Comme chacun peut le constater, beaucoup de constructeurs de matériel photo proposent des objectifs macro à focale courte, égale ou inférieure à 35 mm. Nous ne les listerons pas ici : une visite sur les sites de constructeurs donnera une idée du catalogue en la matière. D’aucuns trouvent cela étrange. Entre les problèmes d’utilisation et les avantages éventuels, voici une réponse à la question « Pourquoi des objectifs macro à courte focale ? »
Difficultés d’utilisation d’un 35 mm macro
La distance de travail
Le corollaire d’une focale courte est une distance de travail très courte, du moins au rapport 1:1 qui est le premier vrai rapport macro. La distance minimale de mise au point (calculée du capteur au sujet) est alors souvent de moins de 15 cm (sans accessoire tel que bague-allonge ou convertisseur). La distance entre le sujet et la lentille avant de l’objectif est, quant à elle, de quelques centimètres, parfois moins de 5 cm. Les inconvénients qui en résultent sont alors nombreux :
- Les sujets, quand il s’agit d’insectes, sont facilement effrayés et s’enfuient
- L’objectif peut créer des ombres, malvenues, sur le sujet
- Il devient très difficile d’installer, quand c’est nécessaire, une source d’éclairage complémentaire
- Le risque d’endommager le sujet ou l’objectif augmente sensiblement
- Les flashes annulaires, conçus pour des focales plus longues, peuvent créer des surexpositions.
La profondeur de champ
À ces focales, en macro, elle est extrêmement faible, de l’ordre de quelques millimètres, parfois moins, ce qui complique la mise au point. Inutile de préciser qu’alors l’AF n’est pas d’un grand secours, bien au contraire. Rappelons que si la course de la bague de mise au point sur les objectifs macro est nettement plus longue que sur les objectifs « normaux », c’est pour plus de précision, en priorité manuellement. Bien souvent, l’AF est très hésitant sur des sujets à courte distance et, finalement, le temps de la mise au point est plus long. Un utilisateur avec un peu d’expérience fera une mise au point manuelle avec pour avantages :
- un délai plus court ;
- un choix éclairé de l’endroit précis où la réaliser ;
- un silence de fonctionnement nécessaire en présence de sujets craintifs.
Cette photo d’une étiquette sur une bouteille de vin* illustre la faible profondeur de champ. La mise au point a été faite sur la fleur de lys. La courbure de la bouteille fait que les parties droite et gauche de l’étiquette apparaissent floues. C’est particulièrement visible sur les inscriptions.
(*) À consommer avec modération, bien sûr !
La distorsion
Une courte focale engendre généralement un effet de perspective très prononcé. D’où l’apparition possible de distorsion. En outre, le premier plan peut s’avérer disproportionné par rapport à l’arrière-plan.
Faut-il, pour autant, renoncer à utiliser de tels objectifs ? La réponse est évidemment « NON ». Voici pourquoi !
Une utilisation intéressante à bien des égards
On pourrait trouver un contrepied à chacune des affirmations ci-dessus, ou presque.
Sur la distance de travail et le contexte
On ne se contente pas d’observer le sujet de plus ou moins loin : on fait corps avec lui. Mais, dans le même temps, on conserve une portion plus large de son environnement. Si le bokeh est moins prononcé qu’avec des focales plus longues (mais pas toujours), ce n’est pas obligatoirement un inconvénient. Si l’on sait en jouer, cela permet, par exemple, de situer un insecte dans son environnement (i.e. une fleur). Cela permet de « raconter une autre histoire » qu’avec un fond complètement flou.

La profondeur de champ
À rapport de reproduction égal, une courte focale offre théoriquement une profondeur de champ légèrement plus grande qu’une longue focale, ce qui peut faciliter la mise au point sur de petits sujets tridimensionnels (un coléoptère, une pièce de monnaie, un composant électronique) sans que l’arrière-plan bascule immédiatement dans le flou. Attention, il en ira différemment si vous voulez shooter un agrion de face (ou quasiment) tout en gardant une bonne netteté jusqu’au bout extrême de son corps. Le seul moyen d’y parvenir serait alors d’utiliser la technique du focus stacking. Attention : les liens contenus dans cet article, maintenant ancien (10 ans), ne sont peut-être plus d’actualité.
La perspective
Selon le sujet photographié, la courte focale peut entraîner des déformations intéressantes. Une tête d’insecte peut le faire ressembler à un extra-terrestre.
L’encombrement
Un objectif macro 35 mm est généralement plus compact et léger qu’un 90, 100, 150 ou 180 mm équivalent. Pour un photographe voyageur ou de terrain qui ne souhaite pas multiplier les objectifs, c’est un avantage réel. Certains objectifs de ce type font également office d’objectifs polyvalents corrects pour la photo de rue ou de reportage malgré une mise au point généralement plus lente. N’oublions pas que, sur capteur APS-C, un 35 mm cadrera, selon le facteur de conversion, comme un objectif de 52 à 56 mm environ sur capteur FF.
En définitive, pour qui ?
Ce type d’objectif s’adresse prioritairement aux photographes de macro créative, de produits (bijoux, pièces de monnaie, timbres, petites pièces d’horlogerie ou d’électronique, etc.), d’art graphique, ou de nature documentaire. Il demande une approche plus physique et engagée, presque instinctive. Il récompense ceux qui acceptent sa contrainte principale (s’approcher vraiment) par des images d’une intimité et d’une puissance visuelle singulières.
Mais il va de soi que, selon les sujets et les conditions, on peut aussi l’utiliser pour photographier certains insectes, des araignées, des fleurs, etc. C’est d’ailleurs l’utilisation que j’ai faite de mon Pentax DA 35 mm f/2.8 Macro Limited, venu épauler deux autres objectifs macro de focale plus longue.
En résumé, l’objectif macro à courte focale n’est pas un substitut au 100 mm classique : c’est un outil à part, avec son « langage visuel » propre.




2 réponses
Merci Micaz pour cet excellant article.
Le résumé est très pertinent.
En macro je travaille avec les distances focales suivantes : 35 ; 50 ; 100 et 180 mm
Aucune de ces distances focales n’est supérieure aux autres, je les choisis en fonction de leur langage visuel propre, et de ce que je souhaite obtenir.
Bonjour CYv
Heureux de voir que nous partageons les mêmes conclusions ! Si tous ces matériels différents existent, c’est bien parce qu’ils correspondent à des pratiques différentes.