D’autres femmes photographes de guerre

Pourquoi ce titre « D’autres femmes photographes de guerre » ? Tout simplement parce que PentaxKlub a déjà présenté à ses lecteurs, en 2017, un article sur les femmes photographes de guerre.

À cette occasion avait été brossé le portrait de 6 femmes photographes ayant œuvré dans des zones de conflits.

Cette fois, nous allons vous présenter 5 autres femmes photographes de guerre. Il est à noter qu’elles ont fait l’objet d’une exposition, avec d’autres consœurs, de mars à décembre 2022, au Musée de la Libération – Musée du général Leclerc – Musée Jean Moulin à Paris. Pour nos lecteurs qui seraient intéressés par le catalogue de cette exposition, il est édité par Paris-Musées et a pour référence ISBN 978-2-7596-0521-7. Son prix est de moins de 20 €. Il est possible de le commander sur certains sites et/ou librairies.

Qui sont les photographes de guerre

Lorsqu’on évoque les photographes de guerre, on ne parle, le plus souvent, que des correspondants de guerre masculins. Comme pour accréditer l’idée selon laquelle seules des personnes du sexe masculin, le « sexe fort » (ou prétendu tel), peuvent exercer ce métier dangereux et nécessitant beaucoup de courage.

On s’aperçoit que, dans la réalité, beaucoup de femmes exercent aussi ce métier. Et leur courage n’est pas moindre que celui de leurs homologues masculins. Pour s’en convaincre, une première constatation vient à l’esprit : de nombreux correspondants des médias sur les « théâtres d’opérations » sont des femmes. Cet état de choses saute aux yeux lorsqu’on regarde les actualités, sur les chaînes de télévision, et notamment dans les reportages sur la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Certes, elles ne sont pas toujours photographes. Mais elles ont le courage de faire leur métier parmi les soldats en armes, et les risques qu’elles prennent sont tout sauf dérisoires. Du reste, elles portent quasi systématiquement des gilets pare-balles.

Autre constatation : on ne trouve pas que des hommes dans le personnel technique qui assure les prises de vue lors de ces reportages.

Qu’un hommage appuyé soit ici rendu à ces femmes et ces hommes !

Quelques femmes photographes de guerre.

Loin de tout classement chronologique (et encore moins « hiérarchique »), nous vous les présenterons dans l’ordre alphabétique de leur patronyme.

Carolyn COLE

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Carolyn Cole, en Septembre 2007 à Perpignan « Visa pour l’Image »
Photo © Picture-Alliance/KEYSTONE | NIKLAUS STAUSS

Américaine, elle nait le 24 avril 1961 à Boulder, ville de l’État du Colorado. Elle étudie initialement le photojournalisme à l’université du Texas, dont elle sort diplômée en 1983. Elle intègre ensuite une école de communication visuelle à l’Université de l’Ohio., où elle obtient un « Master of Arts » (Maîtrise ès Arts ».

Sa carrière de photographe commence en 1986 et elle l’exerce dans divers médias au Texas (El Paso) puis en Californie (San Francisco et, plus tard, Los Angeles). Ses photos commencent à attirer l’attention, notamment celles réalisées en Haïti et en Russie. Une première reconnaissance intervient en 1997 lorsqu’elle photographie une fusillade entre la police et un « braqueur » de banque : ses photos ont permis à son journal de remporter un prix Pulitzer.

À la fin des années 1990, on la retrouve en Irak, puis au Kosovo et en Afghanistan.

Elle remporte un prix Pulitzer en 2004 pour sa couverture des émeutes de 2003 au Liberia. Elle y met en lumière les difficultés immenses rencontrées par les personnes impliquées, malgré elles, dans un conflit dont elles n’étaient pas parties prenantes.

Carolyn Cole a couvert de nombreux autres évènements comme le conflit israélo-palestinien, le soulèvement au Kenya, ce qui lui a valu de nombreuses récompenses :

  • prix Pulitzer en 2004
  • Médaille d’or du prix Robert-Capa (2003 / 2004)
  • World Press Photo de l’année en 2003, 2004 et 2007.

À noter aussi qu’elle a été 5 fois finaliste du Prix Pulitzer.

Elle vit à Los Angeles.

Photo prise par Carolyn Cole en Irak

Quelques photos sont visibles sur ce site ou sur un compte Instagram.

