Que faire avec un 135 mm ?

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Un 135 mm, après un 300 mm : pour quoi faire ?

Lorsque j’ai acheté mon premier reflex argentique, il y a plus de quatre décennies, le commerçant a été extrêmement surpris. Au lieu d’opter pour le sempiternel objectif de 50 mm f/1.7, traditionnel à l’époque et quasiment indispensable, je lui ai demandé, comme seul objectif, un petit télé de 135 mm. Ce n’était certes pas du matériel haut de gamme, pourtant, il est à ce jour encore entièrement fonctionnel ! Il s’agissait d’un boîtier Chinon CE-4s et du 135 mm f/2,8 de la marque. Plus tard, j’ai acheté (neuf) un zoom Pentax 35-70 f/2.8-3.5 et aussi (d’occasion) le 50 mm évoqué ci-dessus. Mais, entre temps, j’ai pratiqué au 135 mm sur toutes sortes de sujets, car j’aime beaucoup cette focale.

Le petit télé de 135 mm

Un objectif fixe de 135 mm est un télé-objectif court à moyen qui, aujourd’hui, a disparu du catalogue de certains constructeurs (Pentax, Tamron). Chez ceux qui en ont encore, il ne représente pas les plus grosses ventes. Mais certains constructeurs tiers récents (Viltrox, 7Artisans) en produisent, y compris en version AF, pour certaines montures.

Les photographes l’apprécient pour plusieurs raisons, notamment : compression de perspective, flou d’arrière-plan (bokeh) prononcé, et très bon piqué optique typique des focales fixes. Dans le passé, de très nombreuses marques (connues ou « exotiques ») ont proposé des 135 mm, à des prix sages et pour une qualité qui, elle, était généralement bonne à excellente. La formule optique, simple et largement éprouvée, facilitait la production d’objectifs de qualité suffisante. Des « nanars » ont, certes, existé, mais ils étaient rares. A noter que les actuels 135 mm f/1.4 de Viltrox et Sigma, pour ne citer qu’eux, présentent un rapport qualité/prix remarquable.

En voyage, la petite taille et le poids contenu d’un 135 mm (sauf pour certains modèles récents) font merveille en complément d’un zoom « à tout faire ».

Donc, un 135 mm, oui, mais pour photographier quels sujets ?

Voici quelques-uns des principaux domaines où il peut exceller, pour peu que le photographe sache en exploiter les capacités. Les photos présentées comme illustrations correspondent à l’usage personnel que j’ai fait de certains de mes nombreux 135 mm.

Portrait

C’est probablement son usage le plus courant. Et aussi celui que mes goûts photo m’ont conduit à éviter, du moins le portrait de près.

Mais il faut avouer que c’est probablement LA focale de prédilection pour le portrait serré ou en buste.

Le 135 mm est très adapté aussi pour le portrait à distance, il est moins intrusif, pour le modèle, que les 50 et 85 mm plus traditionnels.

La compression du 135 mm aplatit agréablement les traits du visage (contrairement aux focales courtes qui tendent à déformer).

Le bokeh crémeux isole parfaitement le sujet du fond, même en environnement chargé (rue, forêt, etc.), pour peu que le sujet soit suffisamment éloigné de ce fond et que l’ouverture choisie soit aussi grande que possible.

Le 135 mm est très utilisé pour les portraits de mariage, les séances studio ou en extérieur avec un fond flouté.

Conseils pour ces usages

Distance de travail idéale
  • Pour un portrait serré (visage/buste) : 3 à 5 mètres du sujet. En dessous, on perd trop de champ ; au-dessus, il devient difficile de diriger la pose.
  • Pour un portrait en pied : reculer jusqu’à 8-10 mètres si l’espace le permet.
Ouverture
  • f/2 à f/2.8 : bon compromis, les yeux et le nez restent nets sur un visage de face.
  • f/1,8 ou plus ouvert (quand l’objectif le permet !) : magnifique, mais la profondeur de champ devient si fine (quelques centimètres) qu’un léger mouvement peut flouter un œil. À réserver aux poses statiques ou aux portraits de profil.
Mariage spécifiquement
  • Idéal pour les cérémonies où on ne peut pas s’approcher (échange des vœux, premier baiser) : il est préférable de capturer des plans intimes à bonne distance.
  • Excellent pour des portraits de couple en extérieur avec un fond de nature ou d’architecture transformé en aplat de couleur floue.
  • Mais moins pratique pour les photos de groupe ou la préparation dans une pièce exiguë. Dans ce cas, prévoir un 35 ou 50 mm en complément est une bonne précaution.
Lumière

Le 135 mm « aplatit » un peu le modelé du visage : on peut compenser avec une lumière plus directionnelle pour redonner du volume.

Mode et beauté

Cet objectif est prisé en studio pour les prises de vues mode/beauté grâce à son rendu flatteur et sa distance de travail confortable (le photographe n’est pas collé au modèle).

Photographie de rue « à distance »

Pour cet usage, les objectifs anciens à mise au point manuelle sont, évidemment, moins indiqués que les objectifs AF, puisqu’il s’agit de saisir des scènes « au vol ».

Le 135 mm permet de capturer des scènes ou des visages sans être intrusif, en restant éloigné du sujet. Il donne un style plus « voyeuriste »/candide, avec un fort isolement du sujet.

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Carnaval de Cadix – Pentax F-135/2.8
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Allée de bord de mer à Cadix – Pentax F-135/2.8

Quelques conseils pour cet usage :

Discrétion vs frontalité

La focale de 135 mm n’est pas classique en photo de rue (« street photography »). On lui préfère souvent celles de 28 à 50 mm pour l’immersion. Mais elle permet un style différent : observation à distance, sans interaction avec le sujet.

