Parler de formats de photo peut très facilement prêter à confusion. Si on lance sur le web une recherche avec les mots « formats d’image », la première réponse qui s’affiche dans le moteur de recherche le plus utilisé concerne les formats de fichiers. Autrement dit, les « JPG », « PNG », « GIF », etc. Intéressant, bien sûr, mais tel n’est pas notre propos aujourd’hui.
Nous voulons surtout parler de ratio d’aspect de photos. Sachant que celles-ci sont soit rectangulaires (le plus souvent) soit carrées et que toute autre possibilité résulte d’un traitement très particulier que peut leur appliquer leur auteur (circulaire, en triangle, etc.). Ces ratios influencent considérablement la composition, l’esthétique et l’usage des images. Comprendre ces formats est essentiel pour tout photographe souhaitant maîtriser son art.
Un peu d’histoire
Les formats classiques et leur origine
Les formats de photo ont évolué dans l’histoire de la photographie : nous en avions parlé il y a quelques années.
Le format 3/2 (ou 1,5:1)
Le format 3/2 trouve ses origines dans la photographie argentique 35mm, où les dimensions du film étaient de 36x24mm. Ce ratio de 1,5 pour 1 est devenu la référence standard pour de nombreux appareils photo reflex numériques (Full Frame et APS-C). Il offre un équilibre harmonieux entre largeur et hauteur, permettant des compositions naturelles qui correspondent à notre perception visuelle. Ce format convient particulièrement bien aux paysages, aux portraits en pied et aux scènes de rue, offrant suffisamment d’espace pour développer le sujet tout en conservant un cadrage équilibré.

Le format 4/3 (1,33:1)
Hérité de la télévision et des moniteurs d’ordinateur d’ancienne génération, le format 4/3 présente des proportions plus carrées que le 3/2. Adopté par le système Micro Four Thirds en photographie numérique, et aussi par les appareils moyen format, ce ratio favorise les compositions verticales et convient excellemment aux portraits rapprochés, aux natures mortes et à la photographie de produits. Sa forme plus compacte permet une utilisation optimale de l’espace dans de nombreuses situations, particulièrement lorsque la hauteur du sujet est importante.

Le format carré (1:1)
Le format carré, popularisé par les appareils Hasselblad moyen format et remis au goût du jour, notamment par Instagram (même si cette société a un peu abandonné depuis le format carré, ayant recentré leurs publications sur la vidéo) , offre une esthétique particulière et intemporelle. Cette symétrie parfaite crée une harmonie visuelle unique, forçant le photographe à repenser sa composition. Le carré convient remarquablement aux portraits artistiques, à la photographie d’architecture et aux compositions minimalistes, où l’équilibre et la symétrie jouent un rôle central.

Les formats panoramiques et cinématographiques
Le format 16/9 (1,78:1)
Emprunté au monde de la vidéo haute définition, le format 16/9 (et son cousin le 16/10 surtout pour les moniteurs) s’est démocratisé en photographie avec l’essor des écrans larges. Ce format panoramique excelle dans la capture de paysages étendus, de scènes urbaines et de compositions où l’horizontalité domine. Il permet de créer des images immersives qui englobent un large champ de vision, mais peut s’avérer contraignant pour certains sujets verticaux. Certains boîtiers, mais pas tous, loin de là, le proposent dès la prise de vue.

Le format 21/9
Les formats ultra-panoramiques comme le 21/9 (parfois même plus étendus) offrent en théorie des possibilités créatives uniques pour les paysages spectaculaires, les panoramas urbains ou les compositions artistiques. Mais, au moins en photo, ils demanderaient une approche compositionnelle spécifique et une attention particulière à la répartition des éléments dans le cadre. Le format 21/9, plus particulièrement dédié à la vidéo, se rencontre dans certains moniteurs, mais, personnellement, je ne l’ai jamais vu utilisé en photo.

