Un successeur au JPEG ?

Successeur au JPEG

Existe-t-il un successeur du bon vieux JPEG ? Sur le papier, les alternatives sont assez nombreuses. En pratique, il en va autrement…

Au commencement, le format JPEG

L’acronyme JPEG signifie Joint Photographic Experts Group. Il y a très longtemps de cela, dans les années 1980, c’était le nom d’un comité d’experts qui a édicté des normes de compression pour l’image fixe. Le vrai nom de la norme étant ISO/CEI 10918-1 UIT-T Recommendation T.81 (!!), on comprend vite pourquoi le nom du comité est devenu ce nom générique que tout le monde connaît, utilise.

C’est au début des années 1990 que ce format JPEG s’installe et s’impose comme LA norme incontournable des images numériques. Et ceci, malgré ses nombreux défauts qui ont pourri la vie des graphistes et des photographes. Si le JPEG est limité de par le nombre de couleurs possible (8 bits = 28 couleurs => 256 couleurs) et l’absence de transparence, le plus important des défauts demeure la compression irréversible que propose le protocole classique, le plus connu.

Certes, on peut atteindre une compression allant presque jusqu’à 100 fois la taille d’origine, mais au prix d’une importante perte de qualité. La preuve en image :

Successeur JPEG
Image au format 534 x 800, format JPEG à 95 %, 306 ko
Successeur JPEG
Image au format 534 x 800, format JPEG à 1 %, 46 ko

Le carnage est bien visible (le ciel, les nuages, les textures…). On comprend aisément pourquoi, même avec peu de compression, le JPEG ne s’est jamais imposé dans certains domaines où la précision absolue est impérative. Comme l’imagerie médicale, par exemple.

Il existe bien une version de la norme sans perte, ou avec une compression réversible, mais le gain d’espace étant beaucoup trop faible, il n’a jamais percé dans les années 1990. Car il ne faut pas oublier qu’à l’époque, internet était balbutiant, avec des débits très très faibles. Avant la fibre et l’ADSL, la bande passante culminait au mieux à 4,5 ko/s. Aujourd’hui, c’est inimaginable, mais à l’époque, si l’image pesait 100 ko, il fallait une trentaine de secondes pour qu’elle s’affiche. Dans le meilleur des cas…

La compression JPEG, même définitive, même extrême, était la meilleure solution pour disposer de pages Web avec des images. C’est donc tout naturellement qu’elle s’est imposée sur la majeure partie des équipements et, qu’aujourd’hui encore, elle perdure. Car aucun successeur ne s’est imposé.

À la recherche d’un successeur au JPEG

Pourtant, de nombreux formats ont été développés depuis les années 2000, comme le PNG, le GIF, le WBMP, le JPEG 2000 et bien d’autres oubliés… Mais nous sommes en 2025 et le JPEG est toujours LE format sur le Web et dans nos vies de photographes. Car, même si on shoote en RAW, à un moment donné, une image JPEG sera produite, pour l’impression ou la diffusion.

Alors, quel format pour succéder au JPEG ?

Les tentatives HEIF et HEIC

HEIF signifie High Efficiency Image File Format. En bon français, cher à certains, il signifie Format de fichier image à haute efficacité. Rien que cela. Il a été créé par le fameux comité Moving Picture Experts Group, un groupe d’experts en charge du développement de normes internationales pour la compression / décompression / traitement / codage pour la photo, la vidéo et audio. Un groupe à qui l’on doit des normes connues, comme le MP3, le MPEG 2 (utilisé pour les DVD ou la TNT), et tant d’autres…

HEIC est un dérivé du format HEIF. Le C signifie Container. Il s’applique aussi bien aux photos qu’aux séquences vidéo et est présenté comme un JPEG du futur. Sur le papier, il n’a que des avantages, puisqu’il offre une compression d’image supérieure (deux fois plus léger), tout en étant moins destructif. De plus, ce format gère la transparence (à l’instar du format PNG) et permet de dépasser la limitation du codage de la couleur à 8 bits en permettant un enregistrement sur 16 bits.

Pour mémoire, le 8 bits permet 256 nuances par couleur primaire, soit 16,7 millions de couleurs (256 x 256 x 256). Le 16 bits permet lui 65536 nuances pour le Rouge, le Vert et le Bleu… soit la bagatelle de 281 474 milliards de couleurs différentes ! Une différence non négligeable pour nous les photographes.

Le problème est qu’aujourd’hui, seul Apple a intégré le HEIC dans son écosystème. Ce qui limite fortement son déploiement. Cela vient du fait qu’Adobe Photoshop ne le reconnaît pas (au moment à l’enregistrement). Or ce dernier, en tant que mastodonte du secteur, influe énormément sur l’industrie. De plus, Google promouvant son propre format d’image concurrent au JPEG, la firme se refuse à l’adopter.

Les formats HEIF/HEIC n’étant pas supportés par WordPress, vous pouvez télécharger le fichier.

Google et le WebP

WebP est un format d’image développé par Google, exploitant un algorithme de compression avec pertes prédictif basé sur le codec vidéo du format WebM (lui aussi venant de Google). Le tout encapsulé dans un conteneur léger et extensible, le RIFF.

Côté avantages, il gère les animations, la transparence, la profondeur de couleurs sur 16 bits, les profils ICC et des tailles d’images imposantes (jusqu’à 16383 pixels). Et le gain d’espace serait de l’ordre de 39 % entre une même image WebP et JPEG.

