L’impression des photos est has-been, démodée, alors que pendant des dizaines d’années, c’était le seul moyen de diffuser des clichés. Depuis les années 2000, l’écran a pris de plus en plus le dessus jusqu’à régner en maitre. Les images sont dématérialisées sur des surfaces de types LED, OLED, QLED ou autres. Et ceci dans un contexte où le nombre d’images produites, que ce soit par smartphone ou par appareils photo numériques plus classiques, a littéralement explosé. Aujourd’hui, le constat est sans appel. Le mode de consommation des images a changé : vite pris, vite vu, vite oublié.
Dans ce contexte, ceux qui veulent imprimer font figure de dinosaures. Pourtant, ils existent. Il y a une petite frange de photographes qui ne conçoit la visualisation des photos qu’au travers du média papier. D’autres allient écran et papier. Peu importe, la volonté de disposer d’une matérialisation physique du cliché persiste. Et c’est tant mieux.
Cette impression peut s’effectuer de 2 manières, soit à domicile, soit par l’intermédiaire d’un prestataire externe. Dans cet article, ce sera le premier type qui sera abordé. Nous reviendrons prochainement sur l’impression par un prestataire, avant de s’interroger sur les autres modes de diffusion.
Avant d’imprimer des photos…
Il y a 2 manières d’aborder les choses pour une impression. Soit on adopte le réglage standard d’une imprimante lambda, plus ou moins orientée photo, soit on décide d’être plus fin pour obtenir de meilleurs résultats.
Dans le premier cas, il suffit de laisser l’imprimante gérer la couleur. Et très souvent, on obtient un résultat fort correct. Avec parfois des différences de couleurs, de luminosité et/ou de contraste, mais rien de rédhibitoire.
Si on opte pour la deuxième solution, c’est que l’on souhaite obtenir un résultat de meilleure qualité. Avec un résultat papier qui est le plus proche possible de ce que l’on voit à l’écran. Or plusieurs facteurs peuvent avoir un impact sur le résultat imprimé. Cela va de votre écran au papier utilisé en passant par l’imprimante elle-même. D’où une nécessaire préparation.
Des espaces colorimétriques pas complètement compatibles
Quelques rappels
Un espace colorimétrique représente un ensemble de couleurs, plus ou moins grand. Le plus grand de tous est l’espace L*a*b* (celui des couleurs que voit l’homme). Mais, un bon espace n’est pas forcément un très grand espace couleur. Un bon espace, c’est celui dont j’ai besoin pour restituer mes photos.
2 des modèles les plus connus sont, sans doute, le RGB (RVB en français) et le CMYK (CMJN en français).
- Le premier est utilisé pour la restitution des couleurs sur un écran. Il est basé sur l’addition de la luminosité dans les mélanges de couleur (ce qu’on appelle la synthèse additive). Ce modèle RGB repose sur les trois couleurs primaires (RGB : Red, Green, Blue, soit en français RVB pour Rouge, Vert et Bleu). Ce sont leurs mélanges qui vont restituer toutes les autres. Toutes les couleurs commencent par l’obscurité noire, puis les lumières rouge, verte et bleue sont ajoutées les unes aux autres pour l’éclairer. L’addition des lumières va créer la couleur. Lorsque les lumières rouge, verte et bleue sont mélangées à une intensité maximale égale, on obtient un blanc pur.
- Le deuxième est utilisé pour la restitution des couleurs dans l’impression. Il est basé sur le principe du mélange soustractif. Une imprimante crée des images en combinant des couleurs CMYK (Cyan, Magenta, Yellow, Key soit en français, Cyan, Magenta, Jaune, Noir) sous forme d’encre. Toutes les couleurs commencent par un blanc apporté par la feuille de papier utilisé. Chaque couche d’encre, ajoutée couche après couche, réduit la luminosité initiale pour créer la couleur choisie. Lorsque toutes les couleurs sont mélangées, elles créent un noir pur. Si votre feuille de papier n’est pas d’un blanc absolu, alors vous n’aurez jamais cette couleur. Sans être un vrai problème, cela souligne l’importance du papier utilisé.
Des espaces colorimétriques qui ne sont pas équivalents
Parce qu’un schéma est souvent meilleur qu’une explication…

Compte tenu de ces différences entre un moniteur et une impression, il est impossible de garantir une parfaite adéquation entre les deux. Que ce soit en termes de rendu des couleurs, du contraste ou de la luminosité.
La reproduction des couleurs
Pour faire simple, on ne peut pas obtenir sur du papier ce que l’on voit à l’écran ! En voici la preuve grâce à Adobe Photoshop qui propose un mode d’affichage des couleurs non imprimables :