Côté réalité
Impact sur la composition photographique
Le choix du format influence profondément la composition des images. Un format 3/2 encourage naturellement l’application de la règle des tiers, avec ses lignes de force qui s’harmonisent parfaitement avec les proportions du cadre. Le format 4/3, plus compact, concentre l’attention sur le sujet principal et facilite les compositions centrées ou symétriques.
Les formats panoramiques comme le 16/9 nécessitent une approche différente, privilégiant les lignes horizontales et les compositions étendues. L’œil parcourt naturellement l’image de gauche à droite, du moins en Occident, créant une dynamique narrative particulière. Dans d’autres pays, le sens de la lecture est différent, ce qui a un impact sur cette dynamique narrative)
Formats d’image et capteur
Que l’on parle de photo numérique (capteur) ou de photo argentique (pellicule, film) importe peu : l’image résultante est directement liée, par sa forme, à la forme du support.
Il a bien sûr existé (et il existe toujours, même en numérique) des formats de supports de différentes dimensions. A la naissance de notre site qui s’appelait alors « PentaxKlub », notre camarade Valia avait écrit un article pour évoquer l’évolution des formats de supports. Avec un léger sourire, on lira la toute dernière phrase de cet article qui a retrouvé un certain écho chez Pentax, plusieurs années plus tard, avec le « retour à l’argentique » incarné par le Pentax 17 (1/2 format 24*36).
Quelques semaines plus tard, nous évoquions les dimensions des capteurs dans cet autre article. Chacun pourra y constater que, au moins jusqu’à aujourd’hui, les capteurs sont tous rectangulaires, avec des dimensions variables, mais aussi avec des ratios largeur/hauteur (L/H) parfois différents. Il n’existe pas de capteur circulaire, tout juste certaines sociétés (voir ICI) ont-elles expérimenté des capteurs incurvés, censés améliorer la qualité d’image.
On notera, cependant, que si, par défaut, l’image résultante présente le même ratio L/H que le capteur, l’électronique des boîtiers permet généralement de choisir des ratios différents. Pourquoi ? Comment ? Un format est-il préférable à un autre ? Autant de questions auxquelles nous allons tenter de répondre, pour les formats les plus courants.
Les ratios de capteurs
Une observation, au préalable : si les ratios semblent « normalisés » quant à leur appellation, dans la réalité, les dimensions des capteurs supports peuvent varier légèrement selon les fabricants. Il s’agit de variations minimes (de quelques dixièmes de mm à 1 ou 2 millimètre(s) maximum), mais cela ne fausse en rien le raisonnement.
Par exemple, le format d’un capteur APS-C chez Canon est de 14,8 x 22,2 mm alors qu’il est d’environ 16 x 24 mm chez Nikon, chez Sony ou chez Pentax. Cela peut entraîner des conséquences par ailleurs (facteur de « crop » différent) mais qui n’entrent pas dans le cadre de cet article.

