Les ISO dans le quotidien de la prise de vue

Utilisons-nous de manière correcte les ISO au quotidien ? Une question qui semble idiote de prime abord, mais qui ne l’est peut-être pas tant que cela au fond

Quelques rapides rappels

Pour commencer, le conseil sera de relire cet article sur l’exposition. Il permet de mieux comprendre ce qui suit.

Une bonne photo est une photo qui a suffisamment de lumière, une quantité principalement dépendante des choix artistiques du photographe, de ce qu’il veut faire. Pour parvenir à obtenir la quantité de lumière désirée, il peut agir sur :

  • L’ouverture qui permet de faire entrer, par l’intermédiaire de l’objectif, la lumière vers le capteur. Plus c’est ouvert (c’est-à-dire que le chiffre d’ouverture est petit), plus il y a d’éclairage. Avec un effet pervers sur la zone de netteté.
  • La vitesse qui va contrôler la durée pendant laquelle la lumière va arriver au capteur. Plus la durée est longue, plus le capteur reçoit la lumière. Avec un effet pernicieux sur le flou de bougé si la vitesse est trop longue.
  • Les ISO qui vont augmenter la sensibilité du capteur afin qu’il soit plus ou moins réceptif. Plus le chiffre augmente, plus le capteur percevra la lumière. Au prix d’une apparition du bruit numérique et d’une perte des détails.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il existe plusieurs façons d’obtenir la quantité de lumière suffisante pour une bonne exposition. Pour une même valeur ISO :

1/60 s à f/11 = 1/125 s à f/8 = 1/250 s à f/5,6 = 1/500 s à f/4 = 1/1000 s à f/2,8

Dans le viseur de la plupart des boîtiers ou des compacts, le photographe dispose d’un pictogramme indiquant en permanence si l’image est sur ou sous-exposée. Il peut donc rectifier à tout moment, avant de déclencher.

En mode automatique, l’APN va statuer sur tout. Avec le mode Priorité Ouverture, le photographe va agir sur l’ouverture du diaphragme, le reste étant en automatique. En Priorité Vitesse, il décidera de… la vitesse uniquement. Et en mode Manuel, il décide de tout. Il existe certes d’autres modes plus ou moins exotiques selon les marques, seuls les principaux ont été abordés.

Mais pourquoi se limiter ?

Préférez-vous jeter une image parce qu’elle est floue, mal exposée ou débruiter une image réussie ?

Sous le prétexte qu’augmenter les ISO, cela dégrade la qualité des clichés, certains photographes préconisent de toujours photographier à la sensibilité la plus basse. Soit, pour la grande majorité des APN, à 100 ISO ! Il s’agit d’une idée absurde qui ne doit pas prendre racine en 2025. Agir ainsi, c’est se tirer une balle dans le pied, surtout quand il y a peu de lumière, comme le crépuscule, la nuit, les endroits et pièces sombres, etc. Une position dogmatique dénuée de sens.

Haut ISO, intérieur de cathédrale
Intérieur église de Strasbourg, ISO 4000 (ISO AUTO)

Si, pour cette photo, j’étais resté à 100 ISO, même en ouvrant au maximum (f/2.8 pour le GR IIIx), j’aurais dû adopter une vitesse en dessous de 1/8s. Avec un risque important de flou de bougé.

Il y a bien deux cas particuliers qui justifient de travailler à basse lumière quand il n’y en a pas assez :

  • Une volonté artistique d’obtenir un flou de bougé
  • On effectue des prises de vue avec un trépied ou tout autre support stable. La contrainte temporelle disparaît puisque le boîtier sera stable, pouvant rester 3, 4, 10, 20 30 secondes sans bouger, le temps d’obtenir un bon cliché.

Dans tous les autres cas, on se doit d’utiliser les ISO au même titre que la vitesse et l’ouverture pour obtenir la bonne quantité de lumière. Il ne faut pas hésiter à les augmenter. Sinon, pourquoi les constructeurs s’évertueraient-ils à proposer des boîtiers avec des ISO astronomiques ?

La réponse à la question initiale est, dès lors, simple. Aujourd’hui, il est plus facile de débruiter une image, surtout avec les outils actuels.

Tester les limites de votre boîtier

Depuis des années, en fait, depuis que j’ai eu le Pentax K-20D, j’ai pris l’habitude de tester mes différents boîtiers et mes objectifs. Il s’agit de déterminer ce que je peux faire avec chaque couple, en termes de réactivité, de luminosité, de montée en ISO. Il s’agit pour moi de savoir ce que je peux réellement leur demander, dans le cadre de mes pratiques photographiques.

