Friture entre constructeurs ? Mais lesquels ? Et de quoi parle-t-on ? D’un côté, il y a Canon, Nikon, Sony et les autres, des producteurs de boîtiers et d’objectifs, de l’autre, des fabricants indépendants d’optiques, qui font des produits à destination des premiers. Ils cohabitent depuis longtemps, chacun semblant y trouver son compte. Enfin, surtout les consommateurs qui pouvaient acheter du matériel aux performances souvent similaires, mais moins cher.
Les années 1980-2010
Une période de relative harmonie prévalait en ce temps lointain, pour une raison essentielle. Durant cette période, Sigma et Tamron n’avaient pas une excellente réputation. Si un photographe recherchait une optique de qualité, ce n’était pas leur nom qui venait en premier. Tout simplement parce que les produits proposés oscillaient, sur une échelle de 0 à 10, entre 0 et 6. Guère plus. Mais à l’époque, ce n’était pas aussi important qu’aujourd’hui. Car la grande majorité des pellicules argentiques 24×36 avait une résolution « réduite », le nombre de grains d’argent allant entre 1 et 6 millions. Cela dépendait de la taille du grain (plus il était fin, plus sa sensibilité à la lumière était diminuée).
Même si on ne peut pas comparer un grain d’argent à un pixel, on constate que la résolution finale est assez similaire. Avec une différence importante, la répartition des sels qui n’est pas homogène sur toute la pellicule, avec plus de concentration au centre. Sur un capteur, chaque pixel est, quant à lui, parfaitement ordonné en ligne et en colonne. Ce qui explique peut-être pourquoi, pendant longtemps, les objectifs étaient bons au centre et moins en périphérie.
Avec l’arrivée du numérique, la donne a changé. Les capteurs, devenant de plus en plus performants, ont dépassé les capacités de l’argentique. Au moins sur les formats APS-C et FF. Avant, un objectif moyen ne se détectait pas forcément avec une pellicule possédant 2 millions de grains argentiques, mais avec 10 millions de pixels, ce n’était plus la même chose. Et comme ce chiffre a rapidement évolué à la hausse, les anciennes générations se sont retrouvées très limitées.
Une décennie de montée en puissance
Aux alentours de 2010, Sigma et Tamron, quasiment seuls constructeurs tiers, se sont diversifiés selon plusieurs axes :
- une montée qualitative avec des objectifs ambitieux optiquement parlant
- des gammes parfois dédiées pour le sport ou d’autres pratiques
- des objectifs classiques concurrençant les constructeurs officiels, comme des 35, 50, 85 et autres 24-70 ou 28-70
- des objectifs atypiques, comme des 90, des 18-250, etc.
À force de rechercher la qualité, ces marques ont trouvé un public de connaisseurs, prêt à leur faire confiance sur de nombreuses optiques. C’est ainsi que beaucoup se sont interrogés sur le fait d’acheter absolument leurs objectifs chez la marque constructeurs. Surtout si ailleurs, c’est aussi bien !
Avant l’arrivée du Pentax 16-50/2.8 HD PLM, il y avait son prédécesseur de même range et presque de même nom. Ayant eu le Sigma 17-50/2.8, je peux dire que ce dernier est au moins aussi bon, voire meilleur. Il existe d’autres exemples du même type.
On notera que la fin de décennie 2010 et le début de celle de 2020 ont vu la production d’objectifs pour reflex traditionnel s’amenuiser, s’arrêter. Tous les objectifs sont désormais conçus et produits pour les hybrides. Il y a là une nette cassure. D’ici 2 ans, il ne devrait plus y avoir d’objectifs pour reflex à leur catalogue.
Les hybrides, point de rupture
Les constructeurs ont eu la riche idée de changer la monture de leurs hybrides. Sony (monture E en 2010), Nikon (monture Z en 2018) et Canon (monture RF en 2018) ont fait le choix technique d’abandonner l’existant au profit de produits plus modernes, plus adaptés aux capacités des capteurs. Si Sony avait de l’avance, ayant tout misé dès ses débuts sur les hybrides, l’entrée de Canon et Nikon sur ce marché a été plus tardive.
Qui dit nouvelle monture dit nouveaux brevets et exclusivité. Canon et Nikon, délaissant les reflex au profit de l’hybride, ont vu une excellente opportunité pour verrouiller à leur bénéfice les ventes d’objectifs. Il suffisait pour cela de ne pas octroyer de licence d’utilisation / d’exploitation. Ou alors, une version au rabais, sans AF. En empêchant les constructeurs tiers de concevoir des optiques avec des montures RF et Z, cela a permis non seulement aux constructeurs d’obliger à l’achat de leurs objectifs, mais aussi le temps de se construire un parc conséquent, sans crainte de la concurrence.
Entre 2018 et la fin 2024, de nombreux matériels sont sortis, à un rythme assez soutenu. Ce qui permet aujourd’hui aux mastodontes de moins craindre la concurrence. Laquelle semble s’ouvrir. Mais tout doucement, très lentement.