En fait, les ratios les plus répandus sont au nombre de 2 : le « 3/2 » et le « 4/3 ».
Le ratio 3/2
Il correspond essentiellement à deux types de capteurs numériques : Full Frame (24×36) et APS-C, sans doute les plus répandus chez les photographes amateurs. Dans ce format, le plus grand côté de l’image est 1,5 fois plus grand que le plus petit (1,6 chez Canon). Cela se vérifie très facilement avec les dimensions indiquées ci-dessus.
Le ratio 4/3
C’est probablement le plus répandu : il correspond à de très nombreux types de capteurs, du smartphone au moyen format, en passant par les « Micro Quatre Tiers » (µ4/3). Dans ce format, le plus grand côté de l’image est 1,33 fois plus grand que le plus petit.
Tableau récapitulatif de quelques formats de capteurs
Les plus petits sont notés ici pour des raisons anecdotiques car ils ne sont plus guère utilisés, hormis ceux de smartphones :
| Type | Dimensions en mm (arrondies au 1/10 mm) | Ratio (plus grand côté/+ petit côté) | Exemples de boîtiers |
| 1/3″ | 3,6 x 4,8 | 4/3 (1,33) | Smartphones |
| 1/2,3″ | 4,6 x 6,1 | 4/3 (1,33) | Boîtiers de type bridge (en voie de disparition) |
| 1/2″ | 4,8 x 6,4 | 4/3 (1,33) | compacts Fuji |
| 1/1,7″ | 5,7 x 7,6 | 4/3 (1,33) | Compacts experts type Canon G10 (ancien) |
| 4/3″ (« Four Thirds ») | 13 x 17,3 | 4/3 (1,33) | Boîtiers µ4/3 chez Olympus, Panasonic,.. |
| APS-C | de 13,8 x 20,7 (chez Sigma)
à 15,7 x 23,6 mm (Nikon Pentax, Sony) Rappel pour Canon : 14,8 x 22,2 mm |
3/2 (1,5) | |
| Full Frame (Plein Format) | 24 x 36 | 3/2 (1,5) | |
| Moyen format | 32,8 x 43,8 | 4/3 (1,33) | Pentax 645Z (discontinué)
Fuji GFX 50, GFX 100 |
| Moyen format | 40,4 x 53,7 | 4/3 (1,33) | Rares boîtiers professionnels haut de gamme |
Rappel : les dimensions physiques réelles, comme dit plus haut, peuvent légèrement varier.
Après ce rappel des ratios pour les différents types de capteurs, qu’en est-il des photos qu’ils produisent ? Autrement dit, quelles dimensions d’images faut-il adopter ?
Les ratios de dimensionnement des images
Quelle est (ou quelles sont) la(les) dimension(s) qu’il faut retenir pour nos images ? Si l’on s’en tient aux formats des capteurs, on constate que les ratios d’images sont, comme indiqué ci-dessus, au nombre de 2 :
- le 3/2
- le 4/3.
Est-ce à dire que toutes nos photos (développées, traitées, imprimées …) doivent présenter le même ratio que le capteur ? Existe-t-il d’autres ratios possibles ? Si oui, lesquels et pour quoi (et non pourquoi) ? Et qu’est-ce qui semble le plus adapté à quoi ?
Nous allons voir que, s’il n’existe aucune « règle » impérative, si le domaine photo a son importance, le sujet et son environnement sont primordiaux.
La photo de portrait
Généralement, le portrait se présente sous forme verticale. D’ailleurs, c’est ainsi (« portrait ») qu’on appelle le format vertical en bureautique, par opposition au format « paysage » (horizontal) dit aussi « à l’italienne ». Du moins quand on veut mettre l’accent sur le sujet photographié.
Pour autant, dans ce domaine comme dans d’autres, tout dépend de ce que le (la) photographe veut montrer : le sujet seul, le sujet dans son environnement, le cas échéant dans un environnement élargi, etc. Il n’y a pas de règle. Et il n’est pas non plus obligatoire de respecter le ratio d’origine du capteur. On peut très bien recadrer en 3/2 une photo initialement prise en 4/3 … et réciproquement. La composition et le cadrage guideront le choix qu’on retiendra. Attention cependant, à ne pas trop dégrader l’image. Car, bien souvent, un recadrage se traduit par une perte de résolution.
Si l’on adopte (en 3/2 comme en 4/3, et davantage encore en 16:9) le format horizontal, cela peut signifier que le sujet photographié n’est pas le seul centre d’intérêt de l’image. Il faut donc en tenir compte, là encore. Pour une bonne harmonie, ne pas centrer le sujet principal est un quasi-impératif ! Une exception peut être envisagée si l’environnement de part et d’autre du sujet la justifie et/ou si le regard du sujet est directement dirigé vers l’objectif, donc aussi vers le lecteur de l’image.
La photo animalière
Vaste domaine, où le choix du format devrait davantage être guidé par l’attitude de l’animal photographié que par sa morphologie. Ainsi, on pourra photographier au format horizontal un ours se déplaçant dans la forêt, alors qu’il pourra être photographié préférentiellement en format portrait, donc vertical, si le même ours se dresse sur ses pattes arrière.
Dans certains cas, cependant, la morphologie de l’animal pourra inciter à un choix préférentiel : la girafe est un exemple évident, ce qui ne veut pas dire que le format portrait devra toujours être choisi pour cet animal. Le choix du format ne s’impose que par les circonstances de prise de vue, l’éloignement du photographe, l’attitude du sujet, ou encore le sens que l’on veut donner à la photo.
L’environnement est un paramètre important, voire incontournable, qui pourra guider la décision de cadrage.
Il aurait, à mon sens, été incongru de cadrer ce renard en format vertical, compte tenu de son attitude. En revanche, pour le ratio d’aspect (3/2, 4/3, etc.), un format trop large n’aurait sans doute rien apporté de positif compte tenu de l’environnement (parc zoologique). Ici, on a conservé le ratio d’origine (3/2).
En photo de paysage et/ou d’architecture
Un bâtiment présentant une certaine hauteur, pourra être présenté verticalement, sauf s’il est photographié de loin et que son environnement présente un certain intérêt.

