La diagonale fait partie des traditionnelles « règles » de composition d’une photo. Une « règle » parmi les autres, au même titre que la « règle » des tiers, celle du nombre d’or, la spirale de Fibonacci ou d’autres encore. Ces « règles » ont été bien exposées sur notre site ICI et LA.
Petit rappel mathématique à l’intention de qui aurait oublié ses leçons de CM1 ! Une diagonale est une droite qui joint deux sommets non consécutifs d’un polygone (ou d’un polyèdre). Un quadrilatère est un polygone de 4 côtés. Une photo étant un quadrilatère, elle comporte donc deux diagonales, au sens mathématique.
Et ce, qu’elle soit carrée (format 1:1)

ou rectangulaire (ici format 3:2)

Vous aurez certainement remarqué que j’ai écrit le mot « règle(s) » entre guillemets. Il y a à cela une bonne raison : si des pratiques préétablies sont probablement souhaitables, le mot même de règle me paraît beaucoup trop fort, trop rigide. Règle signifie aussi partie d’un règlement. Autrement dit, quelque chose de contraignant et qui entraîne sanction si on ne s’y conforme pas.
Or, en matière de photo, il faut aussi savoir faire fi des règles, quitte à y revenir de temps en temps. Toute la question est de savoir quand et comment. Essayons donc de voir les bienfaits de cette « règle » de la diagonale, même si, précisément, c’est « en diagonale » comme on dit parfois !
Pourquoi et comment rechercher une diagonale en photo
Le pourquoi
Les diagonales apportent du dynamisme et guident l’œil du spectateur à travers l’image, créant un sentiment de mouvement et de profondeur. Contrairement aux lignes horizontales (qui expriment plutôt le repos) ou verticales (qui, elles, sont porteuses de stabilité).
Une précision cependant : une photo étant, au sens mathématique, un quadrilatère (voir plus loin « Quelle diagonale choisir »), elle ne comporte, mathématiquement parlant, que deux diagonales. Photographiquement parlant, ce n’est pas très intéressant.
Les lignes obliques que l’on peut y déceler ne sont donc pas à proprement parler des diagonales. De fait, elles ne relient pas obligatoirement deux sommets opposés. C’est même exceptionnel quand cela arrive. Ce sont seulement des lignes en diagonale. Et ce sont elles qui nous intéressent ici. Par commodité, dans la suite de ce texte, nous les nommerons (sans doute un peu abusivement) des « diagonales ».
Dès la prise de vue
En photo de paysage, des routes, des rivières, en ville, des arêtes de bâtiments peuvent naturellement être utilisées pour tracer une diagonale dans l’image. Il en va de même en photo de nature pour des branches d’arbres, des ombres. Il importe alors de bien se positionner afin que les lignes formées par ces éléments traversent l’image en diagonale.
Cette vue de l’Opéra Bastille, à lecture descendante, amène le regard vers le point le plus lumineux du bâtiment. Les différents niveaux forment une ligne « en diagonale » assez évidente., bien qu’en escalier.
De la même façon, on peut aussi utiliser la perspective : les lignes qui s’éloignent vers un point de fuite peuvent aisément créer des diagonales. Tout dépend de leur positionnement, qu’il soit naturel ou dû au cadrage par le photographe.
Cette vue de Lisbonne illustre le propos : la perspective, à gauche, crée des diagonales, même incomplètes. Les haubans du pont Vasco de Gama également. Et ces diagonales sont équilibrées par les lignes verticales (lampadaires, piliers du pont, personnages) et horizontales (ponton, niveau de la mer, chaussée sur le pont).
Ci-dessous, cette vue des Pyrénées montre que les reliefs offrent très souvent des diagonales et qu’il est facile de les exploiter :


