Panoramique ou Recadrage – Quelle approche privilégier

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La question de savoir s’il vaut mieux créer une photo panoramique dès la prise de vue ou recadrer une image classique après coup est un débat fascinant qui touche aux fondements mêmes de la pratique photographique. Cette interrogation révèle deux philosophies distinctes : l’une qui privilégie la capture exhaustive de la scène, l’autre qui mise sur la sélection et le raffinement. Explorons ces deux approches pour comprendre leurs avantages respectifs et les contextes où chacune excelle.

La photographie panoramique : l’art de la vision étendue

La photographie panoramique consiste à capturer un champ de vision élargi, généralement supérieur à ce que l’œil humain perçoit en un seul regard. Cette technique, qui remonte aux débuts de la photographie, s’est considérablement démocratisée avec l’avènement du numérique et des smartphones capables d’assembler automatiquement plusieurs clichés.

Une photo panoramique est une image dont le ratio largeur/hauteur est nettement plus large que celui d’une photo standard. Le format 3:1 est typique, mais il existe des panoramas encore plus étirés.

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Une vue panoramique de la magnifique ville d’Angers

Comment s’obtient une photo panoramique

Il existe deux méthodes principales pour obtenir un panorama :

  1. Le panoramique natif, réalisé avec un smartphone ou un appareil photo capable de balayer la scène (mode “panorama”). En argentique existait le fameux « Horizon » russe, mais il en a aussi existé d’autres, peut-être plus qualitatifs. En numérique, on utilise plus volontiers des objectifs UGA, de préférence rectilinéaires (voir dans cet article)
  2. L’assemblage de plusieurs images (panorama stitching), souvent utilisé par les photographes professionnels qui désirent une qualité optimale.

Cette distinction est importante, car un panoramique n’est pas seulement une image recadrée : il peut être une reconstruction optique et géométrique d’un champ plus large que ce qu’un objectif peut capturer en une seule prise.

Sur cette façon d’opérer, la lecture (ou la relecture) de l’article qu’avait présenté notre éphémère contributeur Benoit, en 2019, pourra apporter nombre d’informations intéressantes. À recommander !

Les avantages techniques incontestables

Le premier atout majeur de la prise de vue panoramique réside dans la résolution finale. En assemblant plusieurs images, on obtient un fichier comportant significativement plus de pixels qu’une photo unique recadrée. Là où un recadrage sévère sur une photo de 24 mégapixels pourrait laisser seulement 8 ou 10 mégapixels utilisables, une véritable vue panoramique, composée à partir de six images, pourrait totaliser 100 mégapixels ou davantage. Cette richesse en détail permet des agrandissements impressionnants et offre une latitude considérable en postproduction. Au moins en théorie ! En pratique, c’est très dépendant du savoir-faire de chacun en la matière.

La qualité d’image constitue un autre avantage notable. Quand on crée un panoramique, on utilise généralement la zone centrale de l’objectif pour chaque prise, là où les aberrations optiques sont les plus faibles. Le résultat final bénéficie donc d’une netteté quasi uniforme sur toute la largeur de l’image, contrairement à ce qu’on obtiendrait avec un ultra grand-angle. Le résultat, dans ce cas, pourrait présenter des distorsions ou une perte de piqué sur les bords.

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Cette photo de Lisbonne (Pentax K-1 et Tamron 28-75 mm f/2.8 à 75 mm – f/10 – ISO 100 – 1/125s) est un assemblage de 10 images prises depuis un bateau sur le Tage.

L’immersion et la narration visuelle

Au-delà des considérations techniques, le panoramique offre une expérience visuelle particulière. Le format étendu horizontal guide naturellement le regard du spectateur à travers la composition.

Cette horizontalité prononcée convient particulièrement aux paysages vastes, aux lignes d’horizon océaniques, aux chaînes montagneuses ou aux scènes urbaines étendues. Elle crée une sensation d’espace et d’immersion difficile à reproduire autrement.

