L’effet Orton en photographie

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L’effet Orton est une technique de post-traitement photographique qui crée des images à l’esthétique particulière. Onirique et éthérée, selon certains, elle est caractérisée par une combinaison de netteté et de douceur lumineuse. Développée dans les années 1990 par le photographe canadien Michael Orton, cette méthode est devenue chez certains adeptes un pilier de la photographie artistique. Elle est particulièrement prisée dans les domaines du paysage, du portrait et de la photo de mariage.

Les origines de l’effet Orton

Michael Orton a développé cette technique à l’ère de la photographie argentique, bien avant la « prise de pouvoir » du numérique. Sa méthode originale consistait à superposer deux diapositives identiques de la même scène. L’une est parfaitement nette et correctement exposée, l’autre est volontairement surexposée et défocalisée. En les combinant lors de la projection ou de l’impression, il obtenait cette signature visuelle distinctive qui porte son nom.

Cette approche révolutionnaire a permis aux photographes d’abandonner la simple capture documentaire pour entrer dans le domaine de l’expression artistique. L’effet Orton ne se contentait pas de reproduire la réalité, il la transfigurait en quelque chose de plus poétique, de plus évocateur.

Les caractéristiques visuelles de l’effet Orton

L’effet Orton se reconnaît facilement, voire instantanément, par plusieurs attributs visuels distinctifs. Le plus notable est une qualité lumineuse particulière où les hautes lumières semblent irradier doucement dans les zones environnantes, créant un halo délicat autour des éléments lumineux de l’image. Cette diffusion de la lumière confère à la photographie une atmosphère presque surnaturelle.

Paradoxalement, malgré cette douceur générale, les détails principaux du sujet restent nets et définis. C’est cette juxtaposition de netteté et de flou qui caractérise l’effet Orton. Les couleurs apparaissent souvent plus saturées et vibrantes, avec une qualité presque picturale qui rappelle certaines peintures impressionnistes.

L’effet crée également une sensation particulière de profondeur et de dimension. Les différentes couches de l’image semblent se superposer, donnant une texture visuelle riche qui invite l’œil à explorer chaque recoin de la composition.

La technique argentique d’origine

Dans sa forme originale, l’effet Orton nécessitait une planification minutieuse lors de la prise de vue. Le photographe devait réaliser deux expositions du même sujet sur des diapositives séparées. La première image était capturée avec une mise au point précise et une exposition standard, servant de base solide à la composition.

La seconde diapositive était intentionnellement surexposée, généralement d’environ un ou deux diaphragmes, et photographiée avec une mise au point légèrement décalée ou à travers un filtre diffuseur. Cette image floue et lumineuse devenait l’élément qui apportait la « magie » caractéristique de l’effet.

Les deux diapositives étaient ensuite montées ensemble dans le même passe-vue, créant une superposition physique lors de la projection. Pour l’impression, un processus similaire était utilisé, combinant les deux négatifs ou diapositives lors du tirage en chambre noire.

L’adaptation au numérique

L’avènement de la photographie numérique et des logiciels de retouche a considérablement simplifié l’application de l’effet Orton, le rendant accessible à tous les photographes, expérimentés comme débutants. Avec des programmes comme ceux d’Adobe, Photoshop et/ou Lightroom, et aussi avec ceux d’autres éditeurs, il est désormais possible de reproduire et même d’améliorer cette technique en quelques étapes.

La méthode numérique commence généralement par la duplication du calque d’arrière-plan. On floute ensuite le calque dupliqué à l’aide d’un filtre de flou gaussien, avec un rayon ajusté selon la taille et la résolution de l’image. Ce flou remplace la défocalisation de la diapositive originale.

Ensuite, il faut modifier le mode de fusion du calque flouté, souvent en utilisant le mode « Lumière tamisée » ou « Superposition », qui simule la surexposition et la combinaison des diapositives. Puis, on ajuste l’opacité du calque pour contrôler l’intensité de l’effet, ce qui offre une flexibilité que la méthode argentique ne permettait pas.

Certains photographes ajoutent également une légère augmentation de la saturation des couleurs pour renforcer l’impact visuel, créant des images encore plus vibrantes et captivantes.

Bien entendu, cette façon de procéder peut varier d’un logiciel à l’autre. Il appartient donc à chacun de vérifier et d’utiliser ce que son logiciel permet en la matière.

Les images ci-dessous ont été réalisées au moyen de l’option « Orton » disponible dans les « Effets Spéciaux » de mon logiciel habituel. Cela n’a donc même pas nécessité de création ni de modification de calques.

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La photo avec effet Orton se devine aisément !

Applications idéales de l’effet Orton

La photographie de paysage est probablement le domaine où l’effet Orton brille le plus. Les scènes de nature, particulièrement celles capturées pendant l’heure dorée ou l’heure bleue, se prêtent merveilleusement à cette technique. Les forêts automnales avec leurs feuillages colorés, les champs de fleurs sauvages, et les scènes de brume matinale deviennent encore plus magiques sous l’effet Orton.

Autre exemple, réalisé dans les mêmes conditions que le précédent :

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Dans le portrait, cette technique peut adoucir la peau et créer une atmosphère romantique ou féérique, particulièrement appréciée dans la photographie de mariage. Les portraits d’enfants bénéficient également de cette qualité douce et intemporelle qui évoque l’innocence et la pureté.

