Des photographes mexicaines

Dans un article du 5 juillet 2017, nous avions évoqué quelques photographes d’Amérique centrale. Parmi, eux trois photographes mexicains, des hommes, mais aucune femme.

Réparons aujourd’hui cet « oubli », avec la présentation de trois femmes photographes mexicaines ayant exercé (ou exerçant encore) au Mexique. Nous irons même un peu plus loin en ajoutant deux femmes photographes d’origine étrangère au Mexique mais qui en on fait leur pays d’adoption.

La photo mexicaine n’est probablement pas la plus connue en Europe et, probablement, encore moins s’agissant de la photo féminine. Peu d’expositions ou autres manifestations qui permettraient de s’y intéresser de près. Pourtant, ces femmes ne manquent certes pas de talent, et leur pratique de la photographie prouve qu’elles ont « des choses à dire ».

Nota : Pour des raisons de droits, peu ou pas d’images seront proposées dans cet article, mais, chaque fois que possible, des liens seront fournis vers des sites autorisés à en publier.

Lola Álvarez Bravo (1903-1993)

Biographie

Elle est née en 1903 (certaines sources disent 1907) à Lagos de Moreno, ville à environ 400 km au nord-ouest de Mexico, sous le nom de Dolores (Lola) Martínez de Anda. C’est par son mariage, en 1925, avec Manuel Álvarez Bravo qu’elle est « devenue » Lola Álvarez Bravo. Mariage assez bref, puisqu’elle quitte son mari en 1934. Le divorce sera prononcé en 1948. Mais c’est durant cette union que Manuel a initié son épouse à la photographie.

Désormais « libre », elle développe sa pratique – et sa carrière – dans différents médias avant de créer, dans un garage qu’elle a loué, une galerie d’art contemporain. Elle y a exposé, notamment, des œuvres de Frida Kahlo et d’autres grands artistes mexicains. Elle continue cependant de pratiquer la photographie, jusqu’à ce qu’elle en soit empêchée par une cécité survenue alors qu’elle est âgée de 79 ans.

Peu exposée de son vivant, on note un hommage qui lui a été rendu, en 2015, en France, à la Maison de l’Amérique Latine.

Style et thèmes

Son œuvre est essentiellement consacrée à la condition féminine (particulièrement celle des indiennes), à la culture mexicaine mais aussi au portrait. Elle a réalisé, notamment, des portraits d’amis artistes (i.e. Frida Kahlo) et d’écrivains (i.e. Carlos Fuentes). Par ailleurs, de 1930 à 1950 environ, elle a réalisé de nombreux photomontages.

Plus directe et moins métaphorique que son ex-mari, elle capture néanmoins une profonde sensibilité poétique. Ses photographies, basées sur une maitrise affirmée du cadrage, combinent modernisme formel et engagement social.

Œuvres notables

  • Portraits de Frida Kahlo et Diego Rivera
  • « El Sueño de los Pobres » (« Le rêve des pauvres ») (1935) – série sur les enfants des rues
  • « Unos suben y otros bajan » (« Les uns montent, les autres descendent ») (1940) – traite des inégalités sociales

Quelques photos sont visibles ICI.

Graciela Iturbide (née en 1942)

Biographie

Née à Mexico en 1942, María Graciela del Carmen Iturbide Guerra est l’une des photographes mexicaines les plus célèbres. Elle a étudié avec Manuel Álvarez Bravo dans les années 1970 et a développé son propre langage visuel distinctif. Cependant, elle a aussi été influencée par Tina Modotti. Pendant de nombreuses années, elle a exercé dans plusieurs pays étrangers : à Cuba, en Europe – RDA (Allemagne de l’Est), Hongrie, France (Paris) -, à Madagascar, en Inde et aux États-Unis Son travail a été exposé dans les plus grands musées du monde.

Elle est la mère du compositeur Manuel Rocha Iturbide

Style et thèmes

Graciela Iturbide documente les cultures indigènes du Mexique avec respect et poésie. Son travail explore les rituels, les traditions et la vie quotidienne des communautés marginalisées, particulièrement les femmes. Ses images en noir et blanc, au contraste élevé, possèdent une qualité onirique et symbolique qui va bien au-delà du simple documentaire.

Œuvres emblématiques

  • « Mujer Ángel » (1979) – femme Seri marchant dans le désert avec un magnétophone (Lien)
  • Série « Juchitán » (1979-1989) – documentation de la société matriarcale zapotèque
  • « Nuestra Señora de las Iguanas » (1979) – portrait iconique d’une femme avec des iguanes.

