Des photos de fleurs. Voilà bien un sujet que pratiquent de très nombreux photographes, professionnels comme amateurs. Surtout amateurs ! Il est vrai que, contrairement à certaines espèces animales (insectes et, par corollaire, oiseaux…), il n’y a pas réellement raréfaction, même pour les espèces sauvages. Et elles continuent d’attirer les apoïdes, quand il en reste !
L’avantage, c’est que c’est un sujet qui ne cabotine pas, qu’il n’est pas nécessaire de « prier » pour le photographier. En revanche, on n’en fait pas toujours ce que l’on veut : il ne fera rien, par lui-même, pour nous faciliter la tâche. Bien souvent, on sera obligé de se plier aux exigences de son environnement.
Nous ne prétendrons pas, ici, donner LA façon de procéder : il en existe sans doute autant que de photographes. Mais on rappellera quelques principes de nature à faciliter les choses et, surtout, d’éviter les erreurs les plus grossières.
Alors, on me dira sans doute que cet article est « hors saison ». Ce n’est pas totalement faux, mais pas totalement vrai non plus ! En effet, c’est la saison des chrysanthèmes, et il en existe de très beaux !
Quoi, quand
Quoi ?
La réponse à cette question est évidemment : des fleurs !
Oui, mais quelles fleurs ? À vrai dire, quand on aime les fleurs, toutes sont intéressantes ou, en tout cas, peuvent présenter un certain intérêt. Aussi bien les fleurs chez le fleuriste, en bouquets, que les fleurs sauvages, dans la nature, dans les parcs floraux.
Et même les plus communes :
Dans la « force de l’âge » comme en fin de vie :
Celle-ci n’est pas encore ouverte :
À vrai dire, c’est bien souvent dans ces derniers lieux (parcs floraux) qu’elles sont les plus nombreuses, les plus variées et, sans le moindre doute, les mieux « soignées ». Ce qui induit une grande variété, une certaine pureté de ligne (un peu comme le pedigree de certains animaux). Mais pour les photographier, il faudra, évidemment, prendre des précautions et se plier aux exigences du lieu. Nous y reviendrons.
Quand ?
La réponse est là aussi évidente : quand elles sont disponibles, épanouies ou en boutons ou encore – pourquoi pas ? – en fin de vie. Ce n’est probablement pas le moment où elles sont les plus belles, esthétiquement parlant, mais, comme pour les humains, la vieillesse fait partie de la vie. On n’est pas tenu de la cacher, surtout si l’on veut raconter l’histoire d’une vie !
Les pavots ci-dessus se ferment en fin de journée et la nuit et se rouvrent aux premiers rayons de soleil.
Si l’on parle « saison », le printemps (surtout la fin) et l’été sont les moments les plus favorables. Mais cela dépend des espèces. Par exemple, le schlumbergera – « cactus de Noël » pour les intimes – fleurit, comme son nom l’indique, en fin d’année sous nos latitudes. Même si on peut agir pour modifier ce rythme naturel. C’est indiqué ICI.

