Suggérer le mouvement

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La photo, ce sont parfois des sujets statiques – paysages, objets fixes, par exemple – d’autres fois des sujets en mouvement, ou en passe de se mouvoir.

Dans ce dernier cas, il peut alors être judicieux de montrer ce mouvement. Ou même simplement de le suggérer. C’est une façon de montrer que le sujet n’est pas statique, voire figé.

Quelques façons de suggérer le mouvement

Bien des sujets que l’on croit parfois fixes sont, en réalité, en train de bouger. La mer, par exemple, semble toujours se trouver à la même place. Sauf les jours de tempête, on dirait une étendue d’eau dont l’aspect ne semble être influencé que par la météo ou la couleur du ciel. En réalité, et sauf si c’est un jour de « mer d’huile » – ce qui est très rare – la mer est toujours en mouvement. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer les vagues. On croit parfois qu’elles sont toujours les mêmes, mais c’est faux : elles sont affectées par différents phénomènes, comme les marées, le vent, etc. Bien sûr, c’est variable selon les mers : les mouvements en Méditerranée sont bien moindres que dans l’Océan Atlantique, pour ne citer qu’eux.

Un photographe que j’ai bien connu a tiré de ce sujet un nombre considérable de spectaculaires photos, où le mouvement de l’eau est parfaitement restitué. Les dernières en date sont visibles sur son site.

NOTA : dans les développements qui suivent, les « Réglages conseillés » sont indicatifs et doivent, bien entendu, être modulés en fonction des circonstances de la prise de vue : la théorie doit céder la primauté à la pratique.

Figer le mouvement

Cette « manœuvre » consiste à « arrêter le temps » pour capturer un instant précis d’une action rapide. N’oublions pas que figer le mouvement, c’est déjà montrer qu’il y a mouvement ! C’est ce qu’illustre la photo de titre.

Si l’on devait donner des conseils pratiques pour réaliser une telle prise de vue, on pourrait retenir les réglages suivants :

  • Vitesse d’obturation : au minimum 1/500 s, mais souvent 1/1000 s à 1/4000 s selon la vitesse du sujet
  • Pour un oiseau en vol : 1/2000 s minimum
  • Pour une goutte d’eau : 1/4000 s ou plus
  • Mode priorité vitesse (S/Tv) ou mode manuel
Astuces pratiques :
  • Augmenter les ISO si nécessaire pour compenser la vitesse rapide (surtout en intérieur ou par faible luminosité). Ou bien prévoir, en ISO auto, une limite supérieure suffisante. C’est variable selon les possibilités de chaque boîtier.
  • Utiliser éventuellement le mode rafale pour multiplier les chances de capturer le moment parfait.
  • Anticiper l’action en pré-cadrant la zone où le sujet va passer (attention à la profondeur de champ !)
  • La mise au point en continu (AF-C/AI Servo) est essentielle pour suivre le sujet
  • Privilégier une grande ouverture (f/2.8 à f/5.6) pour faire entrer plus de lumière
Applications possibles :
  • Sports individuels ou collectifs
  • Oiseaux et animaux sauvages
  • Éclaboussures et chutes d’eau figées
  • Danseurs et danseuses en plein saut
  • Expressions faciales en pleine action
  • etc.

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Créer du flou de mouvement

Un rappel pour les néophytes (mais pas seulement !) : le flou de bougé est dû au photographe. Le flou de mouvement, lui, est dû au sujet. Le premier est, le plus souvent, involontaire et néfaste à la photo. Pas toujours cependant, il peut aussi être recherché. Le second, pas toujours maîtrisable, peut, par opposition à un fond très statique, suggérer efficacement un mouvement.

Il est est ainsi de la photo ci-dessous :

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Cette approche, plus artistique, montre le déplacement du sujet à travers le flou, créant une atmosphère dynamique et parfois onirique.