Flor Garduño

Biographie

Née à Mexico le 21 mars 1957, Flor de María Garduño Yanez a, elle aussi, étudié avec Manuel Álvarez Bravo et, également, avec Kati Horna, photographe mexicaine d’origine hongroise. Elle est devenue l’une des photographes mexicaines les plus reconnues internationalement, avec des expositions dans les plus grands musées du monde et des œuvres dans des collections permanentes prestigieuses.

Style et thèmes

Flor Garduño crée des images qui oscillent entre documentaire et fiction, réalité et mythe. Son travail explore la spiritualité des communautés indigènes d’Amérique latine, particulièrement la relation entre l’être humain et la nature. Ses photographies en noir et blanc possèdent une qualité atemporelle et mystique qui transcende le simple témoignage ethnographique.

Œuvres et séries notables

  • « Magia del Juego Eterno » – exploration des rituels et traditions ancestrales. Dans ce livre de photos, elle montre la culture indigène, empreinte de religiosité, dont la pratique confine presque à la magie.
  • « Bestiarium » est une série sur la relation homme-animal dans les cultures indigènes. Flor Garduño y présente de nombreux animaux, chacun d’eux étant rattaché à une divinité particulière.

Le lien donne accès à de nombreuses images de la photographe.

Nous avions dit « 3 femmes photographes mexicaines ». Voilà qui est fait. Cependant, il nous a paru injuste de passer sous silence d’autres femmes qui, bien que n’étant pas nées mexicaines, ont apporté des contributions importantes à la culture de leur pays d’adoption.

Mariana Yampolsky

Née de parents russes, à Chicago, le 6 septembre 1925, Mariana Yampolsky s’est installée au Mexique en 1944 et a acquis la nationalité mexicaine. Elle a travaillé comme photographe, graveuse et éditrice, devenant une figure centrale de l’art mexicain du XXe siècle. Elle a passé plus de 50 ans à documenter la culture populaire mexicaine.

C’est sous sa direction que Flor Garduño a publié des manuels scolaires issus pour partie de ses voyages dans les campagnes mexicaines.

Elle est décédée à Mexico le 3 mai 2002.

D’autres éléments de sa vie sur ce site, en langue espagnole.

Style et thèmes

Mariana Yampolsky a créé un corpus remarquable sur l’architecture vernaculaire, l’artisanat et les traditions rurales mexicaines. Ses photographies célèbrent la beauté trouvée dans la simplicité de la vie quotidienne et dans les détails architecturaux. Son regard étranger devenu profondément mexicain offre une perspective unique sur la culture populaire.

Œuvres importantes

  • Nombreux livres sur l’architecture et l’artisanat mexicains
  • « La Casa que Canta » – documentation de l’architecture populaire (un document .pdf de 196 pages peut être téléchargé ICI)
  • Documentation extensive des communautés rurales mexicaines

Un autre exemple d’une « étrangère », citée plus haut, devenue mexicaine :

Kati Horna

Biographie

Née Katalin Deutsch Blau en Hongrie le 19 mai 1912, Kati Horna a vécu à Paris dans les années 1930. Elle a documenté la Guerre civile espagnole, avant de s’exiler au Mexique en 1939. C’est dans ce pays qu’elle a développé une œuvre photographique unique mêlant surréalisme, photographie expérimentale et documentation sociale jusqu’à sa mort le 19 octobre 2000. Elle aussi a servi de mentor à Flor Garduño.

Trop rarement représentée en Europe ces dernières années, le Jeu de Paume lui avait consacré une exposition en 2014.

Style et thèmes

Kati Horna a créé un univers visuel profondément personnel, influencé par le surréalisme européen, mais transformé par son expérience mexicaine. Elle est connue pour ses mises en scène avec des mannequins et des masques, ses photographies expérimentales, ainsi que pour ses images de la vie quotidienne mexicaine. Son travail explore l’aliénation, l’enfance et la condition féminine.

Œuvres emblématiques

  •  Photographies de la Guerre civile espagnole (1937-1938)
  •  « Oda a la Necrofilia » – collaboration avec l’écrivain José de la Colina (  )
  •  Séries surréalistes avec mannequins et masques

 


 

La photographie mexicaine est bien plus riche qu’on ne le pense parfois en Europe. Les femmes y occupent une place importante qui mérite d’être soulignée. Nous n’avons ici évoqué que 5 parmi les plus connues, mais bien d’autres ont fait vivre ou font toujours vivre l’art photographique. Des noms ?

  • Colette ALVAREZ URBAJTEL (1934-2020), photographe franco-mexicaine, veuve de Manuel Alvarez Bravo ;
  • Yolanda ANDRADE, née en 1950, photographe féministe ;
  • Lourdes GROBET (1940-2022) qui a, notamment, photographié des catcheurs et le milieu de la lutte.

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