Si une couleur ne peut être reproduite sur papier, c’est que la combinaison des encres ne permet pas de la recréer. En pratique, ces couleurs non imprimables ne vont pas être remplacée par du gris. Le couple logiciel + imprimante va utiliser des nuances les plus proches possible. Mais cela ne donnera pas forcément le rendu que vous souhaitiez. L’industrie photographique numérique a donc développé des outils permettant d’évaluer ce décalage et en atténuer les effets.
Une des parades a été d’ajouter des encres supplémentaire aux 4 couleurs initiales. On a vu apparaitre des imprimantes à 6 couleurs, voire plus. La Canon Pro 100 en a 4 par exemple, les couleurs supplémentaires étant deux gris (un ‘Grey’ et un ‘Light Grey’), un Cyan et un Magenta tous deux plus légers.
L’autre parade a été d’offrir la possibilité de voir avant impression le résultat final à l’écran et de corriger. C’est l’épreuvage-écran, très utile quand on veut effectuer des tirages de type « fine art », c’est-à-dire de qualité. Ce processus va permettre de simuler le rendu d’impression d’une image sur votre écran, en tenant compte des spécificités du papier et de l’imprimante. Ces spécificités sont stockées dans un fichier, le profil d’impression, nommé profil ICC.
Le calibrage de l’écran
La première action, c’est le calibrage de votre ou vos écrans. Ce sujet ayant déjà été abordé, je rappellerai juste qu’il est essentiel que votre écran soit correctement étalonné. C’est-à-dire que les rouges soient bien rouges, les bleus bien bleus et les verts… Pour effectuer cette tâche, une sonde et son logiciel sont nécessaires. Ils vont mesurer une couleur telle qu’elle apparaît à l’écran afin de la comparer à ce qui est censé être détecté. S’il y a une ou des différences, des ajustements sont apportés.
À l’issue de l’opération de calibration, un profil ICC indiquant comment l’écran peut et doit rendre les couleurs, le contraste et la luminosité, est établi et intégré dans votre système d’exploitation (valable pour de nombreux systèmes d’exploitation, comme macOS, Windows et Linux).

Ce profil, une fois créé, intégré et activé, permettra ainsi d’avoir les « vrais » signaux à envoyer pour les couleurs. Évidemment, il convient de vérifier régulièrement afin d’éviter de nouvelles dérives (le profil doit être mis à jour au moins une fois par mois).
Choix du papier et profil ICC
Les papiers
Il existe de multiples papiers, allant du smooth pearl au baryté en passant par des papiers azurés ou fabriqués en bambou. Avec des grammages (poids d’une feuille) différents. Les marques sont assez nombreuses, malgré une vie parfois tumultueuse. Ainsi, la marque ILFORD a disparu… avant que la société LUMIERE n’en reprenne la fabrication, du moins en partie.
Le plus compliqué sera de trouver le ou les papiers qui vous conviennent. Ce qui n’est pas chose facile. Heureusement qu’il existe des packs de feuilles pour permettre de valider le rendu. Au moins chez les principaux fournisseurs : Canson, Lumière (ex-Ilford), Hahnemühle ou encore Awagami. Il en existe d’autres. La situation est un peu différente chez les « petits » papetiers à tendance artisanale, pour lesquels il est difficile de trouver des échantillons.
Le mieux est d’imprimer la même photo sur différents supports, en utilisant les profils papier dédiés (vois ci-dessous). Voir et comparer les résultats vous permettra d’effectuer le choix de papier(s) qui vous correspondra le mieux.
Pour mes tirages couleurs courants, j’ai choisi le Lumière Smooth Pearl 310 gr qui est en adéquation avec mon imprimante. Un bon compromis entre le tarif et la qualité.
En testant, vous pourrez aussi découvrir que certains papiers sont plus adaptés à l’impression couleur tandis que d’autres vont sublimer uniquement les images de type noir et blanc.
Fine art ?
Les papiers « fine art » sont des papiers destinés à l’impression photo (sur imprimante à jet d’encre) de haut de gamme. Il s’agit surtout d’une dénomination à la fois qualitative et commerciale, inventée pour être au-dessus du papier photo plus classique. Ce qui va les distinguer, hormis le tarif, c’est le fait qu’ils sont conformes à une conservation dans les musées, qu’ils respectent la norme ISO 09706, et sont souvent fabriqués à partir de coton ou d’alpha-cellulose (du bois), sans acide et autres produits chimiques azurants.
Bref, ce sont des papiers coûteux, exigeants, mais produisant souvent de très beaux résultats. Ils apportent une vraie valeur ajoutée aux clichés, formant un ensemble indissociable dans la démarche qualitative de nombreux photographes.
Dernier point, on associe souvent ce type de papier aux encres pigmentaires, mais ce n’est pas une obligation. Les papiers fine art brillants forment souvent une bonne association avec les encres colorées.
Les encres
Le rendu va dépendre aussi du type d’encre utilisé par votre imprimante. Il existe 2 possibilités : les encres à colorant ou les encres pigmentaires.
- Les premières sont un mélange d’eau et de colorants, souvent synthétiques, rarement à base de plantes. Elles présentent l’avantage de diffuser très peu la lumière, proposant ainsi des tirages aux couleurs vives et saturées. Mais elles sont sensibles à l’eau et à la lumière, ce qui peut les délaver ou les pâlir. En prenant quelques précautions, elles tiennent néanmoins dans le temps.
- Les secondes sont des encres dont les pigments sont entourés d’une résine. L’encre est alors plus résistante à l’eau et moins fluide. Les pigments se déposent sur le papier et y sèchent en collant au papier, sans le pénétrer. Ces encres pigmentées proposent un spectre des coloris (nuances, dégradés) mieux défini. Elles sont plus efficaces et proposent une durée de vie supérieure. Mais leurs prix, résolument haut de gamme, font que les encres colorées sont majoritaires.
Attention, évitez autant que possible les encres compatibles. Ce ne sont pas exactement les mêmes que celles vendues par le constructeur et des dérives existent. Autant que possible, il faut acheter les encres d’origine. Malheureusement, elles sont plus chères…
Profils d’impression
Les profils d’impression existent aussi pour le papier. Ils permettent d’indiquer à l’ordinateur et à l’imprimante les caractéristiques du papier. Il est donc nécessaire de les utiliser s’ils existent. En règle générale, tous les grands fabricants de papier en proposent sur leur site. Comme, par exemple, Canson ou Lumière. Ils ne sont pas parfaits, loin de là. Mais à défaut d’avoir des profils personnalisés, il convient de les utiliser.
Ils sont à télécharger et à installer, en les déposant à un des emplacements suivants :
- Mac : ~User\Bibliothèque\ColorSync\Profils\
- PC Windows : C:\Windows\System32\Spool\Drivers\Color\
Puis de le/les choisir dans votre logiciel, comme ici sous Adobe Lightroom :