Réglages techniques possibles :
  • Vitesse d’obturation : 1/30 s à plusieurs secondes selon l’effet désiré
  • Plus la vitesse est lente, plus le flou sera prononcé
  • Trépied (de vivement recommandé à obligatoire) pour garder net le reste de l’image
  • Ouverture plus fermée (f/8 à f/16) pour compenser la lumière. Mais c’est selon les circonstances. Attention, à f/16, certains objectifs sont plus sensibles que d’autres aux phénomènes de diffraction.
Différentes variantes créatives sont possibles :
  • Pour un flou intentionnel complet : bouger volontairement l’appareil pour créer des effets abstraits
  • Sujet net, arrière-plan flou : le sujet immobile se détache d’un environnement en mouvement (foule, circulation)
  • Flou directionnel : le mouvement suit une trajectoire claire (horizontale, verticale, circulaire)
Astuces pratiques :
  • Commencer avec 1/15 s et ajuster selon le résultat
  • En plein jour, utiliser un filtre ND (densité neutre) pour pouvoir allonger l’exposition sans surexposer. La puissance du filtre conditionne grandement l’effet obtenu. Voir notre article sur les filtres.
  • Utiliser un déclencheur à distance (télécommande) ou à défaut, le retardateur. Cela évite les vibrations.
  • Tester différentes vitesses pour trouver le bon équilibre entre flou et reconnaissance du sujet : ce dernier doit rester identifiable.
Applications possibles :
  • Cascades et rivières avec effet soyeux
  • Foules en mouvement dans les rues
  • Manèges et attractions foraines
  • Circulation urbaine de nuit
  • Danseurs et danseuses créant des trainées fantomatiques
  • etc.

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Dans ces deux images du 1er téléphérique urbain d’Île-de-France, inauguré le 13 décembre 2025, on perçoit assez nettement les différences. Dans la première, la cabine est floue, ce qui traduit le fait qu’elle est en mouvement. Si on n’en était pas convaincu, il suffirait d’observer la photo 2 qui est un agrandissement de la première : le flou apparait alors plus nettement et s’oppose à la netteté du grillage de protection.

Le filé

C’est une technique exigeante, mais spectaculaire qui combine netteté du sujet et dynamisme de l’arrière-plan. Cela signifie que le sujet sera net, même avec une vitesse basse, alors que c’est le fond qui sera flou tout en donnant l’impression d’un mouvement très prononcé. En anglais, on appelle cette technique le « panning ». À noter qu’il n’est nul besoin de disposer d’un appareil haut de gamme pour réaliser un filé. Tout APN le permet :

La technique pas à pas
  • Se positionner perpendiculairement à la trajectoire du sujet
  • Commencer à suivre le sujet avant de déclencher
  • Maintenir un mouvement fluide et régulier pendant toute l’exposition
  • Continuer le mouvement après le déclenchement (« follow-through »)
  • Garder le sujet au même endroit dans le viseur
Réglages techniques conseillés
  • Vitesse : 1/30 s à 1/125 s, à adapter selon la vitesse du sujet
  • Voiture/moto rapide : 1/125 s à 1/60s
  • Cycliste : 1/30 s à 1/15 s
  • Piéton : 1/8 s ou moins
  • Mode rafale pour multiplier les chances de réussite (la rafale lente, bien maîtrisée, suffit généralement)
  • Mise au point continue activée (AF-C / AI Servo selon les boîtiers)
  • Au début, il peut être utile, pour se familiariser avec la technique, d’adopter une vitesse relativement élevée. Ensuite, on la réduit image après image jusqu’à trouver un bon compromis.
Astuces pour réussir
  • Pivoter depuis les hanches, pas juste les bras, pour un mouvement plus fluide.
  • S’entraîner d’abord sans prendre de photo, juste en suivant des sujets. Cela permet d’acquérir la technique.
  • Choisir un arrière-plan avec des détails (arbres, bâtiments). Le flou n’en sera que plus visible
  • Éviter les téléobjectifs trop longs au début (50 à 100 mm, c’est idéal pour débuter)
  • Le taux de réussite est faible au début (5 à 10 %), c’est normal.
Applications :
  • Tous les sports de course : voitures de course, cyclistes et motards, coureurs à pied, etc.
  • Animaux en déplacement latéral
  • Skateurs et skateuses (« Skateboarders »)
  • Skieurs (et skieuses, bien entendu !)
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Un filé léger donne un sujet net sur un fond légèrement flou
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Le filé très prononcé donne un sujet assez net sur un fond et un avant-plan, striés horizontalement et complètement flous