Le panoramique vertical, moins courant, mais tout aussi puissant, excelle pour capturer la majesté d’une cascade, l’élévation d’un gratte-ciel ou la profondeur d’un canyon. Cette approche permet de restituer l’échelle réelle des éléments photographiés et l’impression physique que procure leur présence. En revanche, sa réalisation peut être bien plus difficile.

Les contraintes à considérer

La photographie panoramique impose ses propres limitations. Elle exige du temps et une certaine planification. Il faut généralement utiliser un trépied pour assurer la cohérence entre les prises, particulièrement en basse lumière, et limiter voire éviter les alignements imprécis. Cependant, mon expérience personnelle à main levée n’a pas toujours été négative ! Cela demande toutefois un soin particulier por ne pas créer de décalage irrattrapable.

Les éléments en mouvement posent problème : un sujet se déplaçant dans le cadre pendant la séquence de prises de vue peut apparaître plusieurs fois ou être coupé de façon inesthétique.

L’assemblage, même automatisé, n’est pas toujours parfait. Les logiciels peuvent rencontrer des difficultés avec les zones répétitives, les reflets changeants ou les transitions lumineuses abruptes. De plus, le format panoramique n’est pas universellement adapté : il limite les options de présentation et peut présenter des difficultés importantes pour l’impression ou la publication sur certaines plateformes.

Le recadrage : la sculpture de l’image

À l’opposé du panoramique, le recadrage représente une approche soustractive, une forme de sculpture visuelle où l’on retire l’excédent de l’image pour n’en conserver que l’essentiel. Cette pratique, courante en photographie, s’inscrit dans une longue tradition remontant à la chambre noire où les grands maîtres de la photo affinaient leurs compositions sur papier.

Cela permet, notamment :

  • de corriger la composition : règle des tiers (ou autre), équilibre des masses
  • éventuellement, d’éliminer des éléments parasites
  • de se rapprocher d’un sujet
  • et… de créer un format spécifique, comme le panoramique !

Mais il ne faut pas oublier un élément important, la perte de définition.

Recadrer signifie couper. Si l’on part d’une photo 24 Mpx et que l’on recadre au format 3:1, on peut se retrouver avec 8 ou 10 Mpx disponibles, parfois moins. D’où l’intérêt des capteurs disposant de plus de pixels. 

Plus le recadrage est important, plus :

  • la résolution chute
  • le bruit devient visible
  • les artefacts de compression ressortent
  • la photo peut devenir moins nette ou exploitable
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Cette photo est un recadrage au format panoramique 3:1 d’une vue « normale » en format 3:2.

La photo d’origine avec, en blanc, le cadre délimitant la partie conservée :

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La flexibilité créative

Le recadrage offre cependant une liberté remarquable en postproduction. On peut ainsi expérimenter différentes compositions à partir d’une seule prise, explorer diverses proportions, tester l’impact de cadrages serrés en opposition à des cadrages larges. Cette souplesse est précieuse lorsque le photographe n’a pas pu se positionner idéalement lors de la prise de vue. Où que des éléments perturbateurs sont présents en périphérie. Ou encore quand on découvre des relations visuelles intéressantes seulement au moment du tri. Ce n’est pas aussi rare qu’on pourrait le penser.

Le recadrage permet aussi d’adapter une même image à différents usages. À partir d’un fichier initial, il est facile de créer une version carrée, un format 16:9 ou, plus traditionnellement, un 3:2 traditionnel pour l’impression, chacun avec sa propre démarche compositionnelle.

La spontanéité et la capture du moment

Dans la photographie de rue, le photojournalisme, la photographie animalière ou tout contexte où la réactivité prime, le recadrage devient quasi indispensable. On ne peut pas toujours attendre le moment parfait avec le cadrage idéal. Il est nécessaire de saisir l’instant, quitte à affiner la composition ensuite. Ici, photographier large et recadrer n’est pas un défaut, mais une stratégie.

