La stabilisation, qu’elle soit intégrée au capteur ou à l’objectif, est une avancée considérable pour bon nombre de photographes, dont moi. Mais est-il une arme parfaite contre le flou de bougé ? Et si la réponse était plus nuancée qu’un « oui, bien sûr » ou un « mais non, voyons« ?
En 2006, Pentax propose son K-10D, un reflex au format APS-C qui va démocratiser certaines avancées technologiques qui se sont imposées depuis. Pentax n’est certes pas toujours l’inventeur. Mais, en les proposant systématiquement, la firme a contribué à ce qu’elles deviennent communes, presque obligatoires. Comme la tropicalisation ou le système IBIS de stabilisation de l’image par le capteur.
De la stabilisation en général
Le flou de bougé
Selon Wikipedia, le flou de bougé est le flou produit par le mouvement de l’objectif pendant l’exposition. Tous les photographes bougent au moment de déclencher, car il est presque impossible de rester parfaitement immobile, même une seconde. C’est extrêmement rare qu’il n’y ait pas de micro-mouvement. Après, tout dépendra des personnes. Certains en feront très peu, d’autres moyennement. Et parfois, c’est tellement important qu’on n’est pas loin de la maladie de Parkinson. On peut donc dire que le flou de bougé est la cause la plus répandue des clichés… flous.

Les raisons de ces mouvements sont nombreuses. Cela va des tremblements naturels de la main qui soutient l’appareil au déplacement du photographe. En n’oubliant pas les facteurs mécaniques, comme l’appui sur le déclencheur ou les oscillations du miroir au moment de la prise de vue (uniquement pour les boîtiers Reflex) ! Ce n’est pas un hasard si on conseille souvent l’usage d’une télécommande quand on photographie certains sujets avec un trépied.
En optique, plus la focale est grande, plus le risque du flou de bougé est important. En restreignant l’angle de vision, le moindre écart devient visible. À l’opposé, quand le champ de vision est vaste, si l’on bouge d’un millimètre, l’impact sera visuellement négligeable. Une longue focale est donc plus sensible aux oscillations qu’un grand angle.
Heureusement pour les photographes, il existe une parade à ce phénomène. Une règle optique indique la valeur plancher à ne pas dépasser :
1/ longueur focale
Cette règle est facile à appliquer pour les courtes focales, mais elle devient très contraignante pour les longues focales, réduisant drastiquement le temps d’exposition au delà de 200 mm.
Les solutions
Les constructeurs ont donc cherché à réduire ce phénomène. Car si, pour certaines pratiques photos (photo animalière ou astrophoto par exemple), le trépied a permis de compenser, ce procédé était loin d’être universel.
La stabilisation optique

La solution trouvée a été d’introduire une sorte de gyroscope et de petits moteurs dans les objectifs. Ce couple va compenser l’instabilité du photographe en inclinant une ou plusieurs lentilles. Et donc réduire le bougé à la prise de vue.
Selon les constructeurs, ce système permet un gain de 3 à 6 arrêts (ou stop), en vitesse et/ou en ouverture. Petit bonus, la visée étant également stabilisée, l’image disponible dans le viseur ne tremble pas. Un vrai plus pour les longues focales.
La stabilisation optique étant intégrée dans les objectifs, elle n’a pas de caractère universel. On compte au moins quatre inconvénients majeurs :
- un objectif plus lourd que l’équivalent non stabilisé,
- un objectif plus fragile,
- un couple boîtier/objectif plus énergivore,
- une inflation importante des tarifs.
La stabilisation optique ne porte que rarement ce nom chez les constructeurs qui ont adopté un nommage propre à eux : IS chez Canon, VR chez Nikon, OSS chez Sony ou encore OIS pour Panasonic et Fujifilm. Côté indépendant, Tamron utilise l’appellation VC, tandis que Sigma s’est emparé de OS. Plusieurs désignations pour une même fonctionnalité.
Au fil du temps, la stabilisation optique a connu des avancées, comme un mode pour le sport ou l’adaptation automatique à des travellings volontaires. Son activation se fait via un ou plusieurs boutons directement sur le fût de l’objectif.
Ces objectifs ont fait certes la joie des clients qui pouvaient les acheter, mais surtout celle des directeurs financiers qui ont vu les revenus augmenter. Car, un objectif stabilisé coute à plus à produire et il est possible d’augmenter la marge significativement.
La stabilisation mécanique (IBIS)

Avec le K-10D, Pentax a démocratisé une solution quasi parfaite, apparue chez Konica-Minolta 3 ans plus tôt. Au lieu d’effectuer les ajustements de mouvement au niveau des lentilles, dans l’objectif, la stabilisation mécanique s’effectue au niveau du capteur. C’est ce dernier qui se déplace afin de compenser les micro-mouvements détectés. Initialement, la compensation s’effectuait sur 3 axes, avant de passer à 5 axes. Le gain annoncé est désormais compris entre 3 et 5,5 arrêts.
Si elle s’est montrée longtemps un peu moins performante que son pendant optique, elle a permis surtout à tous les objectifs d’être stabilisés. Y compris les très vieilles optiques F, FA, ou même M de Pentax ! Ce qui était bien pratique pour les utilisateurs, Pentax ayant décidé de conserver l’antique monture K qui date de 1975.
L’inconvénient principal est que, la visée n’étant pas stabilisée, l’usage de longues focales est pénalisé. Le photographe peut voir l’image trembler dans son viseur optique.