C’est pratiquement dans tous les domaines photographiques que se rencontrent des diagonales. Il appartient à chacun de les exploiter… si c’est son désir ! Même les photos de proxi (voire de macro) en proposent :
En post traitement
Une ébauche de diagonale à la prise de vue peut parfois être accentuée par une légère (ou moins légère) rotation de l’image en post-traitement. Mais alors, il faut faire attention à ne pas tomber dans la caricature ou à transformer la photo jusqu’à l’ineptie : par exemple, attention si elle comporte une ligne d’horizon ! Surtout en bord de mer : on aurait l’impression que celle-ci se viderait dans le sens de la pente. Attention aussi aux inscriptions qui apparaitraient alors penchées. Il faut également prendre garde aux inconvénients évoqués plus loin à propos du quiscale.
Nota à ce propos : la photo de titre n’est pas un montage. Elle est tirée d’une image réelle, fortement recadrée puis inversée pour donner du dynamisme à la trajectoire de l’avion.
Le post-traitement permet aussi parfois une lecture différente de l’image selon l’orientation de la diagonale. Tel est le cas de la vue qui suit, prise également dans les Pyrénées. L’opposition « partie lumineuse » ⇔ « partie sombre » y joue également un rôle.
La photo d’origine propose un sens de lecture « haut-gauche→bas droit » (ou Nord-Ouest→Sud-Est), descendant, mais qui correspond à nos « normes » occidentales. Le regard vient se perdre dans l’abîme, zone au surplus assez sombre. La lecture prend ainsi un tour quelque peu « pessimiste ».
La photo inversée en post-traitement propose, elle, un sens de lecture « bas-gauche→haut-droit » (ou Sud-Ouest→Nord Est), ascendant et lui aussi conforme à nos traditions occidentales. Mais ici, le regard part de la « sombritude » et prend de la hauteur vers une zone plus claire de l’image. C’est une vision nettement plus optimiste. Toutefois, ceci ne pouvait pas être réalisé dès la prise de vue : on ne déplace pas des montagnes !
Quelle diagonale choisir ?
Deux types
Que l’on soit en format d’image carré (1:1) ou rectangulaire (i.e. 3:2 ou 4:3), on ne rencontre donc que 2 types de diagonales : Nord-Ouest (NO) / Sud-Est (SE) ou Sud-Ouest (SO) / Nord-Est (NE). Ensuite peut intervenir le sens de lecture, montant ou descendant.
Le choix entre l’un et l’autre peut avoir un impact psychologique non négligeable.
- La diagonale descendante NO→SE tend à créer une sensation de chute, de perte d’énergie (descente). Pour nos cultures occidentales, elle va dans le sens de lecture. Mais elle peut aussi induire la mélancolie, le déclin, la fin d’une action. Elle s’avère plus passive et contemplative.
- La diagonale SO→NE, ascendante, peut générer un sentiment d’ascension, de dynamisme, d’énergie positive. Elle évoque l’espoir, la progression, l’optimisme. Contrairement à la précédente, elle paraît plus active et dynamique. L’effort visuel, plus important, renforce l’impression de mouvement.
Lequel choisir ?
Parfois, on n’a pas le choix, et on est contraint de choisir ce que le sujet propose. Ce n’est en rien rédhibitoire ! D’autres fois, on peut orienter ce choix et tout dépend alors de l’impression, de l’émotion, que l’on veut transmettre. Une scène joyeuse, énergique, « victorieuse », amène à privilégier la diagonale ascendante. Dans d’autres cas, la diagonale descendante sera parfaitement adéquate.
Toutefois, quand on photographie un sujet en mouvement (que ce soit un être humain ou un animal), on recommandera de le placer sur une diagonale ascendante, dans la direction de son regard et, autant que possible, en laissant de l’espace devant lui. Tout cela est bien sûr théorique, et la pratique pourra, bien des fois, vous amener à des choix contraires.
Le sens de lecture
Nous avons évoqué les sens de lectures NO→SE et SO→NE qui correspondent au sens de lecture des sociétés occidentales. Les sens inverses, SE→NO et NE→SO, sont généralement perçus comme moins fluides ou comme allant à contre-courant de nos habitudes. Par ailleurs, on pourrait les interpréter comme des retours en arrière, en lieu et place d’une progression. Ce n’est pas obligatoirement le cas. On peut rencontrer des situations intéressantes, par exemple, pour un sujet dont la progression ne peut pas être maîtrisée par le photographe. Tout est question de circonstances, et il ne faut pas rejeter a priori les cas qui ne correspondent pas à notre façon naturelle d’envisager les choses.
C’est notamment le cas pour cette photo de perruche : il ne pouvait pas être question de lui demander de changer de support. Mais sa posture, qui épouse largement la diagonale dudit support, et son expression presque « timide » apportent des éléments affectifs intéressants. Et ce, malgré un sens de lecture inversé.
Toutefois, il n’en demeure pas moins que le sens de lecture le plus prisé, pour une diagonale, est le sens SO→NE. Mais il n’est pas impératif de le choisir systématiquement.
À noter, là encore, sur cette photo de perruche, que le fond de ciel bleu uniforme n’est pas ce que l’on aurait pu espérer de mieux en termes de bokeh. Parfois, le photographe est obligé de faire avec ce que la nature lui propose.
Le placement du sujet sur une diagonale
Diagonale et ligne de tiers
Beaucoup se posent la question de savoir si les fameuses « règles » de composition exigent de placer le sujet sur la diagonale ET sur une ligne de tiers. Ce n’est en aucun cas obligatoire et même, le plus souvent, ce n’est pas souhaitable, pour plusieurs raisons. La plus évidente de ces raisons est que l’observation stricte des règles traduit un formalisme aveugle qui, souvent, empêche toute créativité. C’est beaucoup trop sage en n’offrant aucune originalité et il existe des chances non négligeables que la lecture de l’image en souffre notablement.
Par ailleurs, ce sont deux principes de composition différents :
- la règle des tiers positionne le sujet aux intersections pour un équilibre harmonieux, quoique classique.
- La diagonale crée une ligne directrice qui traverse l’image pour générer du mouvement et de la profondeur.
Ce carouge chopi (ou quiscale chopi), photographié en Martinique, forme une diagonale avec son support. Son œil est quasiment situé au tiers inférieur droit de l’image. La lecture ne peut valablement se faire que dans le sens NO→SE, donc descendant, conforme à la prise de vue. Il eût été possible d’inverser la photo, mais alors la proie de l’oiseau n’aurait plus été calée dans l’intersection des branches. Sa chute aurait été beaucoup plus vraisemblable.
Diagonale seule… ou à côté !
Le sujet placé sur la diagonale donne une plus grande liberté créative et permet une image plus intéressante parce que plus dynamique.
Mais il peut aussi être décalé de la diagonale : celle-ci peut alors guider le regard soit vers le sujet, soit, à partir du sujet, vers un autre point intéressant de l’image.

Utiliser la diagonale, ce n’est pas fou ! Oui, la blague est facile, c’est vrai. Mais la diagonale est un des éléments qui peuvent permettre de composer une photo, même si ce n’est pas le seul et si elle ne doit pas être systématique. Elle apporte du dynamisme à l’image et peut donner un sens de lecture. À ce titre, elle fait partie des « outils » de composition que tout photographe se doit de posséder.








2 réponses
Merci Micaz pour cet article sur les un des « outils » de composition que tout photographe se doit de posséder.
Cela me semble indispensable de connaître les règles de composition, avant de vouloir les enfreindre volontairement pour débrider sa créativité sans tomber dans le mauvais goût.
Merci pour ce message.