La photographie florale est un autre domaine naturel pour l’effet Orton. Les pétales délicats et les couleurs vibrantes des fleurs sont magnifiés par cette technique, créant des images qui semblent tout droit sorties d’un conte de fées.

Notons, au passage, qu’on n’utilise habituellement l’effet Orton que sur des photos en couleur. Cela n’a, de notre point de vue, qu’un intérêt limité sur des photos monochromes. Qu’on en juge par les photos suivantes où les subtilités du paysage disparaissent dans des à-plats peu esthétiques.

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Les pièges à éviter

Malgré sa beauté, l’effet Orton peut facilement basculer dans l’excès si on l’applique sans discernement. Une application trop intense peut rendre l’image artificielle et kitsch, perdant toute subtilité et sophistication. La clé du succès réside dans la modération et l’adaptation de l’intensité à chaque image spécifique.

Toutes les photographies ne se prêtent pas à cette technique. Les images nécessitant une grande précision des détails, comme la photographie d’architecture ou certains types de photographie commerciale, peuvent perdre leur impact sous l’effet Orton. C’est vrai aussi pour les photos de macro où la précision et la netteté sont primordiales. De même, les scènes avec beaucoup de textures fines ou de détails critiques peuvent devenir confuses.

La surexploitation de cette technique peut également conduire à un style photographique prévisible et répétitif. Il est important de varier ses approches créatives et de n’appliquer l’effet Orton que lorsqu’il sert véritablement la vision artistique de l’image.

Variations modernes et innovations

Avec l’évolution des technologies, de nombreuses variations de l’effet Orton ont émergé. Certains photographes utilisent des techniques de masquage sélectif pour appliquer l’effet uniquement à certaines parties de l’image. Ils préservent ainsi la netteté dans les zones clés tout en créant une atmosphère onirique dans l’arrière-plan.

D’autres expérimentent avec différents types de flou, combinant le flou gaussien traditionnel avec du flou de surface ou du flou radial pour créer des effets encore plus uniques. L’utilisation de plugins spécialisés et de préréglages personnalisés (en anglais des presets) permet également d’accélérer le processus tout en maintenant un contrôle créatif total.

Comme évoqué précédemment, parfois des logiciels de post-traitement offrent par un simple clic la possibilité d’appliquer un effet Orton à une image. Malheureusement, il faut savoir se contenter des paramétrages par défaut de l’éditeur quand il n’offre aucune possibilité de modification.

Il est tout à fait possible de combiner la photographie HDR (High Dynamic Range) avec l’effet Orton pour créer des images à la fois techniquement impressionnantes et artistiquement évocatrices. Toutefois, cette combinaison nécessite beaucoup de délicatesse pour éviter un résultat trop artificiel.

Un exemple obtenu sans autre intervention qu’un clic sur « Effet Orton » dans le logiciel, à partir d’une image HDR créée par le boitier. Il me paraît préférable de procéder manuellement (avec des calques) plutôt que de faire une confiance aveugle aux logiciels et obtenir de tels effets « surréalistes » !

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Un avis tout personnel

L’effet Orton, utilisé avec parcimonie et, bien entendu, à bon escient (le choix des photos est important), peut permettre de présenter des images inattendues, voire originales. Mais, finalement, comme tout autre effet spécial, et il en existe des centaines. Le risque le plus important est, outre un usage systématique, qu’on ne recommande surtout pas, de produire des images très artificielles. S’éloignant trop de la réalité, elles pourraient difficilement être acceptées par celles et ceux à qui elles sont présentées. En pareil cas, le « phénomène de rejet » est vite arrivé !


L’effet Orton demeure une technique puissante dans l’arsenal du photographe artistique. Sa capacité à transformer des scènes ordinaires en visions extraordinaires, à évoquer l’émotion et le rêve, en fait un outil précieux pour ceux qui cherchent à dépasser la simple documentation pour atteindre l’expression artistique. Mais cela, c’est surtout la théorie. La pratique, par les nombreuses possibilités différentes qu’elle peut mettre en œuvre, peut donner des résultats inattendus.

En maîtrisant cette technique avec subtilité et discernement, on peut ajouter une dimension poétique et intemporelle à son travail photographique.

Il semble qu’aujourd’hui peu de photographes utilisent régulièrement cette pratique. Du moins si on en croit ce que proposent les sites et forums consacrés à la photo

Mais, pour nos lectrices et lecteurs qui apprécieraient particulièrement ces effets, la visite du site de Michael Orton permet d’y voir quantité d’images intéressantes.

2 réponses

  1. Merci Micaz pour cet article.

    Avec lui j’ai découvert l’effet Orton en photographie.

    L’audace de Michael Orton n’a d’égal que son talant.
    Il a choisi le flou et la surexposition pour faire des œuvres d’art photographique, et ce à une époque où on n’avait pas les moyens de post-traitement que l’on a aujourd’hui.

    J’ai eu plaisir à lire cet article qui est une très bonne entrée en matière pour d’ouvrir l’œuvre de Michael Orton.

    1. Bonjour, CYv et merci pour ce commentaire.
      Je ne ferais pas de l’effet Orton une pratique quotidienne, ni même régulière, mais il est intéressant de savoir que ça existe, au même titre que d’autres effets.

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