Si l’on souhaite photographier des chrysanthèmes, c’est évidemment la période octobre/novembre qui sera la plus favorable.
Si l’on parle du moment à choisir pour photographier, il y a matière à réflexion ! La constante, c’est qu’il faut de la lumière. Notons au passage que la lumière naturelle (soleil) est quasiment toujours préférable à la lumière artificielle (flashes,…). Mais à chacun ses choix !
Choisir le moment de la photo, c’est prendre en compte l’environnement. S’il fait beau, le matin, tôt, ou en fin d’après-midi, on devrait bénéficier d’une lumière douce, rasante (le soleil n’est pas au zénith). De plus, ce sont les moments où, généralement, on a le moins de vent. Si le temps est plus nuageux, la lumière diffuse permet d’éviter les ombres dures. Et, ainsi, on évitera de « cramer » les zones claires.
Dans la plupart des cas, il est préférable d’éviter le grand soleil de la mi-journée.
Comment photographier les fleurs
Le matériel
En préambule
Il est ci-après indiqué pour des appareils à capteur 24×36 (« Full Frame »). Chacun adaptera les longueurs focales à son propre matériel, selon les tailles de capteurs, avec les coefficients de conversion utiles (1,5 ou 1,6 pour les capteurs APS-C, 2 pour les µ4/3, 0,8 pour beaucoup de moyens formats, etc.). Et nous partons du principe (très arbitraire) que nous disposons de boîtiers à objectifs interchangeables. Peu importe qu’ils soient de type reflex ou de type hybride. En revanche, si le boîtier est équipé d’un écran arrière orientable, cela peut s’avérer déterminant pour les prises de vues dans des positions inconfortables.
La grande variété de matériel dont on peut disposer (du smartphone à la chambre photo) ne permet pas, dans le cadre de cet article, de couvrir toutes les situations. Mais il est bien évident que l’on peut photographier des fleurs avec tout type de matériel.
Dans les faits
Tout dépend de ce que l’on veut obtenir, de la taille du sujet et aussi, bien sûr, de la distance par rapport à ce sujet.
Le matériel pour la prise de vue (hors boîtier)
Pour une fleur de la taille d’une rose, d’une tulipe, d’une pivoine, si on souhaite la photographier dans sa totalité (tige non comprise !), on peut opter pour une optique « normale ». Bien sûr, à une distance relativement proche : au maximum 1 m à 2 m.
Un 50 mm « classique » convient parfaitement, avec sa distance minimale de mise au point autour de 45 cm. Un zoom aussi, qui facilitera éventuellement le cadrage en n’obligeant pas à se déplacer. C’est fou ce que permettent les zooms de type 70-200 et même ceux de « range » inférieur : 24-120 ou 28-105 par exemple. Bref, rien n’est imposé, on opère avec ce que l’on possède et… on s’adapte ! Nombre de photos dans cet article ont été prises avec un téléobjectif de 300 mm.
Toutefois, si l’on souhaite de très gros plans sans être obligé de « cropper » dans la photo, il est pertinent d’opter pour une optique « macro ». Dans ce cas, les focales (fixes) comprises entre 50 et 150 mm donnent généralement toute satisfaction. La photo de l’orchidée, ci-dessus, a été prise avec un objectif macro de 50 mm.
Les accessoires utiles
Un bon trépied, stable, peut s’avérer, sinon indispensable, du moins extrêmement utile. Dans l’espace public (parcs, par exemple), il est indispensable de s’assurer que son utilisation n’est pas interdite. Un trépied, ça prend de la place au sol et il vaut mieux éviter que les autres visiteurs s’y prennent les… pieds !
Selon le cas, il peut aussi être judicieux de disposer de diffuseurs et de réflecteurs (pour une gestion plus fine de la lumière). Il est aussi possible d’envisager certains accessoires auxquels on ne pense pas toujours : en extérieur, un pare-vent, des ciseaux (qui permettront de couper des herbes indésirables, mais pas n’importe quoi ni n’importe comment !), un vaporisateur avec de l’eau pure et neutre pour créer des gouttes de rosée « artificielles », un pinceau doux.
Se préparer et préparer le sujet
Par définition, une fleur ne risque pas de s’enfuir. On prendra donc le temps nécessaire pour choisir un angle et une composition intéressants, de préférence hors des »canons » habituels. Un peu d’originalité ne saurait nuire, si toutefois l’environnement le permet.
Il est préférable de se positionner au niveau de la fleur plutôt qu’en plongée ou contre-plongée, sauf recherche expresse d’effet particulier.
Si nécessaire, on peut supprimer des pétales fanés, les brindilles gênantes, le cas échéant, la poussière sur la fleur ou sur les feuilles (pinceau).
En extérieur
Tout dépend de l’endroit où se trouve le sujet. Dans un parc floral, par exemple, il est relativement facile de maîtriser son environnement, dans la mesure où les « jardiniers » le soignent tout particulièrement, lui aussi. La fleur visée est donc assez facile à isoler, à mettre en valeur.
C’est le cas de la tulipe-perroquet ci-dessous :