Françoise DEMULDER

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Photo : Hans Peters / Anefo

Françoise Demulder (9 juin 1947-3 septembre 2008) était une photographe française.

C’est à l’occasion d’un voyage avec son compagnon de l’époque (photographe) qu’elle se retrouve au Vietnam au début des années 1970. Sans formation photographique, elle apprend « sur le tas ». À la même époque, 2 autres femmes photographes de guerre opèrent aussi au Vietnam : Catherine LEROY (voir plus loin) et Christine SPENGLER.

Françoise DEMULDER photographie alors principalement les souffrances des populations civiles. Parallèlement, elle suit le conflit au Cambodge voisin. Comme Catherine LEROY, on la retrouve aussi plus tard au Liban, puis en Afrique (Angola).

Après une longue période de photo en noir et blanc, elle opte pour la couleur au tournant des années 1980. La fin de sa carrière se matérialise dans la couverture de la Guerre du Golfe, 2ème du nom, en 1990-1991.

Son travail était souvent axé sur les communautés marginalisées, notamment les femmes, les enfants et les immigrés. Ses photographies capturent les luttes et les difficultés de la vie quotidienne. Mais elles célèbrent également la beauté et la résilience de ses sujets.

Elle a reçu de nombreux prix tout au long de sa carrière (première lauréate féminine du World Press Photo en 1977) et a travaillé pour les agences Gamma et Sipa et pour les plus grands magazines américains

Atteinte de leucémie, elle décède le 3 septembre 2008.

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Photo : Françoise Demulder

Des images sur la galerie Roger Viollet.

Catherine LEROY

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Photo de Catherine Leroy avec deux Marines américains au Sud-Vietnam, vers 1967. (Dotation Catherine Leroy)

Catherine Leroy (1944-2006) était une photographe française connue pour son travail novateur sur les conflits et les guerres dans le monde.

Au Vietnam

Elle a commencé sa carrière en 1966, en couvrant la guerre du Vietnam en tant que photojournaliste indépendante. Sa couverture de la guerre est caractérisée par sa bravoure et sa capacité à saisir l’humanité des soldats et des civils pris dans le conflit.

Catherine Leroy a été la première femme photographe à travailler dans une zone de combat. Elle a aussi été la première femme à recevoir le prix George Polk pour la photographie de guerre. Et encore la première femme à être parachutée au combat (avec les troupes américaines de la 173ème division aéroportée) pendant des opérations militaires. Ses images emblématiques de la guerre, notamment ses photographies de soldats blessés, sont devenues quelques-unes des images les plus reconnaissables et les plus influentes du conflit. Elle a été un temps retenue prisonnière par l’armée nord-vietnamienne durant l’offensive du Têt.

Ailleurs

Elle interrompt temporairement sa carrière de photojournaliste au début des années 1970, puis reprend quand éclate la guerre civile au Liban. Toutefois, les massacres perpétrés fin 1982 au sud de Beyrouth la conduisent à abandonner progressivement la photographie de guerre. Elle se dirigera, mais sans grand succès, vers la photo de mode.

Tout au long de sa carrière, Catherine Leroy a couvert de nombreux autres conflits et guerres, qui l’ont marquée jusque dans sa chair, subissant de nombreuses blessures. Elle a également été une pionnière dans l’utilisation de la photographie couleur dans le journalisme de guerre.

Oubliée à la fin de sa carrière de photojournaliste, France Culture lui a consacré une émission en janvier 2022 que nos lecteurs peuvent encore écouter.

Atteinte d’un cancer, elle décède le 8 juillet 2006, à Santa Monica (Californie) à l’âge de 61 ans.

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Photo Catherine Leroy (Dotation Catherine Leroy)

D’autres informations et des photos sur un site qui lui est consacré et un autre site pour mieux la connaître.

Susan MEISELAS

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Susan Meiselas

La photographe et photojournaliste Susan Meiselas est née le 21 juin 1948 à Baltimore dans le Maryland. Au début de sa carrière, elle s’est beaucoup intéressée aux strip-teaseuses de New York et de la Nouvelle-Angleterre. Il en résulte plusieurs séries photographiques.

En 1976, elle intègre l’agence Magnum et travaille comme journaliste indépendante.

En 1978, elle part au Nicaragua où commence à s’organiser la révolution sandiniste. Sa couverture du soulèvement contre le régime du président-dictateur Anastasio Somoza lui vaut une première distinction en 1979 : la médaille d’or du prix Robert-Capa.

