Expositions extrêmes : high-key et low-key

High-key et low-key sont deux techniques photographiques mettant en avant des expositions extrêmes. Ce qui est contraire aux principes généralement admis. La photographie est soumise à un certain nombre de normes, plus ou moins importantes, certaines essentielles – voire extrêmes – d’autres, plus accessoires. Les respecter fait partie des principes que l’on inculque à celles et ceux qui se lancent dans l’étude de la photo. Avec, à la clé, l’assurance d’être voué aux gémonies si l’on s’en écarte un tant soit peu.

L’exposition fait partie de ces normes impératives. On enseigne la nécessité absolue d’exposer une photo aussi parfaitement que possible, et ce, pour tout un tas de raisons, elles aussi impératives. Nous avons maintes fois évoqué ce sujet dans nos articles, certains lui étant même entièrement consacrés.

Pourtant, si respecter les normes est, généralement, une attitude recommandable, il peut être parfois utile de s’en écarter. Ce faisant, on donne la preuve d’une certaine originalité. Parfois, on surexposera volontairement l’image, d’autres fois, on la sous-exposera. Ce qui, bien sûr, implique, quand on le fait volontairement, de s’affranchir des automatismes de l’appareil photo. Ceux-ci sont conçus pour donner une exposition pré-supposée correcte.

Reste à définir l’importance « volumique » de l’outre-passation des normes. Si elle reste très modeste, elle passera quasiment inaperçue. Elle n’aura donc que peu d’importance dans l’appréhension globale de la photo par les lecteurs. Si, en revanche, elle s’écarte largement de la norme, dans un sens ou dans l’autre, elle démontrera la volonté manifeste du photographe de produire, selon le cas, une image « high-key » ou une image « low-key ».

Une remarque : comme souvent dans bien des domaines, on observe une prééminence des termes anglais, sans doute plus « internationaux » que les termes français… ou parce que personne n’a cherché à créer en français des termes équivalents. Personnellement, je le regrette, mais c’est ainsi. Du reste, la difficulté de traduction est manifeste, pour beaucoup !

Que recouvrent ces notions de high-key et low-key ?

Considérations générales sur le high-key et le low-key

Les domaines photographiques concernés

Inutile de chercher : tous les domaines photographiques peuvent être concernés, ce n’est jamais qu’une affaire d’exposition. L’essentiel – mais comme dans toute photographie – est que le sujet soit mis en valeur et ne se confonde pas avec son environnement.

Une photo high-key en proxiphotographie et son histogramme :

pkb_Expo_Extreme

 

 

pkb_Expo_Extreme

Le matériel à utiliser

Eh bien, pour photographier, il faut – a priori – un appareil photo. Qu’il soit de type reflex ou de type hybride n’a aucune importance ; c’est le photographe qui fait la photo, l’appareil n’est qu’un instrument pour y parvenir.

Un appareil photo sans objectif ne sert pas à grand-chose : il faut donc un objectif. Et lui doit être adapté à ce que l’on veut réaliser. Bien le connaître est un avantage.

Si l’on travaille en extérieur, il faut choisir un fond adapté : clair pour du high-key, sombre pour du low-key. La source de lumière doit, a priori, être convenablement orientée, mais un peu de savoir-faire aidera à surmonter les éventuelles difficultés.

Pour du high-key

En intérieur, le fond pourra être constitué d’un mur clair ou d’une toile claire. C’est une recommandation, pas une obligation. En effet, on peut faire du high-key avec des fonds sombres, principalement en studio. Il faut juste alors disposer de la lumière adéquate, avec de préférence deux sources. L’une viendra éclairer le fond, l’autre le sujet. Tout est alors une question d’équilibre des éclairages qui n’ont pas à être uniformes !

Des éclairages supplémentaires, de préférence en lumières continues – par exemple des boîtes à lumière -, pourront s’avérer utiles. Par la brièveté de leur éclair, les flashes ne sont pas obligatoirement les moyens d’éclairage les plus adaptés, mais ils ne sont pas non plus à rejeter. Des essais s’imposent ! Une bonne maîtrise du flash peut permettre de bien contrôler le high-key.

Bien entendu, qui dit éclairage d’appoint dit aussi diffuseurs, parapluies, etc.

Pour le high-key en extérieur, voir quelques indications plus loin (« à la prise de vue »).

Pour du low-key

En intérieur, le fond devra être suffisamment sombre. Un éclairage ponctuel peut être très utile, voire indispensable. Ainsi, au moyen d’un spot peu puissant, on peut éclairer par exemple une partie de visage qu’on veut faire ressortir de l’ombre.

