Le droit à l’image et le droit à la liberté d’expression. Un sujet déjà abordé dans le passé, mais une piqûre de rappel me semble nécessaire, alors que les beaux jours sont bel et bien là. Étant adepte de la street photography, il m’arrive très régulièrement de shooter dans la rue, et donc de prendre des inconnu(e)s en photo. Évidemment, il m’arrive d’être interpellé par des personnes qui souhaitent m’interdire cette pratique sous le prétexte de leur droit à l’image.
La question qui se pose donc est la suivante :
Ai-je le droit de photographier des inconnus ?
La réponse est OUI !
On va arrêter les fantasmes et autres méconnaissances du droit en France. On peut librement photographier des inconnus dans des espaces publics. Cela relève du droit de ‘la liberté d’expression« . Personne ne peut vous l’interdire, même ceux qui arrivent menaçants et qui vous ordonnent d’effacer les images. À noter que cela vaut aussi pour les forces de l’ordre. Nous avons le droit de photographier la police, les gendarmes, les CRS, etc. C’est sûr que, si l’un d’eux vous menace d’un coup de matraque, vous n’aurez pas peut-être pas la même réaction. Néanmoins, il faut garder en tête que prendre des clichés dans des espaces publics est totalement autorisé, libre.
Mais, je m’appartiens !
« Monsieur, effacez immédiatement la photo que vous avez prise sans mon consentement. Vous n’avez pas le droit ! »
Que les photographes de rue qui n’ont jamais entendu cette phrase lèvent la main. Il me sera facile de les compter. Précédemment, j’ai abordé le fait qu’on peut tout librement photographier dans des espaces publics. Ceci étant établi, se pose la question du fameux « droit à l’image« . Une notion matraquée par le photographié qui souhaite s’opposer à votre liberté de prise de vue.
Contrairement à ceux qui croient que le droit à l’image interdit aux gens de prendre des images, il n’intervient en réalité que lors de la publication, de la diffusion de la photo. Jamais à la prise de vue ! Et encore, ce sera selon les circonstances.
Personne ne peut vous interdire de prendre des photos de lui dans un espace public, ni même exiger de les effacer. Ce n’est que la loi et le résultat de son application dans les différents tribunaux.
Un conflit entre liberté d’expression et droit à l’image
Le droit à l’image, c’est au moment où je voudrais publier (quel que soit le moyen) les clichés que je devrais me poser les bonnes questions. Enfin, surtout, la seule et unique bonne question :
Ce cliché porte-t-il préjudice à la (ou aux) personne(s) présente(s) sur l’image ?
Je ne peux, je ne dois pas diffuser une photo dans deux cas de figure :
- L’image est dégradante pour la/les personnes et elle porte atteinte à la dignité humaine.
- L’image peut nuire à l’individu (par exemple, s’il est photographié aux Antilles alors qu’il est censé être en arrêt maladie) et vous la diffusez en toute connaissance de sa situation.
Attention, en droit français, ce sera au plaignant de prouver cette connaissance et donc votre volonté de nuire.
Tout récemment, il y a eu un cas d’école. Lors d’un concert de Coldplay, un couple a été filmé s’embrassant. Évidemment, il s’agissait d’un couple illégitime, chacun d’eux étant marié de son côté. Une liaison découverte sur des écrans géants par hasard. Ne connaissant pas la législation locale, je ne peux deviner la suite judiciaire. Mais en France, sauf si le réalisateur avait une intention précise de nuire, ce qu’il conviendra de démontrer, la plainte serait déboutée.
Dans les autres cas, la liberté d’expression est gagnante et vous avez totalement le droit de publier.
Derniers détails
Contrairement à ce que veulent faire croire les gardiens des parcs parisiens, qui ne font que répéter (ou inventer) des directives de la mairie, je suis libre de tout photographier à l’intérieur des parcs ! Ils ne peuvent pas l’interdire. Les règlements municipaux sont illégaux.
Autre point, seuls les officiers de police judiciaire (les OPJ) sont autorisés à mener une perquisition ! Fouiller vos sacs est une perquisition. Aucun gardien, aucun vigile n’a ce droit. Ils peuvent tout juste mener une inspection visuelle, sans y mettre les mains. Or, les abus de la part de certains sont légion !
Bref, sortez, et allez prendre des photos tranquillement.




2 réponses
Bonjour F. très bon article mais, vraiment, très, trop, optimiste… Cet article n’est applicable que, SEULEMENT, lors d’un post dialogue, avec les sujets photographiés, à l’insu de leur plein gré, dotés d’une certaine dose de bon sens et de civilité… SEULEMENT !!! En effet, même en shootant lors de manif’s, à Paris, je me suis vu interpelé très violemment par de parfaits inconnus que j’aurais, soi-disant photographié. Après quelques minutes de discussion à propos du droit à l’image et en expliquant ce que le cœur de l’article révèle, je me suis vu sommé une ferme, très ferme, obligation de supprimer les-dites images ! Refus de ma part et déchaînement, immédiat, d’insultes en face !!! Ceci, aussi bien, de la part de ♂ que de ♀ … Vu ma taille (et un certain entrainement ☺), pas grand-chose à craindre mais quand même ! Tout le monde n’est, sûrement, pas comme ça mais dans 80% des cas, je pense que c’est CE résultat auquel il faut s’attendre, malheureusement… Je n’ai qu’un seul souvenirs, précis, d’un shoot qui ce soit bien passé : Lors d’une manif du côté de la gare du Nord, je croise UNE CRS équipée de la tête aux pieds de l’armure de service, accompagnée d’un collègue, un géant, équipé lui aussi, de la même tenue. Je m’approche et demande à cette CRS si je peux la shooter en précisant qu’elle a des yeux magnifiques, que le reste devait être au même niveau… Mais que son accoutrement ne me permettait, hélas, que de croiser son joli regard ! J’ai lu sa surprise et son désappointement à son mouvement de recul, puis son collègue a éclaté de rire en disant : Ben mince, c’est pas à moi qu’on demanderait ça… Pour finir, la jeune femme s’est détendue et j’ai pu obtenir UNE photo ! Voilà, la prudence s’impose, donc, lors d’un shooting dans la rue, malgré LA LOI que tout le monde ignore !!! Amitiés aux 2 du photoKlub.
Bonjour. Il ne s’agit pas d’être optimiste ou pas. L’article n’est pas là pour expliquer comment réagir selon les types de situation rencontrés. Le but est de communiquer les bonnes notions en ce qui concerne la liberté d’expression et le droit à l’image. Évidemment, je m’adresse ici surtout aux photographes. Au moins, ces derniers les auront.
Sur les personnes dans la rue qui s’y opposent :
– ce sont des gens paisibles et quelques explications suffisent.
– ce sont des personnes hostiles et il convient de gérer autrement, selon le contexte. Il est d’ailleurs amusant de constater que, pour reprendre la situation évoquée, certains manifestants veulent pour eux la liberté d’expression sans l’accorder aux autres ! Intolérances des idées quand tu nous tiens.
Cela fait plus de 20 ans que je pratique la street. J’ai appris à me méfier de certaines situations. Et les manifs, j’essaye d’en rester éloigné, même si j’en ai fait. Tout n’est pas rose, mais savoir ce que l’on peut faire ou pas, ça aide.