La pose longue

C’est la technique du flou volontaire par excellence. Elle permet « d’accumuler » le mouvement sur une durée prolongée, créant des effets visuels particuliers, voire uniques.

Réglages techniques conseillés
  • Vitesse : de 1 seconde à plusieurs minutes
  • Eau apparaissant soyeuse : 1-5 secondes
  • Nuages en mouvement : 30 secondes à 2 minutes
  • Trainées d’étoiles : de 15-30 minutes à plusieurs heures
  • Trainées de phares : 10-30 secondes
  • Mode Bulb pour les expositions de plus de 30 secondes
  • Ouverture fermée (selon l’objectif, de f/11 à f/22)
  • ISO bas (100-200) pour minimiser le bruit
Équipement nécessaire
  • Trépied solide et stable
  • Déclencheur à distance ou intervallomètre
  • Filtre ND pour les poses longues de jour (ND8, ND64, ND1000)
  • Application smartphone pour calculer l’exposition avec filtre ND
Techniques spécifiques
  • Trainées lumineuses urbaines : photographier depuis un pont ou un point élevé au crépuscule (heure bleue)
  • Effet soie sur l’eau : plus l’exposition est longue, plus l’eau devient lisse et laiteuse : attention, ce n’est pas toujours très esthétique.
  • « Light painting » : utiliser des sources lumineuses pour « dessiner » pendant l’exposition
Astuces pratiques
  • L’heure bleue (juste après le coucher du soleil) offre un équilibre parfait entre lumière ambiante et éclairages artificiels
  • Penser à désactiver la stabilisation d’image sur trépied
  • Sur un appareil reflex, utiliser le verrouillage du miroir pour réduire les vibrations
  • Par vent fort, lestez votre trépied ou protégez-le… ou remettez la séance photo à plus tard !
Applications
  • Paysages marins avec eau lisse
  • Architecture avec trainées de circulation
  • Scènes nocturnes urbaines (voir notre article de 2019)
  • Voie lactée et étoiles
  • Feux d’artifice (selon l’effet désiré)
  • Orages (éclairs multiples)

Autres possibilités pour suggérer le mouvement

D’autres possibilités existent pour suggérer ou montrer le mouvement. Personnellement, je ne les ai jamais expérimentées, et il me serait donc difficile d’en parler. Parmi ces possibilités, on peut citer, par exemple :

  • Le « zoom burst » (ou zoom éclaté)

C’est un effet créatif qui crée des lignes radiales convergentes, donnant une impression de vitesse et de mouvement vers le spectateur.

  • La technique du stroboscope

Cette méthode capture plusieurs phases d’un mouvement dans une seule image, créant un effet de décomposition du geste.

Voilà qui laisse à chacun des possibilités d’exploration d’autres domaines photographiques.

D’autres images suggérant le mouvement

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Ce zèbre qui se vautre dans la poussière ne peut pas être vu comme statique !
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Ce bourdon paraîtrait statique sans le mouvement de ses ailes
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Le mouvement de ce cygne qui vient de prendre son envol est marqué par le flou de filé sur la surface de l’eau.
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Ici, le sillage de cette famille de nettes rousses indique bien leur mouvement de progression

 


 

Si l’on devait donner un conseil final pour progresser : Choisissez une technique et pratiquez-la intensivement avant de passer à une autre. Chacune demande de la patience et de l’expérimentation. N’hésitez pas à « échouer » beaucoup au début, c’est comme ça qu’on apprend à maîtriser ces effets !

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