La maison ci-dessous, ayant appartenu à une célébrité, ne présente pas le même intérêt selon que son cadrage est large ou resserré.
En raison, notamment, des circonstances de la prise de vue (depuis un bateau), un cadrage vertical n’aurait rien apporté de positif
A contrario, l’environnement de ce phare fait que son cadrage change significativement la lecture de la photo :
La photo de rue
C’est sans doute le domaine typique de la photo « à l’horizontale ». Parce que souvent, on shoote « au débotté », sans trop rechercher un cadrage particulier et encore moins un cadrage vertical qui demande plus de temps. Et il est plus facile de tenir horizontalement son appareil.
Parfois cependant, le sujet n’est pas farouche et ne bouge pas : on a alors le choix du cadrage. Mais lequel retenir ? Pour les images ci-dessous, j’hésite !
En proxi photo et macro
Les éléments de décision ne sont pas fondamentalement différents des précédents : les lois sont les mêmes – à quelques variantes près – d’un domaine à un autre.
Sauf que là, on a à faire avec des sujets de petite taille. De fait, il est très rare qu’on les photographie au rapport 1:1 c’est à dire en taille identique sur le capteur et dans la réalité. Pour un lézard, ce serait impossible, pour certains insectes, comme des collemboles (*), ils risqueraient d’occuper bien peu de place sur le capteur, sauf si l’on est équipé pour les photographier à des rapports supérieurs (de 2:1 à 10:1) ! Comment alors choisir le format ? Horizontal ou vertical ? Si la décision est difficile à prendre, il existe une solution : le format carré (1/1) qui est tout à la fois horizontal et vertical. Et il est bien adapté à nombre d’images « macro » (ou proxi). De plus, à mon sens, il facilite le cadrage et permet de s’affranchir de quelques lois contraignantes de composition sans avoir à en éprouver des complexes !
Certains boîtiers permettent de choisir le format carré dès la prise de vue (exemple : Pentax K-1 et K-1 II). Pour ceux qui ne le permettent pas à ce stade, il suffit de « penser » la photo en format carré, et d’opérer la transformation en post-traitement. Cela nécessite juste un peu plus de réflexion avant de presser le déclencheur : pas la mer à boire !
Pour autant, ce format carré n’est pas réservé au domaine proxi/macro ! Il peut s’utiliser pour nombre d’autres types de photos : à chacun de juger ce qui lui convient dans tel ou tel cas !
(*) Aujourd’hui, les collemboles – qui mesurent entre 0,5 et 5 mm – ne sont plus classés parmi les insectes (voir ce lien)
En pratique
Le recadrage en post-traitement est fonction de la destination de la photo, de son usage final. Format carré (ou vertical) pour les réseaux sociaux, plus souvent horizontal pour une impression traditionnelle. Mais, là encore, aucune règle impérative !
Les formats pré-définis
Bien souvent, pour ne pas dire toujours pour certains photographes, on est amené à recadrer ses photos. Tous les logiciels sont capables de faire ça, même les plus rudimentaires. Certains de ces logiciels laissent une totale liberté, il suffit alors de tracer son cadre à la souris et de valider. Mais d’autres proposent, en plus, des formats pré-définis.
Ainsi, celui que j’utilise le plus souvent (pour l’heure ACDSee Ultimate 2024) propose les choix suivants (avec possibilité d’inversion horizontal/vertical, changement de résolution, …) qui sont des proportions de l’image initiale :
- 1:1 (carré)
- 16:9
- 2:3
- 3:5
- 4:3
- 4:6 (égal à 2:3)
- 5:7
- 5:8
- 8:10 (égal à 4:5)
- et un format dit « de poche » de 2,5:3,5 (jamais utilisé pour ma part !).
En outre, il permet, bien entendu, toutes sortes de formats personnalisés, selon les désirs de l’utilisateur.
Mon expérience
On s’aperçoit en pratique que les normes « théoriques » rappelées ci-avant, sont rarement appliquées.
Dans mon expérience personnelle, j’ai commencé par faire mes propres formats en post-traitement : exit les 3/2, les 4/3, les 1/1 et autres formats plus « exotiques » mais normés : je faisais en post-traitement ce qui me passait par la tête pour chaque sujet photographié, quel que soit le domaine. Dans cette pratique, souvent, la composition était donc décidée … en post-traitement ! Peu raisonnable, n’est-ce pas ?
Et ce, jusqu’au jour où j’ai changé d’avis et décidé de respecter le plus scrupuleusement possible les formats des capteurs. En général, c’est donc désormais, avec les boîtiers reflex (full frame 24*36 ou APS-C), le ratio 3/2, vertical ou horizontal selon le cas. Mes photos post-traitées sont donc homothétiques de ce format et cela présente un énorme avantage : cela m’oblige à une composition aussi rigoureuse que possible dès la prise de vue.
Je ne dirais certes pas que mes photos sont désormais parfaitement composées et cadrées, mais, indéniablement, il y a eu progrès !
Choisir le bon format
Le format idéal dépend avant tout du sujet et de l’intention artistique. Pour les portraits, on peut (doit ?) privilégier les formats verticaux ou carrés qui valorisent la silhouette humaine. Les paysages s’épanouissent dans les formats horizontaux étendus, tandis que l’architecture peut bénéficier de formats verticaux pour souligner l’élévation des structures.
Il ne faut pas hésiter à expérimenter avec différents formats pour un même sujet. Cette exploration vous permettra de développer votre œil artistique et de découvrir de nouvelles possibilités expressives.
La maîtrise des formats photographiques constitue un outil créatif puissant, au service d’une vision personnelle et d’un style photographique unique, propres au photographe.
Finalement, les règles existent pour être comprises puis, éventuellement, transcendées. Et parfois, outrepassées. L’important est de faire des choix conscients et réfléchis, en harmonie avec l’intention créative et le message visuel que l’on veut faire passer.