On sait qu’une photo se compose de deux espaces : l’espace positif (le sujet lui-même) et l’espace négatif (tout le reste). L’espace négatif doit servir à mettre en valeur l’espace positif. Comment ? En veillant à ce qu’il ne soit pas trop encombré : le regard doit porter prioritairement sur le sujet,
Pour ce faire, jouer sur la profondeur de champ est primordial. Un cadrage adapté est également essentiel. On peut donc aussi jouer, à cet égard, sur l’équilibre (en étendue) entre ces deux espaces. On ne cherche évidemment pas une égalité, mais juste la proportion qui permettra, selon le cas, à mettre en valeur le sujet. Il n’y a pas de règle (et c’est tant mieux !) : à chacun, en pareil cas, à exprimer sa créativité.
Le résultat varie nettement en fonction de l’endroit où est faite la mise au point.
En intérieur
Normalement, la gestion du fond est facilitée : le photographe peut mettre en œuvre, librement, toutes sortes d’accessoires permettant de créer un fond harmonieux pour la fleur photographiée. S’il est préférable d’éviter les fonds colorés unis, par trop artificiels, une recherche d’équilibre des couleurs entre le fond et le sujet sera un atout important. Cependant, un fond noir pourra aussi offrir un effet agréable.

Si la fleur est dans un vase et qu’on souhaite qu’il soit visible sur la photo, il est alors important de le choisir avec soin : adapté à la taille de la fleur (ou du bouquet de fleurs) et aussi esthétique que possible.
À défaut, on masque le « contenant » ou on diminue son impact :

Techniquement parlant
La « technique » à employer est étroitement dépendante de l’environnement. Ainsi, en extérieur, on bénéficie généralement de la lumière naturelle. Et elle ne se gère pas de la même manière qu’une lumière d’intérieur, souvent artificielle. Et éventuellement remplacée ou complétée par des flashes. C’est dans ces conditions que des réflecteurs peuvent s’avérer particulièrement utiles.
La gestion de la lumière est importante. Une lumière latérale accentuera la texture de la fleur, un contrejour favorisera la transparence des pétales. Une lumière directe dure est à éviter.

L’exposition
Personnellement, je pars du principe qu’il appartient au photographe de décider et de ne pas laisser ce soin à son APN. Car, dans bien des cas, surtout en intérieur, on risquerait des erreurs parfois difficiles à rattraper en post-traitement. Autant s’éviter du travail !
L’exposition résultant de la combinaison des facteurs « ouverture », « vitesse d’obturation » et « sensibilité », comment obtenir une exposition correcte ?
- L’ouverture :
Elle dépendra de la taille de la fleur et de l’intention du photographe, les deux éléments étant liés.
En cas de fleur de petite taille, il sera souvent préférable de la mettre en valeur par rapport au fond. Dès lors, une ouverture importante (f/2.8 à f/5.6 ou toute valeur intermédiaire) permettra de flouter le fond… à condition de réaliser une mise au point précise.
Si sa taille est (relativement) importante et qu’on la veut entièrement nette, alors une ouverture plus petite s’imposera (f/8 à f/16 et toute valeur intermédiaire).
- La vitesse d’obturation
Si l’on est en intérieur, il est généralement possible d’utiliser avec succès une vitesse assez basse. En extérieur, il en va différemment s’il y a du vent. Il faut alors tabler sur au moins 1/250s, voire 1/500s. Dans les 2 cas, le trépied évoqué plus haut évitera le flou de bougé (dû au photographe) et/ou limitera le flou de mouvement (dû au sujet qui bouge).
- La sensibilité
En photographie, on a presque toujours intérêt à régler l’appareil sur une sensibilité aussi basse que possible. Cela évite l’apparition du bruit numérique. Mais, selon les conditions, on ne peut pas toujours agir ainsi. Il est cependant recommandé de ne pas dépasser 400 à 800 ISO. C’est toutefois fonction des caractéristiques de l’APN,.. et du mode de prise de vue (Av, Tv,…).
La mise au point
En mode « macro », la mise au point manuelle s’avère souvent plus précise que l’autofocus. Parfois même, selon les objectifs, plus rapide, même si en photo de fleurs on ne craint pas que le sujet s’enfuie !
Il est généralement recommandé de viser le point de la fleur le plus proche de l’appareil. C’est bien entendu dépendant de l’intention du photographe. Il peut aussi très bien choisir de privilégier le pistil ou les étamines !
Les aides éventuelles disponibles sur le boîtier (i,e. focus peaking) peuvent aider. Zoomer dans le viseur électronique aussi.
En mode macro, la zone de netteté est particulièrement réduite. Pour l’augmenter sensiblement, on peut envisager – si le sujet ne bouge pas ! – une série de prises de vue en « focus stacking« .
Dans ce cas, bien conserver les mêmes valeurs pour l’exposition. Cela fera un peu plus de travail en post-traitement. Cette façon de procéder n’est d’ailleurs pas réservée à la photo de fleurs !
Quelques précautions
Ne pas oublier que, si on utilise un trépied et qu’on déclenche au moyen du retardateur ou d’une télécommande, il est recommandé de désactiver la stabilisation. Certains APN le font automatiquement, d’autres acceptent de la conserver. À chacun de décider en fonction des caractéristiques de son matériel.
Ne pas se contenter d’une prise de vue sous un seul angle. Il est fortement utile de varier les angles de façon à obtenir des vues différentes : fleur entière ou un détail, légères plongée ou contre-plongée (qui peuvent donner des photos intéressantes !), nonobstant ce que l’on dit plus haut. Bref, ne pas se contenter du minimum si c’est possible !
Le post-traitement
Il est largement dépendant de la prise de vue. Par exemple, si l’on a choisi de pratiquer en focus stacking, il faudra procéder différemment que pour une prise isolée. Ce n’est que du bon sens.
Les opérations à réaliser sont généralement :
- recadrer, éventuellement, pour éliminer des « éléments perturbateurs »
- ajuster, si nécessaire, l’exposition
- faire ressortir la texture des pétales
- veiller à l’équilibre des couleurs et à leur justesse. Le rouge, par exemple, est parfois difficile à gérer.
- ajuster les blancs et les noirs permet de faire ressortir les couleurs sans les saturer de façon artificielle.
La photographie de fleurs ne présente pas de difficulté majeure, le sujet étant en général particulièrement docile. Toutefois, des précautions s’imposent si l’on veut parvenir à un résultat plaisant au regard du lecteur. Et, pour aller encore plus loin, envisager des prises de vue en macro permet de « sortir du cadre conventionnel » pour explorer des mondes un peu moins banals. Peut-être cela fera-t-il l’objet d’un futur article.
Quelques images pour finir


