Un GR III Monochrome, mais c’est quoi cette idée farfelue ?
Alors, pour une fois, voici une chronique, un genre que l’on ne pratique que rarement ici. Tout est parti du test du K-3 III Monochrome et des réflexions que cela a déclenchées dans le cerveau de l’auteur de ces lignes. Composer en Noir & Blanc est beaucoup plus complexe que le faire en couleur, mais avec de l’entrainement et de la persévérance, on y arrive. Avoir eu la version Monochrome en main m’a permis de prendre conscience que je ne maîtrisais plus cette pratique. Contrairement à ce que je croyais, il y a encore peu. J’ai su… au siècle dernier, avec de la pellicule. Aujourd’hui, comme beaucoup, je suis juste un bon (un très bon) convertisseur d’image couleur en image NB. Ce n’est vraiment pas la même chose.
Les façons d’obtenir une image NB
On parle de noir et blanc, mais c’est un abus de langage. Il n’y a pas que du noir et que du blanc dans ce type d’image, mais une foultitude de gris entre ces deux couleurs.
En numérique, pour obtenir un cliché basé sur les gammes de gris, on a deux solutions. La première est d’utiliser un capteur dont on a enlevé le filtre de Bayer, celui qui permet, par extrapolation, d’inventer les couleurs. C’est la solution retenue entre autres par Leica et maintenant Ricoh. La deuxième est de convertir l’image couleur en une image N & B par divers moyens comme la désaturation (pas la meilleure façon de transformer) ou d’autres procédés.
Dans le deuxième cas, on peut agir sur chaque couche couleur et influer ainsi sur le rendu, mais après la prise de vue. Ce qui change tout. Car dans le mode « Noir & Blanc » de votre logiciel, il sera possible d’agir finement sur les pourcentages des couleurs bleu, rouge, vert, jaune, cyan et magenta lors de la conversion. Le post-traitement va avoir une réelle influence sur le résultat que vous aurez et il sera possible d’obtenir autant de rendus, de visions de votre image (couleur) en NB que l’on souhaite.
Composer en noir et blanc avec un capteur monochrome, c’est autre chose
Avec un capteur monochrome, tout est différent. Il convient de réfléchir en amont, avant d’appuyer sur le déclencheur. Sans refaire un article complet sur la composition (partie 1 et partie 2) en général et celle concernant le noir et blanc en particulier, il convient de repositionner le principal problème : la perte d’un élément essentiel de la composition, j’ai nommé la couleur. Cet ingrédient est essentiel, car c’est lui qui permet d’introduire facilement l’émotion dans une image. C’est elle qui permet aussi de jouer avec les volumes, les profondeurs, les formes. Autant dire qu’elle est déterminante. Il faut apprendre à faire sans.

Au risque de me paraphraser, créer une image noir et blanc, c’est avant tout… composer. En laissant de l’espace, en jouant sur la dualité vide / plein. Ce qui marche d’autant mieux que les contrastes sont prononcés. C’est votre devoir de dire au lecteur où regarder. En dirigeant votre lecteur (vous êtes le réalisateur de vos clichés, ne l’oubliez jamais). C’est donc à vous d’agencer les différents éléments (formes, lignes et textures) afin de donner un sens à la composition. Pour rappel, un œil humain est naturellement attiré par les visages, la netteté, les contrastes, les formes / lignes / textures… et la lumière !

C’est sans doute l’élément le plus complexe à maîtriser. Encore plus en noir et blanc. Rappelez-vous que photographier veut dire « écrire avec la lumière ». Que l’on photographie en couleur ou en noir et blanc, il convient de l’intégrer à la composition, car elle seule met, ou pas, en valeur, les autres éléments de composition. Ainsi, les textures sont plus visibles avec une lumière de biais qu’avec une lumière directe. Donc, seules sa direction, sa qualité, sa dureté ou sa douceur vont avoir un impact sur le résultat. Encore plus qu’en couleur, le soleil plombant ne sera pas votre allié.
Dans le cadre d’une conversion Couleur > N&B, il est grandement possible d’influer sur ces éléments après avoir déclenché. Avec une prise de vue N & B directe, le travail doit se faire avant. Il n’y a pas de deuxième chance.
Mais ce n’est pas le sujet de cette chronique
Le K-3 III Monochrome est un « nouveau » reflex numérique basé sur le K-3 III, dont les ingénieurs ont remplacé le capteur par une version sans filtre de Bayer. On a donc droit à une véritable expérience monochrome. Avec des détails et une netteté accrue. Parce qu’il y a un filtre en moins, parce qu’on ne passe pas par le double traitement Extrapolation des couleurs puis Conversion N & B, ce qui laisse pas mal de détails sur le tapis.
Ce boitier est une vraie réussite, reconnu même par des spécialistes d’autres marques. Si j’apprécie l’idée d’un APN à objectif interchangeable en variante monochrome, le format APS-C reste à mes yeux bâtard. Car il lui manque certaines choses. Certes, il est moins imposant qu’un boitier Plein Format (et donc plus léger), mais, au final, et c’est un vrai paradoxe, il est trop imposant et pas assez premium !
Et pourquoi pas un GR III Monochrome ?
Après réflexion, je me demande si Ricoh ne s’est pas légèrement trompé de modèle d’APN. Enfin, trompé, tout est relatif. Il me semble qu’il y a un autre appareil qui serait le candidat parfait pour une version monochrome, à savoir le GR III (x ou pas x). La gamme GR de Ricoh a toujours été excellente, du temps de l’argentique comme du numérique. Et depuis l’adoption d’un capteur APS-C, on ne peut qu’être satisfait des résultats obtenus.

