Beaucoup de focales ont eu leur heure de gloire, et certaines sont devenues incontournables avec un statut d’hégémonie. Il y a, par exemple, le 50 mm, le 85 mm ou encore le 24-70/2.8 ! Car si vous avez décidé d’acheter un zoom, comme beaucoup de personnes, votre choix s’est sans doute porté naturellement vers ce dernier ! Naturellement ? Oui, parce que depuis une vingtaine d’années, de nombreux articles de magazines ou de vidéos d’influenceurs lui ont été consacrés. Or, et peu importe votre situation, de nouvel acheteur d’appareil photo à utilisateur de focale fixe investissant dans un zoom, il convient de réfléchir un peu à vos besoins en amont, sans céder à la tendance qui vous ferait acheter cet objectif « universel ».
Pendant de nombreuses années, les 24-70 ouvrant à 2,8 ont été les fers de lance des ventes. C’était l’objectif de qualité à posséder. Mais, malgré cette popularité, ces modèles n’ont aujourd’hui plus autant la cote. Certes, ils ne sont pas tombés en désuétude, les chiffres de vente sont toujours très bons. Mais en 2026, la donne a été rebattue, de nouveaux modèles offrant d’autres possibilités, d’autres choix possibles… L’hégémonie est donc bien remise en question.
Mais attention, il ne s’agit pas ici d’une charge contre le 24-70/2.8, qui reste un excellent objectif. Il s’agit simplement de se dire que ce dernier n’est pas forcément le plus adapté à vos besoins. Ainsi, la photographie de voyage diffère en termes de focale de celle de mariage, de portrait ou de street. Un point de vue déjà évoqué dans divers sujets, dont celui-ci.
Le 24-70/2.8, une légende incontournable ?
Pourquoi le 24-70 s’est-il imposé ?
Il existe plusieurs raisons qui ont popularisé les 24-70/2.8. Le range 24-70 mm s’est imposé parce qu’il couvre une plage focale extrêmement polyvalente, correspondant à une grande partie des besoins des photographes professionnels. Et pour le comprendre, il faut remonter à l’époque de l’argentique, quand nombre d’entre eux travaillaient avec plusieurs focales fixes : 24 mm, 35 mm, 50 mm et 85 mm.
Lorsque les zooms sont devenus suffisamment performants, les 24-70 mm ont permis de remplacer une bonne partie de ces objectifs sans changer constamment de matériel.
Logiquement, les photojournalistes, les photographes de mariage et ceux d’événements ont massivement adopté cette plage focale. D’autant plus que, dans les années 2000, les magazines photo ont fortement popularisé cette croyance. Leurs remplaçants, les influenceurs de la toile, n’ont pas vraiment modifié cette façon de penser. Tout ce petit monde étant aidé largement, il est vrai, par les constructeurs qui ont tous ces modèles dans leur catalogue. D’ailleurs, c’est souvent le premier proposé quand une nouvelle gamme s’installe.
On remarquera que les 28-70/2.8 n’ont pas rencontré le même succès. Lorsque les constructeurs ont réussi à concevoir des zooms de meilleure qualité, ils ont poussé le grand-angle à 24 mm et ces derniers se sont imposés. Bien que le gain n’ait été « que » de 4 mm, celui de l’angle du champ de vision a été énorme, passant de 75° (28 mm) à 84° (24 mm). Ce qui est très important pour la photographie de paysage ou d’architecture, par exemple.
La Sainte Trinité
Avec les 15-30/2.8 et 70-200/2.8, cet objectif fait partie de la « Sainte Trinité » que tout photographe (professionnel, mais pas que) se doit de posséder.
De fait, il est devenu un standard professionnel. Associé à un 15-30 et un 70-200, le photographe peut couvrir presque tout, de 15 à 200 mm avec seulement trois objectifs et sans trou dans les focales.
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Nous-mêmes n’avons pas échappé à la règle en testant et mettant en avant ces trois objectifs Pentax au moment de la sortie du premier reflex Plein Format numérique de la marque. En même temps, il était difficile de préconiser autre chose alors qu’il n’existait pas d’alternative chez Sigma ou Tamron.
Une question de lumière
Les objectifs à ouverture f/2.8 sont dits lumineux parce qu’ils laissent entrer beaucoup de lumière vers le capteur ou la pellicule. Comme vous le savez, cette quantité dépend de la surface de l’ouverture, un objectif à f/2.8 laisse entrer quatre fois plus de lumière qu’à f/5.6 à durée d’exposition équivalente.
Dans la pratique, ces objectifs permettent des vitesses d’obturation plus rapides en faible lumière, des ISO plus bas (moins de bruit numérique, ou des profondeurs de champ plus faibles, permettant ainsi de mieux détacher le sujet de l’arrière-plan (ce qu’on appelle le bokeh).
Ces zooms à ouverture constante f/2.8 représentent un bon compromis entre :
- Luminosité,
- Qualité d’image,
- Autofocus performant,
- Taille et poids encore raisonnables.