La photographie high-key

Les principes généraux du high-key

Une photo « high-key » est une photo où prédominent les couleurs et tonalités claires, voire blanches, au détriment des couleurs et tonalités sombres (grises) ou noires. Et peu importe que les photos soient en monochrome ou en couleurs. On choisira en fonction du rendu que l’on souhaite. Par exemple, le monochrome donnera une ambiance plus « dramatique » que la couleur. Mais attention : claire ne signifie pas « cramée » ! On doit pouvoir retrouver des détails dans les zones plus exposées que ce que l’on a l’habitude de voir. C’est, du reste, ce qui fait la difficulté d’une photo high-key bien constituée.

Lorsqu’on affiche l’histogramme d’une photo high-key, on observe que les courbes occupent surtout la partie droite, celle des hautes lumières.

Une photo « high-key » et son histogramme :

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Un premier essai de photo high-key

 

 

 

pkb_Expo_Extreme
et son histogramme

 

C’est une des premières que j’ai tentées et l’essai n’a pas été transformé !

À la prise de vue

La composition de la photo doit être tout aussi soignée que pour une prise de vue « normale ».

Pour le cadrage, il pourra être judicieux de varier les angles de prise de vue, jusqu’à trouver, en fonction des éclairages, celui qui conviendra le mieux.

Par ailleurs, photographier un sujet de couleur claire simplifiera bien entendu la tâche. S’il s’agit d’une personne, il sera utile qu’elle porte des vêtements de couleur claire. Cette couleur devra s’accorder autant que possible avec l’arrière-plan.

Pour l’aspect technique (ouverture, vitesse, ISO), faire confiance aux automatismes de l’appareil peut se révéler… désastreux ! Il va avoir tendance à exposer « correctement » selon ses algorithmes, mais c’est précisément ce que l’on ne veut pas ! Il va donc falloir choisir entre :

  • shooter en automatique, mais en utilisant le correcteur d’exposition (+1 à +2IL, voire davantage),
  • shooter en mode manuel en modifiant les paramètres que fournit l’appareil en mode auto.

Dans la plupart des cas, plusieurs essais seront probablement nécessaires avant de parvenir au « bon résultat ». Précipitation interdite : il faut prendre son temps !

Et, enfin, un principe qui nous guide en toutes circonstances : shooter obligatoirement en RAW de manière à préserver au maximum les opérations qui suivront en post-traitement.

Si la prise de vue se fait en extérieur, noter qu’un temps comme on en subit beaucoup en région parisienne (ciel « blanc », absence de soleil) est plutôt favorable à ce genre de photo. L’absence d’ombres marquées est un avantage certain, y compris sur les visages ! Le cas échéant, l’usage d’un réflecteur peut rendre des services pour les atténuer, voire les supprimer.

Après la prise de vue

Quel que soit le soin apporté au moment de la prise de vue, il sera impossible d’échapper à quelques opérations de post-traitement. En effet, il serait bien étonnant de réussir du premier coup, dès la prise de vue, une photo high-key parfaite. Du reste, on sait bien que la perfection n’existe pas et que chacun a sa propre idée sur la question.

Donc, post-traitement obligatoire. Mais attention : il va falloir se montrer soigneux(euse) et avoir l’index léger sur les curseurs. Là, les goûts de chacun jouent, sans doute, jamais on ne fait une photo que pour soi-même. Il faut qu’elle soit vue aussi par d’autres personnes dont les goûts peuvent être très différents.

Comme dans tous les autres domaines de la photo, se construire un style personnel demande du temps et une technique sûre. Il faut rester cependant ouvert aux autres regards.

Post-traitement d’une photo high-Key

Bien sûr, ce post-traitement va essentiellement porter sur la lumière. La lumière sur le sujet, mais aussi sur le fond. Un fond cramé, tout blanc, n’est évidemment pas souhaitable : voir la photo ci-avant. Rappelons qu’il faut faire en sorte de garder du détail, même dans les zones très claires de l’arrière-plan. Dans le même temps, il faut permettre une lecture sans équivoque du sujet principal. C’est en remettant sans cesse l’ouvrage sur le métier qu’on finit par acquérir le style équilibré qu’il faut rechercher.

Difficile de donner des conseils précis. Mais il est indéniable qu’il faut avoir de bonnes connaissances sur la gestion de la lumière pour parvenir à des résultats harmonieux. Et tous les logiciels de post-traitement sont dotés des fonctionnalités nécessaires sur ce point. Celui qu’on a l’habitude d’utiliser conviendra donc parfaitement.

D’autres photos high-key

 

pkb_Expo_Extreme
Un cygne en colère
pkb_Expo_Extreme
« Cité » parisienne

 

Une dernière, entièrement finalisée en post-traitement :

pkb_Expo_Extreme
Le moineau

La photographie low-key

Les principes généraux du low-key

Une photo « low-key », en termes de résultat (seulement de résultat !), c’est l’inverse d’une photo high-key : on y privilégie les tons sombres. Le noir absolu est peut-être à limiter en raison de son inconvénient le plus évident : il masque tous les détails et nuances. On peut en avoir sur la photo, mais le sujet doit rester suffisamment visible et… lisible !