Très faciles à utiliser, capables de produire d’excellents résultats, les GR III et IIIx sont des merveilles lors de la pratique de la photo de rue (même si l’absence de viseur est parfois un handicap en plein soleil). Mais pas que. En l’associant à un capteur monochrome, les photographes auront un appareil de petit format, discret, adapté à la prise de vue rapide d’une seule main et générant du Noir et Blanc.
Le GR III existe en deux modèles similaires qui ne diffèrent que par leur focale. Il y a certes la possibilité de créer un GR III avec une focale différente (un UGA de 20mm APS-C par exemple, sur lequel je ne mise pas grand chose pour le moment), mais en dehors de cette direction et celle d’une version Plein Format, l’horizon technique semble bouché. Il y a bien la légende d’un GR à objectif interchangeable, fort de l’expérience Q. Au mieux ce serait pour un GR « nouveau concept ». Sauf qu’il n’est pas du tout certain que Ricoh souhaite s’engager dans ce sens. L’évolution monochrome apparait comme idéale, différente des éditions spéciales ou seule la cosmétique est modifiée. Elle aurait grandement du sens.
Dans ce contexte, en combinant les succès des GR III et du K-3 mk III M, le résultat pourrait s’avérer détonnant. Le marché existe, Leica l’a démontré et Ricoh a prouvé qu’il était en mesure de rivaliser. Les GR sont maitrisés, le capteur existe, tous les éléments sont présents. Un GR IIIx Monochrome est donc crédible sur le papier. Oui. Mais de là à devenir réalité…
4 réponses
Bonjour,
Je possède deux GR dont un GR III acquis il y à quelques mois. Ils m’accompagnent partout, une manifestation locale, un saut rapide à l’étranger etc… Ce qui me plait finalement c’est leur extrême polyvalence, couleur, noir et blanc, légers et facilement en action, quelques réglages spécifiques, et ce, toujours dans une excellente qualité.
Alors pourquoi le spécialiser en monochrome ? Une bonne vision N&B associée à une correction comprise entre – 0.3IL et – 0.7IL et on peut obtenir d’excellentes images N&B.
Un rêve : un GR plein format avec objectifs interchangeables de type 43 mm, 31 mm et 77 mm, pris dans le parc des objectifs PENTAX !
Bonne journée,
Bruno
Bonjour.
Je suis d’accord, le GR III est excellent en lui même. Oui, il peut produire d’excellents N&B… en JPEG (première déperdition d’éléments d’informations). Et surtout après conversion de la couleur vers le N&B (deuxième déperdition). Une version monochrome permettrait d’obtenir des RAW N&B natifs, et cela fait vraiment une différence.
Quand à un GR équipé d’une monture K, on n’appelle plus ça GR ! 😀
Ce n’était qu’un rêve, le GR en monture K ! Un rêve ….
Il faudrait donc deux GR, un pour la couleur et l’autre en monochrome ? en GR III et IIIx et vice et versa ?
Je retiens pour moi, la polyvalence de ce bel outil (au sens noble).
Cordialement,
Bruno
Disons que si on veut obtenir du vrai monochrome, comme à l’époque argentique, il ne faut pas faire de la conversion. Raison pour laquelle le K-3 III existe désormais en version monochrome. Et je me dis que tant à vouloir chasser sur les terres de Leica, il faut sortir un GR III/IIIx à capteur monochrome. C’est mon unique propos.