De même, en photographie d’action ou sportive, capturer le sujet dans le cadre est parfois déjà un exploit. Le recadrage permet ensuite d’optimiser la composition, d’éliminer les éléments distrayants et de concentrer l’attention sur le moment décisif.

Les limites techniques

Le principal inconvénient du recadrage reste la perte de résolution. Chaque pixel éliminé réduit les possibilités d’agrandissement et peut limiter la qualité d’impression. Avec les capteurs modernes de 40, 60 voire 100 mégapixels, cette contrainte s’atténue, mais elle demeure significative pour les photographes équipés de boîtiers plus modestes.

Recadrer signifie aussi que l’on n’exploite pas pleinement la qualité de l’objectif utilisé. Si on est amené à recadrer systématiquement une grande partie de ses images, il peut-être judicieux d’utiliser une focale plus longue. Ou d’investir si l’on n’en possède pas !

Le recadrage excessif peut également dégrader certains aspects techniques, comme la gestion du bruit, particulièrement en haute sensibilité ISO.

Vers une approche hybride et réfléchie

Quand nous disons « hybride », il s’agit de la démarche, pas de l’aspect technique du boîtier utilisé, bien sûr ! La véritable question n’est peut-être pas de choisir entre panoramique et recadrage, mais de comprendre quand privilégier l’une ou l’autre approche, voire comment les combiner.

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La photo recadrée est celle qui est visible lorsque le curseur est placé à droite. Curseur à gauche, c’est bien sûr la photo obtenue par assemblage (8 images)

Quand privilégier le panoramique

On peut conseiller d’opter pour la photographie panoramique lorsque le sujet exige naturellement un format étendu : un paysage vaste, une scène urbaine, une architecture imposante.

Mais il faut ne recommander de choisir cette voie que lorsqu’on a le temps de s’installer, que la lumière est stable et que les éléments de la scène sont relativement statiques. Le panoramique devient aussi le choix évident lorsqu’on souhaite une qualité maximale et des agrandissements importants, ou lorsque le format lui-même contribue à la narration visuelle de l’image.

Quand privilégier le recadrage

Le recadrage s’impose dans les situations dynamiques où la spontanéité prime. Lorsqu’on photographie des sujets imprévisibles, qu’on travaille à main levée en basse lumière, ou que l’on n’a pas la possibilité de se positionner idéalement. C’est également la solution appropriée pour affiner une composition déjà satisfaisante, corriger des imperfections mineures ou adapter les images à différents formats de présentation.

La combinaison intelligente

L’approche la plus « sophistiquée » consiste souvent à combiner les deux stratégies. On peut créer un panoramique avec une marge intentionnelle, pour s’offrir la possibilité de recadrer légèrement pour perfectionner la composition finale. Certains photographes capturent même plusieurs panoramiques d’une même scène avec des cadrages légèrement différents, se donnant ainsi une flexibilité maximale.

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Ces deux photos représentent le même sujet pris sous des angles légèrement différents. Celle qui est visible avec le curseur à gauche (et qui comporte du flare) a été obtenue par assemblage de 3 photos.

 


Finalement, panoramique ou recadrage ?

Les puristes argumenteront que viser juste dès la prise de vue témoigne d’une maîtrise supérieure, que Henri Cartier-Bresson ne recadrait jamais ses images et que cette discipline aiguise l’œil du photographe. Ils n’ont pas tort. S’efforcer de composer parfaitement dans le viseur développe effectivement votre sens de la composition et votre anticipation. Cela vous oblige à ralentir, à observer plus attentivement, à vous positionner avec intention. Cette approche contemplative peut enrichir considérablement votre pratique.

Néanmoins, rejeter catégoriquement le recadrage serait aussi dogmatique qu’improductif. De nombreux maîtres reconnus, d’Ansel Adams à Sebastião Salgado, ont toujours considéré le recadrage comme un outil légitime de leur processus créatif. L’essentiel n’est pas de suivre des règles rigides, mais de développer une approche consciente et intentionnelle.