En dessous (f/2, f/1.8, f/1.4…), si les objectifs sont plus lumineux, il y a des contreparties terribles. Ils sont généralement plus gros, plus lourds… et beaucoup (mais beaucoup) plus coûteux. Jusqu’à ces dernières années, ils ont été surtout l’apanage des focales fixes.
Attention, f/2.8 n’est pas une ouverture très lumineuse. Par contre, beaucoup considèrent que c’est la limite supérieure à ne pas franchir pour qu’un objectif soit considéré comme « lumineux ».
Un objectif de compromis à tout niveau
24 mm, ce n’est pas de l’ultra grand-angle, mais presque. Et 70 mm, c’est plus loin que la vision traditionnelle du 50 mm. Avec un seul objectif, le photographe peut donc couvrir l’essentiel de ce qu’on nomme la photo de reportage :
- 24 mm : grand-angle modéré pour les paysages, l’architecture, les intérieurs et les photos de groupe ;
- 35 mm : reportage, rue, documentaire ;
- 50 mm : perspective naturelle proche de la vision humaine ;
- 70 mm : portraits et détails avec une légère compression des perspectives.

La domination du 24-70 mm f/2.8 a toujours été construite sur un compromis spécifique. Si l’objectif couvre une plage focale polyvalente avec une ouverture rapide dans un seul corps, c’est au prix de quelques conséquences :
- Poids substantiel ;
- Tarification plus élevée ;
- Une plage focale vraiment utile à 24 mm à 70 mm ;
- Selon les marques et l’année de commercialisation, une netteté compromise aux extrêmes.
Un objectif 24-70 mm à 24 mm est plus large que ce dont la plupart des situations de portrait de travail ont besoin et plus étroit que la plupart des situations architecturales de travail. À 70 mm, il est court pour le portrait de séparation et long pour la couverture environnementale.
Au fil des années, des versions de cet objectif, toutes marques confondues, il s’est amélioré. Au début, il était honnête au milieu, mais moyen partout. Les modèles les plus récents sont désormais excellents partout et parfois même exceptionnels.
En 2026, des alternatives à cette hégémonie
Les alternatives au 24-70/2.8 existent depuis longtemps. Ce n’est pas une nouveauté récente. Mais elles n’ont pas toujours rencontré le succès.
Des alternatives coté range
Le 24-70 f/2.8 conserve son statut parce qu’il est au centre d’un triangle presque idéal, entre la focale basse, la focale haute et la luminosité induite par l’ouverture f/2.8 constante. Toutes les alternatives améliorant un sommet du triangle, à longtemps dégradé au moins un autre.
Regardons en arrière
On notera que, du temps de l’argentique ou au début du numérique, de nombreux autres zooms ont été proposés dans la gamme de focale 20-150 mm. Comme ceux-ci (liste non exhaustive) :
- Pentax A 35-105 mm f/3.5 ;
- Pentax FA★ 28-70 mm f/2.8 ;
- Pentax D FA 28-105 mm f/3.5-5.6 ;
- Canon EF 24-85 mm USM f/3.5-4.5 ;
- Canon EF 28-70 mm L USM f/2.8 ;
- Canon EF 28-135 mm IS USM f/3.5-5.6 ;
- Nikkor 28-85 mm f/3.5-4.5 ;
- Nikkor 35-70 mm f/3.5 ;
- Nikkor 24-85 mm f/2.8-4
Sigma, Tamron et quelques autres constructeurs alternatifs ont également eu des modèles à leur catalogue. Mais, dans ces années-là, la plupart n’avaient pas toujours une bonne réputation. Depuis, les choses ont évolué.
Dans les années 1980-95, au siècle dernier, ceux qui ont réussi à s’imposer furent les zooms 28-75 ou 28-70 à ouverture f/2.8, qui ont alors connu un grand succès. Pour des raisons simples. :
- Une formule optique plus simple à concevoir et à fabriquer.
- Quelques qualités comme l’homogénéité, une distorsion plus contenue et un rendu qui convenait à l’époque.
Mais progressivement, les photographes de reportage de tout ordre ont rencontré des limites avec la focale basse. 28 mm, ce n’était pas assez large pour nombre d’entre eux. Quand les constructeurs ont réussi à résoudre les principaux obstacles liés à la formule optique et aux nombres de lentilles, les années 90 ont vu l’émergence des 24-70.
Et maintenant
En 2026, les 24-105 ou 24-120/4 sont devenus une alternative très crédible. Et cela tient surtout au fait que l’évolution des boîtiers a changé la valeur relative du stop de lumière perdu. Alors que dans les années 2000, passer de f/2.8 à f/4 pouvait être très pénalisant pour la lumière, les capteurs modernes permettent des miracles. Dès lors, l’écart est moins gênant que le gain de polyvalence !