Les années 2020, friture sur les lignes
Officiellement, tout va bien. Si l’on interroge Sigma à propos de Canon / Nikon /Sony, tout est parfait dans le meilleur des mondes. Dans la réalité, il en va sans doute autrement. Quelques exemples :
- À ce jour, Sigma propose 7 produits pour la monture Canon RF, mais uniquement pour APS-C. Et cela uniquement depuis 2024. Il n’y a rien pour le Plein Format.
- Sigma offre encore moins d’objectifs pour Nikon, uniquement 3 pour APS-C. Or, ils ont commencé à produire de la monture Z en février 2023. 3 sorties en 2 ans, cela interroge. De plus, les versions Z sont plus chères que les autres montures.
- Tamron propose 1 objectif pour Canon APS-C et 6 pour Nikon APS-C et FF. Certes, au CP+ 2025, la firme a annoncé sortir au moins 10 optiques cette année, mais comment expliquer cette différence ?
- Sony, actionnaire de Tamron à hauteur de 25 % environ, influerait-il sur certaines sorties ?
- Certains objectifs ne semblent pas pouvoir fonctionner à pleine puissance, comme s’ils étaient limités. Ainsi, les Tamron à monture E ne dépassent pas les 15i/s sur les Sony. Phototrend au CP+ 2025 a posé la question aux responsables Tamron qui ont refusé de répondre.
Ces exemples montrent bien qu’il y a quelque chose qui se passe. Soit Sigma et Tamron ont des licences d’exploitation et ils peuvent produire ce qu’ils veulent, soit ces licences sont limitées. Et dans ce cas, quelles sont les restrictions ? Quand elles sont interrogées, c’est le grand silence, hormis le fait que tout va bien. Pourtant, les parts de marché cumulées de Canon et Nikon ne peuvent pas laisser Sigma / Tamron indifférents.

Certes, un objectif pour une monture est différent du même pour une autre monture. On peut les considérer comme similaires, mais pas identiques. Ne serait-ce que par l’implémentation du contrôle du moteur de mise au point. Cela demande donc un peu de travail pour adapter. Mais la formule optique reste la même, comme la conception technique. Ce ne sont pas des facteurs pouvant expliquer du retard important.
Tout indique dès lors qu’il existerait de vraies raisons pour expliquer cette situation. Vous avez dit friture sur les lignes ?
Et les autres constructeurs tiers ?
Nous nous sommes focalisés uniquement sur les deux acteurs historiques. Tokina, autre acteur historique, semble avoir désormais une activité réduite. À leur côté, depuis quelques années, on a vu de nouvelles marques apparaître, essentiellement chinoises. Au hasard, je citerais Laowa, Samyang, 7Artisans, TTArtisan ou encore Viltrox.
On y trouve de tout, surtout des focales fixes atypiques, comme des 10 mm, 27 mm, 60 mm, etc. Il y a assez peu de zooms. Majoritairement, les objectifs sont manuels, très peu proposant un AF. Les montures vont du M au Z, avec très peu de RF et quasiment rien en K.
Difficile aujourd’hui de se faire une vraie idée de leurs productions et des accords passés avec les grandes marques. Mais elles restent à suivre, avec une attention particulière sur Viltrox qui semble vouloir se faire un nom ces prochaines années.
2025 pourrait être une période charnière. Soit la friture s’atténue et on verra plus de produits apparaître, soit elle continue en l’état, provoquant de vraies questions de survie pour certains. À suivre.

4 réponses
Ayant la volonté d’acheter un K-1 Ⅱ, j’ai regardé ce qui ce faisait en monture K chez ces constructeurs tiers. Comme dans l’article, je ne crois pas qu’un zoom standars soit disponible, je n’ai trouvé que du Laowa, Samyang, TTArtisan. Focal fixe, et MF pour la très grosse part. Sinon en furetant sur Digit-Photo, ils présente du Meyer Optik Görlitz. La aussi, focales fixes, et MF. Sinon du M42 aussi, avec des profils similaires comme cité avant.
Cet article s’intéresse surtout à la situation actuelle, très orientée vers les hybrides, et la guéguerre oppasant Sigma/Tamron à Canon/Nikon et un peu Sony.
La situation de Pentax ayant été maintes et maintes fois abordée dans le passé, du temps de PentaxKlub, on a pas voulu encore tirer une fois de plus sur l’ambulance.
Merci F. pour cet article. Dans cette époque charnière, il est vraiment le bienvenu.
Je suis curieux de voir ce que va produire Tamron en 2025-6
L’avenir nous éclairera. Je surveille les articles de photoklub. Photoklub est réactif et le choix des articles sont pertinents. Photoklub va devenir un site de référence. Pour moi il est déjà.
Merci pour les compliments. On essaiera d’être plus réactif (vu l’actualité faible coté Pentax et celle du monde la photo en général, cela devrait être plus simple, même si à 2 c’est pas facile à gérer).
Pour Tamron, sur les années à venir, les dirigeants ont été clairs : plus de production pour reflex, uniquement pour hybrides, avec un élargissement à la monture RF en priorité (des désaccords subsistant avec Nikon). Comme pour Sigma.