On capture des expressions, des gestes ou des scènes sans que les gens se sachent photographiés. Attention cependant à l’éthique et à la légalité selon les pays (droit à l’image).

Compression urbaine
  • Superbe pour empiler des plans dans une rue (piétons, enseignes, façades) et créer une image dense, presque abstraite.
  • Fonctionne bien depuis un point en hauteur ou en léger recul (trottoir opposé, terrasse) pour cadrer une scène sans s’y mêler.
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La Conciergerie à Paris – Pentax A 135/1,8
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Mouette et dôme gaditans (de Cadix) – Pentax F-135/2.8
Contraintes pratiques
  • Le 135 mm nécessite de l’espace : son utilisation est plus compliquée dans des ruelles étroites ou dans les transports (i.e. métro).
  • Une vitesse d’obturation plus élevée est recommandée (1/250 s minimum), car le moindre bougé est amplifié par la longue focale. Toutefois, pour les photographes qui maîtrisent bien leur stabilité, des vitesses de l’ordre de 1/125 s peuvent aussi s’envisager sur boîtier 24×36 (plutôt 1/200 s sur boîtier APS-C).

Sport et spectacle (usage limité)

Il est trop court pour du sport sur grand terrain (football, etc.), mais il convient pour des sports en salle, du spectacle vivant, du théâtre ou des concerts où l’on peut se rapprocher.

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Rameur gaditan – Pentax F-135/2.8
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Cycliste gaditane – Pentax F-135/2.8

Animalier de proximité

Utilisable pour des animaux domestiques ou sauvages peu farouches, il est toutefois insuffisant pour la faune sauvage lointaine. Dans ce cas, on privilégie plutôt des focales de 300 à 600 mm.

 

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Cygne – Pentax F-135/2.8
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Mouette « crieuse » – Pentax F-135/2.8

 

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Foulque – Luxon 135/2,8
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Pie – Pentax M-135/3.5

Détails et macro « légère »

On parlera plutôt de proxiphotographie. Les 135 mm « macro » qui ont existé, et estampillés comme tels étaient, disons, de qualité variable et quelque peu aléatoire. Mais certains grands constructeurs en produisent encore, et de grande qualité. Cet exemple est, de plus, de type « tilt-shift », mais son grandissement n’est « que » de 1:2.

Certains 135 mm ont une distance de mise au point courte permettant des plans rapprochés (fleurs, objets, détails de mode). Ainsi, la distance minimale de mise au point des « vieux » Pentax FA et F 135/2,8 n’est que de 70 cm (contre souvent de 1,20 m à 1,50 m pour d’autres marques et/ou modèles).

S’il est alors un peu « osé » de parler de macro vraie, disons que la photo rapprochée est, dans ce cas, pleinement autorisée.

 

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Pavot de Californie – Luxon 135/2,8
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Pentax M-135/3.5

 

 

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Pentax K-1 et Chinon 135/2,8
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Pentax F-135/2.8
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Pentax F-135/2.8

Paysage « compressé »

C’est un usage plus créatif qui permet d’isoler un élément lointain (montagne, arbre solitaire) en écrasant les plans, pour un rendu graphique et minimaliste.

Quelques conseils pour cet usage :

Choix du sujet

Chercher un élément isolé et graphique : un arbre solitaire, une silhouette de montagne, une ligne de crête, un phare, un bateau au loin.

Éviter les scènes trop larges : le 135 mm cadre serré, donc il est préférable de penser « détail signature du paysage » plutôt que vue d’ensemble.

Superposition des plans

Le fort effet de compression du 135 mm est parfait pour empiler plusieurs couches (collines successives, rangées d’arbres) et aplatir la profondeur, un peu comme au téléobjectif type 200-400 mm. Cependant, avec un effet moins prononcé, mais en plus léger à transporter.

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Cadix – Pentax F-135/2.8
Lumière et conditions

Il est idéal en lever/coucher de soleil avec brume ou poussière atmosphérique : la compression accentue les dégradés de lumière entre les plans (effet « millefeuille » de lumière).

Un trépied est recommandé en dessous de f/8 pour la profondeur de champ, car, à cette focale, le moindre flou de bougé est très visible.

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Coucher de soleil à Cadix – Pentax F-135/2.8
Limite

Un 135 mm est insuffisant pour isoler un sujet vraiment lointain (montagne à l’horizon), comme le ferait un 300 ou 600 mm. Il ne faut pas oublier que cela reste une focale de « demi-compression », pas un téléobjectif extrême.

En résumé

Le style général associé au 135 mm, ce sont des images avec sujet très détaché du fond, des perspectives resserrées/aplaties, une ambiance intimiste ou cinématographique et une forte séparation sujet/arrière-plan grâce à l’ouverture souvent large (f/2, f/1.8, voire f/1.4 sur certains rares modèles).


Nota : Celles et ceux qui seraient (encore) intéressé(e)s par les objectifs Pentax ou en monture K trouveront ICI une comparaison « de terrain » intéressante, quoique ancienne, entre différents 135 mm, dont certains que j’ai utilisés pour illustrer cet article.

Sauf indication particulière, les photos d’illustration ont été réalisées avec un boîtier Pentax K-1 mark II.

 

 

 

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Chat haret à Cadix
Pentax F-135/2.8

 

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Autre coucher de soleil à Cadix
Pentax F-135/2.8

 

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