s’imposer à l’hybride et au thermique. Pour autant, des difficultés et des réticences seront à surmonter progressivement. Mais cela, c’est si la nature nous en laisse le temps. Car on voit, avec les évènements actuels (incendies) que la tâche est d’une très grande ampleur. De plus, elle repose, pour beaucoup, sur des éléments très inégalement partagés dans notre monde : le sens du bien commun et la bonne volonté des dirigeants. Comme le disent certains : « Ce n’est pas gagné ! »
Pour l’hybride photo
La question ne se pose que pour un seul constructeur d’APN : Pentax et son désormais propriétaire à part entière, Ricoh Imaging.
Il n’est qu’à observer les comportements dans les milieux où se trouvent encore des pentaxistes. Beaucoup d’entre eux souhaiteraient que celui-ci ait autre chose à proposer qu’un très éventuel reflex argentique ou numérique simplifié, sans AF, et pour une utilisation de débutant. Parce que, oui, on trouve aussi – et, pour ma part, je le regrette – des partisans d’un tel minimalisme. En trop grand nombre, selon moi.
Nombre de pentaxistes fidèles espèrent encore, cependant, un revirement de Ricoh qui, jusqu’à aujourd’hui (et pour combien de temps encore ?) a toujours affirmé ne pas vouloir s’engager dans l’hybride. Leur résilience n’est rien moins qu’admirable, mais, je le crains, vaine !
Bien sûr, les difficultés seraient immenses, on les a maintes fois évoquées. Mais, faute pour le constructeur de les affronter et de les surmonter, les utilisateurs de matériel Pentax devront peut-être se résigner et/ou accepter la disparition de la marque. Cela finira par donner raison à tous ceux qui pensaient qu’elle n’existait plus depuis longtemps !
La question ne se pose pas dans les mêmes termes chez Canon et Nikon : l’existence d’une gamme hybride majoritaire laisse le choix de la technologie. À condition que l’aspect financier ne soit pas primordial.
Établir un parallèle entre reflex ou hybride en photo, d’une part, et thermique ou électrique en automobile, d’autre part n’est ni farfelu ni primordial. Cela permet de trouver des points de convergences (qui sont nombreux) concernant les opinions et motivations des principaux intéressés : les utilisateurs eux-mêmes.
Les technologies évoluent, les besoins aussi. Et l’environnement n’est pas en reste. L’important est de distinguer ce qui est essentiel de ce qui est accessoire. À chacun(e) de faire ses choix, qu’ils soient dictés par la conscience ou par les moyens financiers. Ou tout autre motif !
4 réponses
Bonjour
Ce parallèle me semble très pertinent sur le plan technique.
Cependant, si on considère que l’aboutissement de la voiture électrique est la voiture sans chauffeur, comment pourrait se concrétiser la photographie avec un photographe en simple « passager » ?
Avec l’IA générative, les drones, les lunettes connectées, etc…,on peut déjà s’en faire une petite idée.
Mais alors que pour celui qui doit se déplacer, la voiture sans chauffeur a du sens, pour celui qui pratique la photographie, ça n’en a plus du tout.
Bonjour et merci pour votre message.
Il m’apparaît aussi évident que l’avenir de la photographie ne peut pas se faire réellement sans photographe, ou alors ce ne sera plus du tout un plaisir, une passion. Souhaitons que la technologie ne nous dirige pas vers ces horizons, malgré les « progrès » de l’IA (on commence à s’en méfier !) et des technologies que vous évoquez. En tous cas pour nous, les humains. Car l’essor des robots, lui, pourrait bien « phagocyter » une large partie de la photo industrielle. Et je ne suis pas certain qu’il faille s’en féliciter.
Article intéressant. Voiture électrique : L’essayé, c’est l’adopter ? Je travail avec un fourgon électrique, je n’ai pas trop envie que l’entreprise m’employant, me refile un thermique. Avant de rouler avec ça, j’e n’ai jamais été réfractaire aux VE. Un peu geek, tech anthousiast, curieux, je n’ai jamais pris pour argent comptant, les tribunes contre ce type de moteurs. Je m’aventurerais, en disant que la plupart des réfractaires, sont des personnes n’ayant jamais pris le volant d’un véhicule électrique, et qui ont une aversion alimenté, par une propagande à charge. C’est fou, le nombre de personnes, qui m’ont posé la question : « -Tu n’as pas peur que ça prenne feu ? »
Appareil reflexe : Les constructeurs l’ont abandonné, pour réduire les coûts de productions ? De développements aussi ? Migration forcé, mais les stocks disponibles…
Amateurs que je suis, je voulais acheter un KF, mais au moment de passer commande, plus de disponibilités. Je n’ai pas non plus été vers l’occasion, et/ou dans 107000 endroits, les prix pouvants aussi fluctuer. J’ai pris un hybride.
J’ai lus, que nombres de pros, amoureux du réflexe, passés à l’hybride, et n’étaient pas déçu. Un gain de temps (voir de suite, le résultats), étant l’argument retenu… Je n’ai pas été leurs demander, s’ils avaient partiellement, ou en partie, adopté l’hybride…
Bonjour et merci pour votre message.
Beaucoup ont fait, font ou, probablement, feront comme vous ! C’est inéluctable.