Si vous venez d’installer le profil d’impression, il est nécessaire de redémarrer votre logiciel avant de continuer, sinon il ne trouvera pas ce nouveau profil.
Attention, un profil est fait pour un papier ET une imprimante en particulier. Car il s’agit de « compenser » et de corriger l’impression en fonction du couple. En fonction de l’imprimante, les encres ne sont pas exactement les mêmes (voire pas du tout) et le papier ne réagira pas de la même façon.
Si vous être pointu et que vous avez le matériel adéquat, vous pouvez créer vos propres profils. Il suffit d’imprimer une mire de couleur et d’utiliser des sondes pour vérifier les couleurs et établir les compensations. Si vous souhaitez réaliser de vraies impressions de type « fine art », disposer de profils personnels et dédiés est presque obligatoire. À défaut d’avoir le matériel adéquat, vous pouvez utiliser les services d’un prestataire comme ici ou là.
Pour avoir testé les profils personnalisés de Christophe Métairie, il faut reconnaitre que l’investissement permet un gain qualitatif. Si on souhaite tirer de meilleurs clichés, c’est le pas suivant à faire.
L’épreuvage-écran sous Adobe Lightroom
La partie qui suit repose sur le logiciel Adobe Lightroom. Il ne s’agit pas d’oublier les autres logiciels, mais c’est celui que j’utilise au quotidien, quasiment le seul sur mon ordinateur (avec DxO PhotoLab). Les autres logiciels comme ACDSee, Capture One ou Luminar, devraient disposer de fonctionnalités similaires. Il suffira alors d’adapter ce qui suit.
Si vous venez d’installer le profil d’impression, assurez-vous de redémarrer Lightroom avant de continuer. Sinon, il ne trouvera pas le nouveau profil.
Activer la fonctionnalité
Pour effectuer une épreuve-écran à l’aide d’Adobe Lightroom, vous devez être dans le module de développement. Cocher la case « Épreuvage écran » dans la barre d’outils inférieure.

Une fois la fonction activée, un nouveau panneau de dialogue, « Épreuvage écran« , apparaît dans le coin supérieur droit de Lightroom.

Il suffit de cliquer sur la liste déroulante des profils pour rechercher et sélectionner le profil d’impression approprié. S’il ne figure pas dans la liste, vous devez sélectionner « Autres… » pour retrouver votre nouveau profil d’impression.

Une fois le profil d’impression chargé, en mettant la souris sur la petite feuille de papier dans le coin supérieur droit, vous pouvez « voir » les couleurs qui ne s’imprimeront pas. Un masque rouge apparaîtra sur votre image partout où les couleurs sortent du gamut (ne peuvent pas être entièrement reproduites par le papier et l’imprimante). Et ces couleurs sont nombreuses, surtout si votre cliché comporte des couleurs très saturées. En cliquant sur l’icône feuille, cela verrouillera ce mode de manière plus permanente.