Le high-key apporte à la photo légèreté et (en principe !) douceur. Le low-key apporte, lui, un côté dramatique, austère parfois, et plus de profondeur. Peut-être même une certaine « dureté ».

Les courbes de l’histogramme d’une photo low-key se situent majoritairement sur la gauche, du côté des basses lumières.

Les adeptes de la nature morte sont souvent des utilisateurs de cette technique de prise de vue, tout comme les portraitistes. Le point essentiel, c’est que le regard se concentre sur le sujet, sur ce qui reçoit la lumière la plus importante. Le reste participe seulement à l’ambiance.

Une photo « low-key » et son histogramme :

pkb_Expo_Extreme
Des Geris… au travail !
pkb_Expo_Extreme
… et l’histogramme correspondant

À la prise de vue

Là encore, ce qui importe, c’est la lumière, même s’il en faut beaucoup moins. Du reste, le plus souvent, une source de lumière unique convient parfaitement. Mais il faut qu’elle soit bien placée et bien dirigée selon ce que l’on souhaite mettre en valeur. Il faut aussi pouvoir, le cas échéant, la moduler ou l’atténuer. Et, surtout, veiller à ce qu’elle n’éclaire pas l’arrière-plan !

Si l’on photographie une personne, l’inviter à porter des vêtements sombres permettra de se rapprocher du résultat à rechercher. Accessoirement, cela évitera de se torturer les méninges lors du post-traitement.

Là encore, techniquement parlant, il vaut mieux procéder en manuel : les automatismes du boîtier ne permettraient pas d’obtenir l’exposition souhaitée : le système de mesure ne sait pas, a priori, faire autre chose que des « expositions correctes ». Sauf qu’ici encore, ce n’est pas ce qu’on lui demande puisqu’on s’écarte des sentiers battus. L’utilisation du correcteur d’exposition (cette fois vers les « -« ) pourra s’avérer utile, même si pas toujours suffisante. Et, dans ce dernier cas, il restera le recours au post-traitement.

Pour éviter la montée du bruit, essayer d’adopter une sensibilité aussi basse que possible. Pour ne pas craindre le flou de bougé (la vitesse sera sans doute assez basse), l’utilisation d’un trépied sera utile, voire indispensable. Tout comme l’utilisation d’une télécommande ou du retardateur. Penser aussi à vérifier l’histogramme de la photo prise afin, le cas échéant, de modifier correctement le paramétrage pour les prises suivantes.

Après la prise de vue

Il serait bien étonnant cette fois encore, à moins d’avoir beaucoup de chance ou de posséder un talent inné, que la réussite soit au rendez-vous dès le premier « clic » sur le déclencheur. Même après avoir pris beaucoup de soin à déclencher, il faudra améliorer ou peaufiner le résultat avec quelques opérations de post-traitement.

Post-traitement d’une photo low-key

Il est probablement plus important (en volume de travail), que le post-traitement d’un high-key. Si la prise de vue est imparfaite (ne nous leurrons pas : c’est souvent le cas !), il faudra en PT accentuer les contrastes et valoriser encore plus le sujet. Cela peut passer par la gestion des lumières et le réglage de l’exposition, évidemment, mais aussi par un réglage judicieux de la balance des blancs. Et, sur ce point, on rappelle une fois encore l’importance de shooter en RAW. C’est le mieux pour bénéficier de la plus grande latitude de traitement.

Difficile, pour le reste, de donner des conseils précis, car ils varieraient dans les mêmes proportions que les situations et sujets rencontrés qui, par hypothèse, sont en nombre infini. Il faut donc se fier à ses propres impressions, ses propres goûts pour espérer emporter l’adhésion des lecteurs de la photo. Et ne pas nourrir de complexes si certains ne sont pas d’accord : tout le monde ne partage pas forcément les mêmes goûts.

D’autres photos low-key :

pkb_Expo_Extremes
La forêt
pkb_Expo_Extreme
Concentration moderne

 

En fin de compte

High-key et low-key ne sont probablement pas les formes de la photographie les plus couramment pratiquées. C’est normal s’agissant de techniques extrêmes de gestion de la lumière. Et c’est justement parce qu’on atteint des extrêmes qu’il faut se monter aussi pointilleux(euse) que possible au moment de la prise de vue afin de minimiser, autant que possible, les opérations de post-traitement. Dans bien des cas cependant, ces dernières s’avéreront indispensables et décisives.

2 réponses

  1. Merci pour ce post très intéressant.
    Bravo pour les photos de Gerridés. J’ai toujours échoué dans ce domaine 😉

    1. Bonjour et merci pour ce message.
      Les gerris ont été photographiés au DA* 300/4. Il a fallu juste éviter leurs mouvements extrêmement rapides et attendre les moments de « stabilité ». Mais alors il faut être prêt !

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