Réflexion autour de la monture L

La monture L est l’une des quatre disponibles pour les hybrides plein format (et APS-C). Pourtant, elle ne s’impose pas. Ce constat, je l’ai fait lors de mes recherches pour un article écrit récemment. Un fait qui m’a paru étrange, et sur lequel j’ai décidé de réfléchir.

Les hybrides Plein Format

Sur le marché de la photo pure, Canon et Sony trustent les premières places des ventes, tous modèles confondus. Derrière, on trouve essentiellement Fuji et Nikon. Plus loin, on croise Leica et son positionnement très haut de gamme. Leica, inventeur de la monture L, adoptée principalement par Panasonic et Sigma. Et ce que l’on peut constater, c’est qu’aucun des trois partenaires ne propose un boîtier digne de cette monture. Ce n’est pas tout à fait exact, mais presque.

Chaque membre du triumvirat a bien à son catalogue des APN à monture L. Panasonic avec les séries S1 et S5 surtout. Mais ces APN sont plus orientés vers la vidéo et moins vers la photo. Chez Leica, on trouve les modèles SL3 et SL3S, des jumeaux de ce que produit Panasonic, un peu plus tourné vers l’imagerie fixe. Et à des tarifs Leica ! Reste Sigma, qui propose les énigmatiques BF et fp. Bref, vous ne dénicherez aucun boîtier correspondant à la gamme R6 III / A7 V / Z6 III.

La monture L a un problème étrange. Grâce principalement à Sigma, le catalogue offre des objectifs impressionnants, dont nombre d’utilisateurs des montures RF et Z aimeraient disposer. Mais il n’est pas possible de trouver un appareil photo grand public pour les mettre en valeur !

Le paradoxe

Certes, il y a le débouché de la monture E de Sony. Mais, tout en laissant le système ouvert, le constructeur a décidé d’imposer des limites techniques, qui font que les utilisateurs ne peuvent pas pleinement en profiter. C’est donc le paradoxe de la monture L. Entre Leica et Panasonic, il n’existe pas d’appareils photo sur le marché qui soit en mesure de tirer parfaitement parti des meilleurs objectifs de Sigma. Les boîtiers haut de gamme sont certes une vitrine du savoir-faire, mais pas une machine à cash, car trop chers, trop perfectionnés. À l’inverse, le « bas de gamme » se vend plus. Mais ils sont moins bons d’un point de vue technique et dégagent des marges trop faibles pour générer de gros bénéfices.

Les seuls boîtiers qui proposent l’équilibre idéal entre fonctionnalités et marge, c’est le milieu de gamme, incarné, pour le Plein Format, par les R6, Z6 et A7. Or, vous ne trouverez rien de tel quand vous regardez le catalogue des APN Plein Format à monture L.

Avoir d’excellents objectifs ne suffit pas pour les vendre en masse et fabriquer une machine à cash. Il faut arriver à imposer sa monture, comme les trois autres constructeurs l’ont fait avec la leur. Sony en ouvrant largement sa monture E, Nikon en entrebâillant la porte de la monture Z, Canon en bloquant tout, mais en concevant à marche forcée un nouvel écosystème.

Pourquoi ?

Pourquoi aucun membre du triumvirat L n’a-t-il décidé de produire un appareil photo « normal », solide en photo et en vidéo ? Chacun d’entre eux a ses raisons propres.

Panasonic a toujours penché vers la vidéo. Les boîtiers qu’il offre sont donc orientés vers cette inclination naturelle. De l’autre côté, Leica est une marque élitiste, depuis sa création, mais dont les boitiers sont basés sur les Lumix. Nombreux étant les photographes qui continuent de vénérer le Leica M, cela n’incite pas la marque à investir la monture L pleinement. Il ne faut donc pas compter sur ces deux marques pour proposer un boîtier qui sortirait de leur code. Resterait Sigma. Certes, le PDG de la firme, Kazuto Yamaki, a multiplié les dires sur son souhait de proposer enfin un boîtier digne de ses objectifs.

Mais ce souhait ne semble pas devenir une réalité. La faute aux difficultés rencontrées sur la conception et la production en masse du capteur Fovéon auquel le constructeur est très attaché. Le renier, c’est se renier. Et Sigma n’est pas au stade de le faire, au vu des millions engagés dans le développement depuis des années.

La solution ?

En 2026, la solution doit passer par une collaboration entre Panasonic et Sigma. Les deux entreprises ont la capacité de combiner leurs forces pour développer un hybride de milieu de gamme.

Panasonic dispose des capacités nécessaires pour construire un certain nombre d’éléments, du corps de l’appareil photo aux écrans. Sigma, elle, a la technologie pour un autofocus moderne, appropriée aux hybrides. Il suffit de regarder attentivement les performances du BF pour en être convaincu. De plus, la sensibilité photographique de la firme, au contraire de Panasonic, permettrait de tirer le projet dans cette direction. À l’opposé, Panasonic saurait éloigner Sigma de cette tentation de créer des boîtiers aux formes déroutantes, qui écartent les photographes traditionnels. Une telle alliance pourrait proposer une révolution.

Et faire bouger le marché dans le bon sens pour les consommateurs. Sony aurait une concurrence plus saine sur l’ouverture de sa monture, tandis que la position de Canikon pourrait évoluer.

Mais il faudra que cette voie soit embrassée assez rapidement. Car à force de ne pas vendre, des questions sur la pérennité du système se poseront. Pour tous.

Longtemps, j’ai rêvé

J’ai espéré, pendant quelques années, que Pentax puisse être cet acteur majeur, capable de renverser la table. Ce qui lui aurait permis de se réinventer au travers de la monture L, en proposant un équivalent au K-1, mais amélioré, avec cette monture. Si, en plus, les ingénieurs avaient ajouté un convertisseur K vers L, domaine du possible, je pense que ce boîtier aurait rencontré un succès. La volonté des dirigeants de la firme a rendu ce souhait irréalisable.

Quel dommage !

 

2 réponses

  1. Pour ce qui est de voir Pentax rejoindre la monture L, j’ai bien peur que ce soit moins un manque de volonté que de moyens financiers, Ricoh ne semblant pas prêt à y mettre le prix pour des bénéfices qui, s’ils survenaient, ne viendrait au mieux que sur le moyen terme.
    Une fusion de Pentax avec un fabricant d’optique multi-montures eût été un moyen d’améliorer les possibilité de retour sur investissement dans le parc optique. Mais aucun n’est à vendre.
    Pour la monture L en général, je vous rejoint entièrement dans votre analyse : il y a des optiques de grande qualité mais pas de boitier grand public digne de ce nom qui pourrait offrir une base de clientèle conséquente de en plein format.Et en APS-C, il n’y a auboitier hors Leica.

    1. Bonjour.
      Sauf erreur de ma part, les seuls boitiers Leica en monture L en vente sont les SL3 et SL3-S qui sont des modèles à capteur Plein-Format et non des APS-C. Et c’est pareil chez Panasonic.
      Sur les optiques… je n’ai pas d’avis sur le fait que Ricoh aurait dû acheter un fabricant d’optique. Les dirigeants sont eu des opportunités dans le passé et ils ont décidés de ne rien faire. Pentax n’a plus, en propre, d’ingénieurs. Il existe un petit pool de personnes (optique et apn) qui travaille en alternance sur ce qu’on leur demande (la gamme GR essentiellement). Ricoh semble s’être débarrassé, souvent par non-renouvellement de départ à la retraite, de presque tous les membres de cette catégorie. La firme n’allait pas acheter, dans ces conditions, une société comme Tokina ou Tamron (cette dernière étant désormais dans la galaxie Sony).

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