En cliquant sur « Créer une copie d’épreuve » et sur la case « Simuler le papier et l’encre« , vous obtiendrez une copie virtuelle qui servira de référence. L’option Y, en bas à gauche de la barre d’outils, permet de comparer les images (à condition que l’option Avant ait été définie sur « Photo principale« . À ce stade, vous pouvez constater que votre image peut sembler plus terne. Le phénomène est généralement accentué si vous avez sélectionné un papier mat, car son gamut est plus petit que celui d’un papier brillant.

Corriger le cliché épreuve
Beaucoup s’arrêtent à cette étape. Moi aussi la plupart du temps. Cela dépendra essentiellement des différences que je vais constater. Si elles sont importantes, je vais tenter de corriger. Si elles sont minimes, ce sera en « pertes et profits », car on ne peut pas aller contre les couleurs réellement utilisables sur une imprimante. Je passe donc directement à l’étape de l’impression en elle-même.
Si les différences sont importantes, au moins à vos yeux, vous avez la possibilité d’apporter des modifications à ce stade, sur le cliché épreuve. Conservez le mode comparaison et utilisez les outils habituels pour modifier l’image (contraste, luminosité, saturation ou luminance couleur par couleur, etc.) afin de la rapprocher de l’original. Une fois que vous êtes satisfait de l’image d’épreuve, vous pouvez imprimer.
Quelques mots sur l’impression en elle-même
Sous Adobe Lr, il y a un panneau dédié à l’impression, comme il en existe un pour la Bibliothèque ou le développement par exemple.
Comme il est rare que je lance une impression pour une seule image, je mets toutes mes images à imprimer dans une collection afin d’en faire des épreuves d’impression corrigées. Quand j’ai un stock suffisant, j’imprime. Le gaspillage de l’encre, lors du cycle de nettoyage des têtes d’impression, est donc moindre. Ce qui est appréciable.
À ce stade, l’essentiel est fait. Il reste 2 panneaux à régler, dans la partie « Travaux d’impression« .
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Il ne reste plus qu’à mettre le papier dans votre imprimante et de lancer l’impression en appuyant sur le bouton adéquat. C’est le logiciel qui va gérer l’imprimante.
Le principe de l’impression est assez similaire pour Photoshop. Par contre, d’autres logiciels, comme DxO PhotoLab, ne possèdent pas de module destiné à la préparation des images pour impression. La main est alors donnée au pilote de l’imprimante qui va seul gérer cette tâche.
Pour terminer
Au moins une grande question reste sans réponse, le choix de l’imprimante. On peut utiliser n’importe quelle imprimante à vrai dire pour avoir un cliché. Y compris une laser si on est pas trop regardant sur la qualité. Mais si vous souhaitez proposer de bons tirages, alors l’imprimante jet d’encre s’impose à vous. Mais pas toutes les imprimantes. Si quelques multifonctions font de la résistance, proposant de bons résultats malgré des limitations techniques, il vaut mieux se diriger vers l’appellation « imprimante photo ».
Avec un ticket d’entrée à 6 cartouches d’encre et un tarif plus élevé. Ces imprimantes sont à privilégier, car, sous le capot, presque tout est adapté à cet usage, des têtes d’impression au moteur d’entrainement. Dans le haut de gamme, on trouvera les Pixma et autres imagePrograf Pro chez Canon. Chez son concurrent Epson, ce sont les gammes ExpressionPhoto et SureColor qui feront face. Chaque marque et modèle aura des avantages et des inconvénients.
Côté dimension, qui peut le plus, peut le moins. Si vous en avez la possibilité, optez pour une imprimante A3+, même si les modèles A2 font parfois rêver. Les imprimantes photos A4 sont certes moins chères, mais on se trouve parfois limité.
À vous de jouer maintenant.
Le but de cet article était de vous donner un certain nombre d’informations afin que vous puissiez vous laisser tenter par « l’impression chez soi ». Certains points ont été traités trop rapidement. Comme le papier qui pourrait faire l’objet d’un article dédié plus complet. Lors d’un prochain article, nous reviendrons sur l’impression par un prestataire extérieur, une solution quand on n’a pas de bonne imprimante chez soi.


5 réponses
Exposé clair facile à comprendre
Des explications sur les différents types de papier seraient les bienvenues. C’est la jungle, on s’y perd
On y songe, on y songe…
Avez-vous déjà essayer des papiers à base de bambou ? Un ami m’a indiqué que ce type de papier ne convenait à tous les types d’encre. Avez-vous un avis sur cette question ?
Jamais testé de papier en bambou. Donc, aucun avis. Si l’article sur les papiers se fait, j’inclurais cette matière si possible.