Nota : N’ayant que très peu de notions de botanique, j’ignore le nom de très nombreuses fleurs et plantes. Que les lecteurs et lectrices veuillent bien me pardonner !
Crédit photo : © Micaz – Toutes les images de ce dossier sont la propriété de l’auteur – Cliquez pour agrandir.















4 réponses
Bonjour Mica, »Cette fleur a suscité mon intérêt quand j’ai vu son centre : on croit y déceler un demi-visage féminin et un oeil… » Ben, je pense que JE devrais changer de paire de lunettes dans les plus brefs délais, là ! Sur cette photo, je crois n’y déceler qu’une…fleur, rouge !!! Peut-être n’avons-nous pas la même optique (PENTAX) ou bien le même ressenti photographique… ☺☺☺.
Amitiés aux 2 du PhotoKlub.
Bonjour,
« Mica » (mais avec un K comme … chez Pentax !) c’est un chanteur. Moi, je ne chante pas, et c’est préférable ! 😉
Peut-être , pour voir ce demi-visage dans la fleur, faut-il avoir un tout petit peu d’imagination ?
Bonjour
On devine en effet un oeil gauche avec l’arête du nez à droite. Il faut zoomer un peu.
Dans ma pratique plutôt centrée sur les insectes, il est très rare que je prenne des fleurs sans une abeille, un papillon ou un coléoptère dessus et j’utilise toujours le 100 mm macro de Pentax. La fleur étrange s’appelle crassula et la fleur sauvage, un épilobe. C’est mon smartphone qui vient de me l’indiquer, c’est lui qui reconnait les plantes et insectes à ma place pendant mes sorties.
Je retiens pour mon usage l’utilisation d’un petit réflecteur, je n’y avais pas pensé, je vais étudier ça de près.
Merci pour l’article.
Bonjour
et merci pour votre message et … pour l’identification de 2 fleurs. Pour l’épilobe, je connaissais mais j’avais oublié son nom. En revanche, je ne connaissais pas du tout la crassula. Merci !
J’aurais dû, moi aussi, consulter l’application d’identification que j’ai sur mon smartphone.