Les photos prises à ce sujet ont donné lieu à la publication d’un livre intitulé « Nicaragua, juin 1978-juillet 1979 » et sont devenues emblématiques du conflit.

Certains lui ont reproché d’utiliser la couleur pour des photos de guerre. Mais, comme pour l’expliquer, Susan Meiselas disait vouloir surtout montrer la réalité du pays (le Nicaragua), dans sa diversité et avec toute sa volonté de lutter contre la dictature. Même après la fin du conflit, elle retournera plusieurs fois dans ce pays.

On la retrouve aussi dans divers pays d’Amérique latine ou du Sud. Au Salvador, elle montre en noir et blanc l’atrocité du conflit, mais signe aussi d’autres photos en couleur.

Régulièrement, elle se rendra sur les lieux de réalisation de ses images afin d’y mesurer les éventuelles évolutions.

Actuellement, elle vit à New York.

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Une photo de Susan Meiselas : Sandinistes au Nicaragua

Des photos sur un site qui lui est consacré.

Anja NIEDRINGHAUS

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Portrait d’Anja Niedringhaus

Anja Niedringhaus (1965-2014) était une photojournaliste allemande qui a, elle aussi, couvert des conflits et des guerres dans le monde entier. Dès son adolescence elle a été attirée par la photographie et initiée aux « mystères de la chambre noire » par un ami de ses parents. Pragmatique, elle se perfectionne grâce aux livres qu’elle achète. Elle obtient d’une rédaction locale sa première commande à l’âge de 17 ans. Tout en travaillant comme photographe indépendante, elle apprend le journalisme à Göttingen. Mais, après quelques années, elle abandonne ses études pour se consacrer entièrement à la photographie.

Des débuts remarqués

Elle a commencé sa carrière dans les années 1990 et a travaillé pour l’Agence européenne de presse (EPA). Elle est d’ailleurs la première femme à être embauchée à plein temps par cette agence. Anja Niedringhaus est alors seulement âgée de 24 ans.

En 1992, elle obtient de ses chefs de partir en Bosnie pour couvrir la guerre qui a éclaté. Elle y restera plusieurs années au lieu des quelques semaines initialement prévues.

Malgré son inexpérience, elle parvient à se faire une place parmi les nombreux photoreporters alors dans le pays. Ses images des atrocités dont elle est le témoin frappent les esprits.

En 2002, elle rejoint l’Associated Press (AP), une des plus grandes agences de presse mondiales.

Une carrière mondiale

Elle opère alors sur de nombreuses zones de conflits dans le monde : Irak, Afghanistan, notamment/ Mais il lui arrive aussi de faire des reportages sur de grands évènements sportifs.

En 2004, en Irak, elle est le témoin de comportements illicites de certains soldats américains, ce qui lui vaut d’être temporairement exclue de l’unité où elle avait été admise.

Pour la couverture de cette guerre, elle recevra, avec d’autres photographes, le prix Pulitzer de la photo d’actualité.

On la retrouve en 2010 en Afghanistan. Grièvement blessée au cours d’une attaque, elle est évacuée vers l’Allemagne mais retourne sur place après quelques semaines.

Tout au long de sa carrière, Anja Niedringhaus a couvert de nombreux conflits. Ses photographies se caractérisent par leur profondeur émotionnelle et leur capacité à saisir l’aspect humain de la guerre. Elle met en particulier en valeur les expériences des femmes et des enfants. Elle photographie les personnes, quel que soit le camp auquel elles appartiennent, avec empathie et sans préjugé.

Outre le prix Pulitzer, elle a également reçu de nombreux autres prix tout au long de sa carrière. Parmi eux, le prix du courage en journalisme décerné par l’International Women’s Media Foundation.

Le 4 avril 2014 alors qu’elle était en mission en Afghanistan, en compagnie d’une journaliste canadienne, un policier afghan a ouvert le feu sur elles. Anja Niedringhaus a été tuée. Elle avait 48 ans. Grièvement blessée, la journaliste canadienne a survécu.

Aujourd’hui encore, Anja Niedringhaus continue d’inspirer et d’influencer les photojournalistes du monde entier par la puissance de ses images, leur composition rigoureuse et la sensibilité qu’elle savait y imprimer.

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Député irakien fait prisonnier par des soldats américains – Photo Anja Niedringhaus

Un site qui lui est consacré (en langue allemande) et un autre contenant de nombreuses photos.

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