La stabilisation numérique
Certains constructeurs ont parié un temps sur la stabilisation numérique. Il s’agit surtout d’une aimable plaisanterie, à défaut de dire autre chose. C’est un vrai argument bidon, l’appareil augmentant la sensibilité ISO afin de permettre d’abaisser la vitesse. Certes, l’image est moins floue, mais tellement plus bruitée qu’autant jeter à la poubelle le résultat.
Aujourd’hui, bien que quasiment abandonnée, on la retrouve encore sur quelques modèles de compact ou dans des smartphones.
Quelle stabilisation est la meilleure ?
La stabilisation optique est la meilleure, car elle a longtemps permis une vue optique moins tremblotante, surtout pour les longues focales.
La stabilisation mécanique a, quant à elle, fait d’énormes progrès depuis sa démocratisation sur le K-10D. Devenue plus précise, avec les mêmes gains que sa grande sœur, elle s’est généralisée grandement avec l’expansion des hybrides qui en sont presque tous équipés.
Et pourquoi pas les associer ?
Sur le papier, associer les deux systèmes eût été très intéressant, les gains pouvant atteindre dix stops sur le papier. Mais, dans le monde Reflex, ces systèmes ont été conçus de manière indépendante, à des moments différents, ils ne savaient pas communiquer entre eux. Chacun compensant les mouvements détectés dans son coin, les stabilisations s’annulaient. Avec parfois des résultats encore pires que le flou originel. Il y a bien eu quelques tentatives (chez Nikon de mémoire avec le D500 ?), mais ce ne fut pas très concluant. C’est donc l’un ou l’autre.
Les hybrides ont changé la donne. Deux facteurs ont permis cette évolution :
- La création d’un nouveau type de boîtier, sans visée optique, ce qui a rebattu la conception technique en repartant d’une feuille quasiment blanche ;
- Toutes les marques ont proposé une nouvelle monture d’objectif, ce qui a imposé une recréation des optiques.
Tous les constructeurs ont donc pu concevoir un système permettant aux deux modèles de stabilisation de communiquer entre eux. Et donc de les cumuler avec un gain potentiel de 9 arrêts environ. Accessoirement, cela a surtout permis aux objectifs non stabilisés de profiter d’une compensation des vibrations, pour le plus grand bonheur de leurs propriétaires !
La stabilisation autorise-t-elle toutes les vitesses ?
Vitesse minimale et stops
La règle pour un appareil photo plein format est que, pour être certain d’éviter le flou de bougé, la vitesse d’obturation doit toujours être au minimum égale à :
1 / longueur focale
Si votre objectif est un 24-70, à 24 mm, il ne faudra pas descendre en dessous de 1/24 s. Et à 70 mm, la vitesse minimale inférieure sera de 1/70 s. Si votre objectif est un 1200 mm, cette vitesse minimale sera de 1/1200 s ! Autant dire que, sans trépied, c’est presque mission impossible.
La stabilisation, optique ou/et mécanique, fait donc rêver avec les gains moyens de 4 arrêts. Dans la pratique, cela veut dire que l’on peut diviser jusqu’à 4 fois cette vitesse minimale. Pour le 1200 mmm évoqué ci-dessus, cela donnerait 1200/2 = 600 /2 = 300 / 2 = 150 /2 = 75 ! Soit donc 1/75 s… Sur le papier, c’est juste phénoménal.
Évidemment, il est possible de répartir les gains potentiels sur la vitesse et l’ouverture.
Maintenant, répondons (enfin) à la question
Tous les chiffres évoqués sont théoriques, les gains annoncés fantastiques. En pratique, il ne faut pas se leurrer, il est compliqué de les atteindre. Certains facteurs entrent en jeu pour les minimiser :
- Déjà, une part va dépendre de vous. Est-ce que vous tremblez un peu ou beaucoup ? Votre position est-elle stable ou instable ? Faites-vous de la macro ? Les réponses à ces interrogations vont faire que le gain n’est pas constant. Dans la pratique, certaines longueurs de focales et certaines vitesses vont s’en sortir mieux que d’autres.
- La stabilisation ne va pas permettre de figer un sujet en mouvement. C’est une confusion que font nombre de photographes débutants (mais pas que). Elle ne compense QUE les fluctuations involontaires du photographe. Pour être sûr d’avoir une photo nette d’un sujet qui se déplace, il faut sélectionner une vitesse d’obturation appropriée ! Photographier à 1/60 s, parce que la stabilisation le permet, une personne qui marche donnera une photo où le sujet sera flou.
- L’utilisation d’un trépied. Trop de stab… tue la stab. Lorsque votre APN est monté sur un trépied, il aurait plutôt tendance à créer du flou dans certains cas. Il convient donc de la désactiver. À noter que certains boîtiers sont en mesure de détecter son usage et coupent d’eux-mêmes la fonctionnalité.
- Même si le gain réel n’est que de 3 à 5 stops, cela facilite déjà grandement la vie des photographes. Pouvoir prendre ses images à 1/150 s au lieu de 1/1200 s quand une locale de 1200 mm est montée sur un boîtier, c’est fantastique.
- La stabilisation est une fonction utile, indispensable en maintes situations, mais qui n’est pas le Graal absolu. Elle ne permet pas d’éviter les photos floues à tous les coups, même si elle aide fortement à réduire les cas.
- Elle ne compense que le bougé du photographe, pas le mouvement du sujet.
- Elle doit être activée presque en permanence quand on est débutant, mais peut être désactivée selon les circonstances pour les experts (il faut savoir comment gérer son absence).
La stabilisation, qu’elle soit optique, matérielle ou un combiné des deux, a révolutionné la prise de vue. Mais elle n’est pas efficace dans tous les cas de figure. La seule façon de procéder efficace à 100% reste l’application de la règle optique sur la vitesse à ne pas dépasser.