Tester les ISO est assez simple, mais fastidieux. Il s’agit de prendre des séries de photos en augmentant progressivement la sensibilité, en gardant la même ouverture et en jouant sur le temps de pose. Un test à pratiquer plutôt à l’heure bleue, quand la lumière disparaît progressivement. Évidemment, le boîtier est sur un pied afin de conserver le même cadrage. Cela représente un certain nombre de clichés qu’il conviendra d’examiner un par un afin de déterminer deux points particuliers :

  • La valeur ISO la plus haute à ne pas dépasser, quelles que soient les circonstances, parce que le résultat est un gloubi-boulga infâme, et ce, malgré l’efficacité des outils de réduction du bruit numérique.
  • La valeur ISO haute que je ne souhaite pas dépasser, parce que j’estime que la dégradation n’est plus acceptable. On s’aperçoit sans problème qu’on peut désormais assez haut.

Certains constructeurs sont capables de prouesses dans la gestion du bruit en amont, grâce à une excellente maîtrise du capteur. Quelques exemples avec les limites théoriques et les limites conseillées après de nombreux tests sur quelques APN :

Modèle boîtier ISO Max constructeur Limite ISO conseillée
Pentax K-3 III

Pentax K-3 III Monochrome

1 600 000 8 000

12 800

Ricoh GR III & IIIx 102 400 6 400
Pentax K-1 mk II 819 200 10 000
Canon R5 51 200 8 000

Ces limites du boîtier doivent être connues.

Bonus, le mode ISO AUTO

Le mode ISO AUTO est une fonctionnalité qui permet à votre APN de choisir la valeur ISO la plus adaptée à chaque situation, dans une plage contrainte que l’APN ne peut dépasser. Mais pas vous, puisque rien ne vous empêche de forcer la valeur si vous l’estimez nécessaire. Une fonctionnalité qui peut s’utiliser aussi bien en mode Manuel, Priorité Ouverture ou Priorité Vitesse (ou TAV pour les Pentax). Elle permet d’éviter de changer manuellement la valeur ISO à chaque fois que les conditions de lumière changent. Et donc de se concentrer sur les autres paramètres et la composition. Car ce qui compte surtout dans une photo, c’est la composition et l’histoire mise en avant. Pas les aspects techniques.

ISO, Paris
Vers midi par temps très gris, 1600 ISO (mode ISO AUTO)

Le mode ISO AUTO ne convient pas à toutes les pratiques photographiques. Ainsi, pour la photo de studio avec flash, le photographe effectue souvent ses prises de vue à ISO 100, car il est dans un environnement de lumière contrôlée. Mais pour d’autres, comme la street photographie ou la photo de paysage, ce mode est une vraie aubaine, laissant au photographe un peu plus de temps pour composer ses clichés.

Cette fonctionnalité est recommandée, tellement elle est pratique. Surtout, elle permet de monter dans les ISO dès que c’est nécessaire, tout en sachant que l’on va rester dans une limite acceptable. Il y a là une sécurité de l’esprit, une liberté de composition. En cas de besoin, dans des situations de lumière compliquée, on peut dépasser sans hésiter. Et si le résultat est infâme, tant pis. Mais au moins, le cliché aura été tenté.

Au vu de mes pratiques photos habituelles, mes APN ont le mode ISO AUTO activé par défaut, avec les valeurs suivantes :

Mes APN Intervalle ISO AUTO
Pentax K-1 mk II 100 – 6400 ISO
Canon R5 100 – 6400 ISO
Ricoh GR IIIx 100 – 4000 ISO

Mais il existe de nombreux cas où je n’hésite pas à imposer une valeur ISO bien précise. Ce sont les circonstances qui l’imposeront. Le mode ISO AUTO est débrayable à volonté, sans action particulière à effectuer, uniquement en choisissant manuellement la valeur souhaitée. Il n’y a donc pas de contraintes pour l’utilisateur, juste des avantages. Il permet de ne pas être limité par la lumière, de ne pas se faire avoir (qui n’a jamais eu de photo cramée par oubli de régler la bonne valeur ISO ?), tout en laissant la liberté de décider si besoin.

 


 

Tout cela pour dire qu’il est idiot de se limiter, de rater des clichés, pour des raisons idéologiques. Libérez votre créativité !

2 réponses

  1. Merci F. pour cet article.

    Préférez-vous jeter une image parce qu’elle est floue, mal exposée ou débruiter une image réussie ?
    À cette question je répondrais le bruit ça se traite, le flou ça se jette.

    J’aimerais rajouter que la montée en ISO, c’est ni plus ni moins qu’une amplification du signal. A chaque fois qu’on amplifie par 2, la dynamique est donc divisée par 2 !
    Délaisser le trépied avec un sujet statique c’est vraiment dommage

    1. Merci pour ce retour.
      Néanmoins, il y a de très beaux clichés « flous », que ce soit par accident ou par volonté. La netteté ou l’hyper-netteté n’est pas une obligation de la photographie, tout doit dépendre de la volonté artistique de l’auteur. Corrolaire de ma philosophie, le trépied n’est pas non plus une obligation en photo.

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