Il n’existe pas de réponse absolue, il faut considérer ces deux approches comme des outils complémentaires au service de votre vision photographique et de votre talent créatif. Car en définitive, que la photographie soit panoramique, recadrée, ou les deux, c’est la qualité de votre regard qui en fait la force.

Et puis, parfois, même si le cadrage originel est excellent, il arrive que recadrer apporte une autre vision, une autre lecture que ne peut donner dès le départ le format issu du capteur (peu importe qu’il soit 3/2, 4/3, 16/9, 1/1, …). Autre point d’achoppement avec le « maitre » Cartier Bresson, si on suivait à la lettre son dogme, jamais on ne ferait de panoramique puisqu’il s’interdisait le recadrage. Ou alors uniquement avec des appareils permettant nativement le panoramique. Même si on peut apprécier ses photos, son intégrisme en la matière, qui a déteint chez beaucoup, est pénalisant, limitant la créativité.

Votre choix ne devrait donc dépendre que du sujet, des conditions de prise de vue, et surtout de vos intentions créatives et de l’utilisation finale que vous prévoyez pour vos images.

 

4 réponses

  1. Bonjour Micaz, comme à chaque fois : excellent article sur le PhotoKlub, très agréable à lire. À propos des « panoramiques » as-tu souvenir d’un logiciel qui s’appelait Kolor autopano Giga, datant de 2014 ? Je l’utilise depuis des années, même après son abandon, simple d’emploi, peu gourmand en ressources et très efficace. Ce que je me souviens est que PhotoKshop (☺☺☺) supportait très mal des JPG de plus de 150Mo et d’une définition supérieure à 30 000 pixels… Avec des images ayant, au moins, un tiers de détails en commun, le résultat était bluffant ! Après recadrage et quelques légères retouches, le rendu était impeccable, j’ai réalisé le tirage d’une piste de ski, on s’y croirait ! D’autres photos ont, aussi, donné de très bons rendus, parfaitement nettes en tous points de l’image. Une église, une caserne et une plage, entre autre.. Voilà ! Longue vie au PhotoKlub.

    1. Bonjour et merci pour ce message.
      Autopano était un logiciel très utilisé pour les panoramas et il est dommage que son éditeur l’ait abandonné.
      Personnellement, pour des assemblages simples, j’utilise (sur PC) l’antique logiciel gratuit de MicroSoft, I.C.E. (Image Composite Editor), lui aussi abandonné, mais qui fait bien ce qu’on lui demande. Comme toujours pour les panoramas, il faut bien veiller, à la prise de vue, à assurer un chevauchement suffisant d’une image à l’autre.

    2. Hello,
      En complément de la réponse de Micaz.
      L’éditeur du logiciel a été racheté en 2018 par GoPro (il me semble, à moins que ce soit une autre société). Suite à ce rachat, le nouveau propriétaire a décidé purement et simplement d’arrêter ce magnifique outil. Bien meilleur que l’outil proposé par LrC, il réussissait là où les autres abandonnaient.
      Heureusement, pour ceux qui ont encore l’installateur, il est possible de l’utiliser encore. Attention sous Win 11 il y a un problème qui se règle en supprimant la librairie libeay32.dll (qui se trouve dans C: > Programmes Files > Kolor > Autopano Giga 4.4.2 ou > Panotour). Sous Mac, il ne faut pas installer les plug-ins Lr (attention, Rosetta obligatoire si puce Mx ).

    3. Hello
      Et, en complément au complément de F., n’oublions pas l’excellent HUGIN (pour les 3 principaux O.S.) qui a encore récemment été mis à jour il y a à peine 1 mois. Et, depuis, pas moins de 26 modifications mineures (à ce jour !) ont été apportées à cette version (voir sur le site où on trouve aussi des tutos).

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