Les améliorations promises par les boîtiers numériques depuis quelques années sont nombreuses :
- Faire des clichés exploitables à 3200, 6400, voire 12800 ISO est devenu une habitude, surtout avec les logiciels de post-traitement actuels. Or, le coût du passage de f/2.8 à f/4 est souvent simplement un doublement des ISO ! Au lieu de faire des clichés à 100 ISO, il suffit de les faire à 200 ISO pour obtenir le même résultat.
- La stabilisation, de l’objectif et/ou du capteur, a tout changé, car elle a réduit l’avantage du f/2.8. Si ce dernier conserve un avantage pour les sujets en mouvement, ce n’est pas le cas pour les paysages, le voyage ou l’architecture.
- Pour de nombreux photographes, le 24-70 s’arrête au moment où les choses deviennent intéressantes, que ce soit pour les portraits serrés, les détails architecturaux ou des scènes de rue.
D’ailleurs, vous, que préférez-vous ? Pour aller jusqu’à 105/120 mm ou bien conserver une ouverture f/2.8 ? Préférez-vous gagner un stop de lumière ou 50 % de focale supplémentaire ? À cette question, certains, comme les photographes de mariage, répondront le stop de lumière, mais la plupart préfèreront le range supplémentaire. C’est peut-être la raison pour laquelle au moins un constructeur a décidé de proposer un 24-105 à ouverture constante f/2.8 ! Un « petit » objectif dont le poids est de 1,5 kg… et le tarif proche des 3500€.
Vers une nouvelle trinité autour de l’ouverture f/2 ?
La prochaine évolution est plus d’objectifs zoom f/2 des fabricants. Canon avait ouvert la voie en 2020 avec le monstrueux 28-70/2 dès l’apparition de la gamme RF. Un objectif très lumineux, mais qui souffre de deux défauts. Non seulement il est très lourd avec ses presque 1,5 kg, mais il lui manque aussi les fameux 4 mm le séparant de la focale 24 mm.
En janvier dernier, Sony s’est lancé sur ce segment particulier en proposant un superbe FE 28-70 mm f/2 GM. Sa formule optique s’avère évidemment très complexe, puisqu’il compte pas moins de 20 lentilles réparties en 14 groupes. En intégrant trois lentilles asphériques, trois lentilles XA (asphérique extrême), trois lentilles Super ED et une lentille ED, le constructeur promet une image extrêmement piquée dès la pleine ouverture, du centre aux bords. Et surtout, il est léger en comparaison de son équivalent chez Canon, puisqu’il pèse moins d’un kilo (918 gr exactement). C’est encore lourd, certes, mais c’est le prix pour obtenir un tel zoom. Le prix est lui aussi exceptionnel, environ 3600 €.

Ce nouvel objectif s’ajoute au récent lancement du FE 50-150 mm f/2 GM en juin 2025 et sera bientôt accompagné par le FE 16-28 mm f/2 GM. Si la rumeur est vraie, Sony offrira alors trois zooms à ouverture f/2 sur le range 28-150. Ce qui rappellera forcément quelque chose.
C’est dans ce contexte que, du côté de chez Canon, tout laisse croire que la firme va « fusionner » le range 24-70 avec l’ouverture F/2 cette année. Ce 24-70/2 aurait un poids lui aussi inférieur au kilo, mais en proposant les fameux 4 mm supplémentaires qui ont rendu possible l’hégémonie du modèle à ouverture f/2.8 constant. Et surtout, les rumeurs font état d’un 15-30, ou d’un 16-28, qui partagera la même ouverture pour la fin de l’année ou au début 2027. Si, par la suite, un objectif comparable sortait sur le segment supérieur, avec deux constructeurs engagés, nous pourrons alors annoncer qu’une nouvelle « Sainte Trinité » autour de l’ouverture f/2 est née.
Et les autres constructeurs ? À l’heure actuelle, rien ne bruisse chez Nikon ou dans la galaxie de la monture L. Si Sigma a bien proposé un 28-45 mm à ouverture f/1,8, faisant de lui le zoom le plus lumineux du marché, rien de filtre sur d’autres produits. Ce sera peut-être du côté de chez Viltrox, un constructeur chinois très actif, que viendra la première riposte des « tiers ». Surtout que ce dernier a récemment obtenu une licence pour la monture L.
L’hégémonie des 24-70/2.8 est mise à mal. Entre des 24-105/4 légers, efficaces, peu chers et les 24 ou 28-70/2 au-dessous du kilo, mais à des prix pesant sur le porte-monnaie, les photographes des années 2020 ont des alternatives solides à disposition. L’apparition des objectifs à ouverture f/2 va avoir un impact sur les ventes des 24-70/2.8, mais jusqu’à quel point ? L’amateur « standard » devrait passer son chemin, le prix étant rebutant. Seul les plus fortunés ou avec un vrai besoin professionnel devraient se porter acquéreurs. Les 24-70/2.8 ont donc encore un bel avenir devant eux.


