Le Sigma BF, un hybride à monture L, est étonnant à plus d’un titre. Il y a tout d’abord son design au format rectangulaire, ensuite, il y a son minimalisme, presque une épure. Pour finir, il y a ses caractéristiques techniques parfois étranges. Évidemment, sans l’avoir testé, je ne me prononcerai pas sur les qualités photographiques de ce boîtier. C’est le reste qui m’interpelle. Tout le reste. À commencer par le nom, que l’on pourrait traduire par « Best Friend » (« Meilleur Ami ») ou « Beautiful Foolishness » (« Splendide Absurdité »). Tout un programme. Mais pour qui ?
Le Sigma BF et son design unibody
Selon Sigma, le BF est conçu à partir d’un gros bloc d’aluminium taillé, creusé et modelé afin d’obtenir ce monobloc parallélépipédique. Chaque usinage nécessite 7h de travail pour aboutir à ce résultat. La conception est intéressante, puisqu’elle devrait maintenir une rigidité suffisante pour nombre d’objectifs. Accessoirement, elle devrait faciliter la dissipation thermique. Mais attention au revers de la médaille, selon la conception interne, ce type de coque peut parfois devenir suffisamment chaude pour causer des inconvénients à la prise en main. Il conviendra de vérifier si le BF en sera affecté.

Pour aller plus loin sur le design, les arrêtes du bloc semblent très franches. Cela interroge sur la prise en main et le ressenti. Ne va-t-on pas avoir une sensation de coupure aux doigts ? Autre point potentiellement négatif, les plans semblent en biais. Si c’est le cas, on ne pourrait pas le déposer et espérer qu’il tienne droit. Il penchera obligatoirement, voire reposera en partie sur l’objectif. Cela permet peut-être de mieux le tenir en main ? Attention, n’ayant jamais eu ce produit en main, ni vu réellement, ce sont que des suppositions.
Ce n’est pas la première fois qu’on voit ces designs en un seul bloc (unibody), du moins dans le monde informatique. Ils sont ainsi très prisés chez Apple qui les utilise pour ses ordinateurs portables, mais pas que. Un concept mis à la mode dans les années 2000-2019 par Jonathan Ive. Ce chantre du design prônait que ce dernier devait toujours primer sur la technique, laquelle devait se plier à la volonté de l’esthétisme. Jusqu’au moment où la volonté de faire toujours plus fin a fini par mettre en porte-à-faux les performances. Mais c’est une autre histoire.