Successeur JPEG
Image au format 534 x 800, export au format WebP depuis Ps, qualité 80, 93 ko

La plupart des navigateurs Web ainsi que de nombreux éditeurs de logiciels (Adobe, ACDSee, IrfanView, ImageMagick, Pixelmator, etc.) supportent ce format. Mais à ce jour, il n’a toujours pas percé, malgré la (très) forte pression de Google qui pousse à son adoption en masse rapidement.

Et vint le JPEG XL

Rien à ce jour n’a réussi à détrôner le JPEG. L’émergence récente du JPEG XL peut-elle changer la situation ?

Sur le papier, le JPEG XL, aka le JXL (qui est aussi son extension, le. jxl), est un format novateur qui suscite un intérêt croissant de la part de tous les acteurs. Il a été défini par la norme ISO/IEC 18181, officialisée en 2022. Autant dire que c’est tout récent. Pourtant, Apple l’a déjà intégré dans son univers (iOS, iPadOS, macOS, ou encore FinalCut), comme Microsoft (il faut ajouter une extension) ou Adobe. Mais pas Google qui privilégie le WebP.

Les principales améliorations sont les suivantes :

  • Gère la transparence, les animations, les calques,
  • Couleurs jusqu’à 16 bits.
  • Support de la gamme dynamique étendue (HDR)
  • Réduction significative de la taille des fichiers avec des taux de compression pouvant atteindre 75 % par rapport au JPEG
  • Préservation des détails et de la fidélité de l’image
  • Réencodage de fichiers JPEG sans perte et avec une taille de fichier réduite d’environ 20 %
  • Compatibilité ascendante avec les applications basées sur le JPEG
  • Codage de type progressif sans perte.

De plus, le format est open source et sans redevance. Ce format réunit donc lui aussi tout ce qui est nécessaire pour s’imposer.

Le format JPEG XL n’étant pas supporté par WordPress, vous pouvez télécharger le fichier.

 


 

À la question initiale, on peut répondre qu’en 2025, il n’y a toujours pas de successeur défini au bon vieux JPEG, tellement ancré dans nos habitudes. Tous ceux qui se sont mis sur les rangs ont, à ce jour, échoué, la mise en œuvre des formats restant encore marginale. Sans doute parce que les différents acteurs ne sont pas d’accord entre eux. Google, ne voulant que le WebP maison, bloque l’adoption d’une autre alternative, aussi bien sur les smartphones Android que sur son navigateur phare. Microsoft reste sur sa position attentiste, supportant du bout des lèvres les formats proposés. Seules Apple et Adobe semblent avoir l’envie de faire progresser la situation, tout en restant plus ou moins neutres.

Le salut viendra peut-être de l’industrie photographie. Certes, celle-ci est marginale par rapport aux smartphones en termes de volume de vente. Mais l’adoption d’un des formats par le monde professionnel (ou semi-professionnel) pourra se révéler le déclencheur. Si demain Canon, Nikon, Panasonic, Sony et quelques autres décidaient d’implémenter l’un des formats dans leurs boîtiers, nul doute que l’effet sera fort.

Tant qu’un manque de compatibilité freinera une intégration d’un ou de plusieurs formats dans les workflows de production d’image, du photographe au Web, le JPEG, bien que largement dépassé, continuera son règne.

4 réponses

  1. Bonjour F. excellent article, quel plaisir de lire photoKlub ! Rien à ajouter. I♥photoKlub ET Pentax.

    1. Merci.
      J’ai bien peur que Pentax soit désormais une marque souvenir. Il n’y a plus de stock pour le K-3 III et les quelques rares rumeurs laissent présager qu’il n’y a rien de tangible coté succession, que ce soit pour l’APS-C ou le FF. Nous supposons que les industriels n’ont plus de capteurs pouvant être facilement mis en œuvre dans les reflex (du moins pérenne dans le temps).

  2. Bonjour. Chouette article. C’est vrai, que le JPEG est la norme. Je fais des RAW, mais pour publier sur FlickR, il y a plusieurs formats accepté (ça rame, et ça rate), mais le JPEG est le plus facile, de même que la taille avant le format, reste le critère numéro un. D’autant qu’une fois dans les servers de la plateforme, il y a une compression de plus, lors de l’upload. D’un côté c’est bien contre d’éventuel « pirates », la qualité est trop dégradé pour espérer faire quelque chose. Enfin je crois. Le logiciel de mon appareil, me propose du TIFF, une fois je l’ai fais, la taille devient monstrueuse, c’est encore plus balèze que le RAW niveau MO présents.

    1. Deux réponses rapides à votre sympathique commentaire :
      – Les outils IA que l’on trouve sur le marché, chez Lr, Gigapixel et consorts permettent désormais de vrais miracles en matière d’images dégradées. Je crains bien que l’image dégradée pour lutter contre le piratage ne soit désormais plus qu’un mythe. Comme d’ailleurs les signatures sur la photo que Photoshop supprime sans problème . Faudrait que je fasse un point sur ce sujet à la rentrée.
      – Un RAW est un fichier brut contenant les données du capteur et des métadonnées. Mais ce n’est pas une image. Un TIFF est une image, et chaque pixel est codé sur 3 couleurs en 14 ou 16 bits. Donc grosso modo, c’est pas loin de 3 fois la taille d’un RAW bien souvent.

Translate »