Quand on regarde les photos et vidéos proposées par Sigma, l’esthétisme est clairement à contre-courant des boîtiers bardés de boutons et d’options. Ce nouveau Sigma BF est très condensé pour un hybride à monture interchangeable (de type L) et minimaliste. À lui donc la possibilité d’utiliser tous les objectifs de cette monture. Avec le risque d’associer d’imposantes optiques à un minuscule boîtier. Heureusement que Sigma dispose d’une gamme de petites focales fixes, compactes et légères, qui se marieront idéalement avec le BF.
Cette compacité n’est pas une simple vue de l’esprit, mais est bien réelle. Les dimensions le prouvent. Le parallélépipède mesure 13 x 7,28 x 3,68 cm et il pèse 446 gr avec la batterie (388, sans). Le constructeur propose ici un boîtier volontairement simplifié, tout en étant léger pour être facilement transportable.
Une ergonomie simplifiée pour ce Sigma BF
Il convient ici d’oublier tout ce auquel on est habitué sur un boîtier. Sigma revoit sa vision de l’hybride compact avec ce BF épuré à l’extrême. Il n’y a que très peu de boutons, un seul connecteur (USB-C), aucun viseur, juste un écran arrière non orientable. Quelques éléments sur les boutons. Ce n’en sont pas au sens habituel du terme. Ils ont une capacité sensitive avec sans doute un retour haptique. Le stockage est interne. En l’absence de slot dédié, vous pourrez oublier les cartes mémoires, ce qui est à la fois un bien et un mal. Heureusement que Sigma a prévu large, avec quelque 230 Go « offerts » !
Les éléments de contrôle disponibles sont le déclencheur sur la partie supérieure, trois boutons au dos (marche/arrêt, lecture des images et option) et une molette, un mélange de la roue des Canon et celle des antiques iPod. Encore une allusion à Apple, pas si innocente que cela, car, par moment, il y a cette impression que le produit aurait pu naître à Cupertino.
L’écran principal est tactile, même si on peut tout faire en utilisant les touches. Un deuxième écran, au dessus de la roulette, permet de visualiser en permanence l’option sélectionnée. On notera aussi un léger grip pour le pouce, censé faciliter la prise en main.
Certains utilisateurs n’étant pas très pro-écran arrière pour faire la visée, l’absence de viseur pourrait les frustrer. Mais il est vrai que cette manière de shooter est très prisée par nombre d’influenceurs sur les réseaux sociaux qui n’hésitent pas à prôner cette façon de cadrer.
Des choix techniques étonnants
Pour les intéressés, la liste des principales caractéristiques techniques se trouve dans le tableau ci-dessous (à déployer).
| MÉMOIRE | Interne uniquement : 230 Go |
| CAPTEUR | Capteur de type Plein Format BSI CMOS (origine sans doute Sony) 24,6 MP (Effectif) |
| MONTURE | Type L |
| VISEUR / ÉCRAN | NC. |
| PLAGE ISO | 100 à 102 400 |
| VITESSE OBTURATION | Obturateur électronique 1/25600 à 30 secondes |
| MOTORISATION | Jusqu’à 8 i/s |
| IMAGE | Mode JPEG : environ 14000 images Mode RAW : environ 4300 clichés (format RAW non communiqué) |
| VIDÉO | Enregistrement interne jusqu’à 150 minutes Résolution : 6000 x 3000 à 29,97 i/s (6K) – Full HD jusqu’à 120 i/s |
| DIMENSIONS | 130,1 x 72,8 x 36,8 mm |
| POIDS | 0,388 kg boîtier nu 0,446 kg avec batterie amovible |
| CONNEXION | USB-C (norme 3.2) 2 micros internes (sur le dessus) |
Au cœur du BF, on trouve un capteur full-frame de 24,6 mégapixels… qui n’est pas un Foveon tant prisé et soutenu par Sigma. Ce qui confirme les difficultés que rencontre la marque à produire un capteur Fovéon Plein Format pour hybrides. Ce capteur à matrice de Bayer est sans doute d’origine Sony (et il n’est pas récent). Une petite particularité concernant la plage ISO. Si elle va classiquement de 100 à 102 400 ISO de base, elle peut aussi être abaissée à des seuils étonnamment bas : 6, 12, 25 et 50 ISO. Une particularité bienvenue en cas de très forte luminosité, qu’on aimerait voir ailleurs.
Au rayon des grands regrets, la stabilisation mécanique du capteur est absente ! Comme l’obturateur mécanique, seul un obturateur 100 % électronique étant proposé. Espérons que le capteur dispose d’une vitesse de lecture suffisamment rapide afin d’éviter les effets de rolling shutter (déformation des verticales sur les sujets rapides). L’AF est à détection de phase, sans doute d’origine Panasonic ou Leica
La face avant est presque totalement occupée par la monture de type L et on pourra y monter n’importe quel objectif L. Néanmoins, Sigma va proposer neuf modèles spécialement conçus pour le BF. Des optiques compactes et de mêmes couleurs !
La simplification voulue par Sigma les a conduits à devoir réinventer la partie logiciel, en allant au plus simple et au plus rapide. Selon les présentations, le menu n’est pas à rallonge, avec des quantités de sous-menus. Sigma va à l’essentiel, sans (trop de) raffinement. Vous pourrez donc accéder au réglage de la vitesse, de l’ouverture, des ISO, la compensation d’exposition et le rendu des couleurs. Malgré tout, les possibilités de personnalisation sont assez importantes. Cela va du choix des rapports d’images au réglage de la balance des blancs. Côté photo, 13 modes de couleur créatifs sont aussi proposés, permettant des styles particuliers, comme la tonalité orangée ou le monochrome.
Le stockage interne permet de stocker plus de 14 000 clichés en JPEG ou environ 4 300 RAW. Il permet aussi d’enregistrer jusqu’à 150 minutes de vidéo dans la meilleure qualité proposée (6K à 30 images par seconde). L’espace est donc suffisant pour une personne prenant des clichés de manière raisonnée. SI vous êtes du genre à faire plusieurs centaines d’images par jour, cela risque d’être insuffisant. Il faudra donc prévoir un stockage externe. Et c’est là que l’on rencontre quelques petits problèmes de débit et de connexion. En l’absence inexpliquée de WiFi, il vous faudra utiliser la prise USB-C qui est à la norme 3.2, d’un débit maximal de 10 Gbits. Un peu dommage alors que les normes actuelles proposent de bien meilleures vitesses.
La batterie est amovible ! Et heureusement, car elle permet de prendre au maximum 260 photos ou une heure de vidéo… D’autant qu’il en faudra au moins une (ou deux) de plus si l’on souhaite tenir une journée complète. Ce ne sera vraiment pas inutile.
Que penser de cet APN à la sauce Apple ? En répétant les concepts de la Pomme, jusqu’à la vidéo de présentation sur fond blanc qui évoque furieusement ce que l’on voyait chez Cupertino ces 15 dernières années, Sigma veut sans doute provoquer la même émotion que celles suscitées par les premiers iPhone. Un produit simple à utiliser. Mais à qui ce concept va réellement s’adresser ? Difficile de se prononcer. Pour ceux qui possèdent déjà des objectifs L, le BF pourrait s’avérer être un bon boîtier complémentaire. Mais à 2350 €, cela fait cher le complément ! Pour un primo-accédant, le prix sera aussi un frein pour un APN qui ressemble à un gadget.
Alors, le BF va-t-il pouvoir rencontrer le succès ? Seul l’avenir le dira…


6 réponses
Bonjour, bienvenue et longue vie au photoKlub ! (avec un K ☺☺☺) Merci mille fois, F. et Mi. de poursuivre votre superbe travail, sur ce site !
– Posté par un inconditionnel de PENTAX, qui apprécie depuis un bon moment, la très haute qualité de ce site ! Continuez, longtemps, ainsi !!!
I♥PENTAX.
Merci. Je crains que PhotoKlub ne parle plus de Pentax que de manière exceptionnelle à l’avenir. C’est la raison pour laquelle on se tourne vers tous.
Merci pour cette présentation du Sigma BF.
photoklub est bien partie, longue à photoklub !
Merci.
C’est très bien d’en parler, mais cet engin me laisse vraiment froid. D’autant que sa fiche technique, épurée, signifiera aussi un prix aussi scalpé?!
C’est votre droit.