Alléger les objectifs

alléger

Dans un sac photo, on trouve le boitier, mais aussi des objectifs. L’alléger nécessite d’agir sur ces derniers. Or, de manière générale, les optiques ont vu leur poids augmenter. Si on ajoute celui du boitier, on a souvent 2 kg ou plus dans la main. Ce qui peut être ennuyeux si vous vous décidez à partir avec plusieurs. Votre dos et votre cou finissent par dire stop. Pour certains, cela les a conduits à réduire la voilure, limitant le nombre emporté, voire adopter la famille GR III en ayant un dans chaque poche de son pantalon. Pour d’autres, comme moi, c’est un mix. Un GR III (ou IIIx) pour le quotidien, le reflex pour les sorties photo.

Il y a bien eu des promesses ici et là, mais toutes n’ont pas été tenues. Pourtant, dans les années 2020, il y a des pistes pour limiter ce côté « lourd ».

La piste objectif

Les objectifs sont de plus en plus lourds, c’est un fait que l’on ne peut ignorer. Cela vaut évidemment pour Pentax (et de nombreuses autres marques). Pour preuve, le DFA✭ 50/1,4 qui pèse 950 g, le DFA✭ 85/1,4 à 1350 g ou encore le DFA 15-30/2.8 et son kilo fièrement affiché. Il existe des explications à ce phénomène (ci-dessous). Si elles sont audibles, elles ne sont pas toujours acceptables. Surtout que Pentax ne laisse guère le choix avec sa gamme d’optiques qui diminue. On peut tout de même saluer la ressortie du FA 50 mm dans des versions grand public, avec un nombre restreint de lentilles (et à un prix abordable !).

Quand les boitiers hybrides sont arrivés, l’argument principal mis en avant était d’alléger le sac photo. En pratique, on ne peut pas dire que ce fut l’exacte vérité. S’il a certes perdu quelques dizaines de grammes, on a longtemps cherché l’équivalent côté objectif. Sur ce point, il n’y a pas eu de bonne surprise.

C’est surtout chez Canon qu’une avancée réelle a eu lieu, principalement sur les objectifs « premier prix ». Leurs ingénieurs semblent avoir trouvé une solution pour arriver à produire des objectifs plus légers. Du moins plus léger que la concurrence. Comment ?

Pour rappel

Il convient de rappeler ce qu’est un objectif. Si on résume fortement, il s’agit d’un tube dans lequel différentes lentilles cohabitent avec un dispositif permettant la mise au point par le déplacement d’une ou plusieurs d’entre elles. Ce dispositif peut être motorisé, ce qui accroît le poids.

Planar (Zeiss) formule initiale à 6 lentilles
Planar (Zeiss) formule initiale à 6 lentilles la formule Planar, simple et efficace… adaptée à l’argentique

Pendant longtemps, les objectifs ont eu des formules optiques assez simples, adaptées à la « faible » résolution des films argentiques (la moyenne étant de 3 millions de grains de sel argentique), à comparer aux capteurs de 24 Mpx. La différence étant importante, les objectifs ont dû évoluer afin de se caler sur cette nouvelle situation. Les ingénieurs ont donc carburé pour proposer des optiques offrant des images non déformées, quelle que soit la focale. À coup de lentilles supplémentaires, lourdes évidemment si elles ne sont pas fabriquées en plastique.

Le DFA* 50/1,4 en coupe -15 lentilles en 9 groupes.
DFA 50 ✭ une formule très complexe : 15 lentilles en 9 groupes.
DA 50 Schéma optique
Formule optique du FA 50 originel, proche du Planar

Pour les ingénieurs de Pentax, la résolution des problématiques liées aux optiques doit passer par une solution matérielle. Parce que, d’une certaine manière, faire de bons objectifs, les plus parfaits, les plus adaptés, c’est dans l’ADN de la firme. Cela vaut aussi pour les boitiers où la firme investit beaucoup dans le développement du prisme. Mais cela ne va pas dans le sens d’alléger nos sacs photos.

Une solution simple pour alléger : la correction géométrique logicielle

Comme mentionné précédemment, Canon arrive à proposer des objectifs plus légers. Des exemples ? Le RF 50/1.8 intégrant un moteur STM ne pèse que 160 g. Le RF 24/1.8 Macro (un faux macro) à moteur STM voit la balance indiquer 270 g. Le RF 24-105/4 ? À peine 700 g ! Comment Canon parvient-il à de telles prouesses tout en respectant un besoin qualitatif adapté au numérique ?

Il faut s’enlever de la tête que c’est grâce à l’adoption de la technologie hybride. Cette dernière n’a pas d’impact significatif sur les formules optiques. Ce serait plutôt une question de logiciel. L’idée étant de remplacer des lentilles par des lignes de code ! Les domaines d’action sont assez nombreux pour que cela devienne très intéressant. Aujourd’hui, les puces informatiques sont assez puissantes pour permettre au boîtier d’agir à la volée pour redresser les perspectives, les distorsions, le vignettage et même les aberrations chromatiques (pour les images JPEG). Il suffit d’écrire et intégrer au firmware, un programme qui applique à un cliché un profil de correction.

poids objectif correction logicielle K-1
Le menu permettant des corrections de l’objectif sur le K-1

Tous les boitiers, y compris ceux de Pentax, permettent une telle correction sur profil pour les JPEG (option à activer). C’est même une des raisons qui pousse Pentax à faire des Maj de firmware pour les nouveaux objectifs. Pour les RAW, certains logiciels comme DxO PhotoLab ou Adobe Lightroom (et sans doute d’autres) offrent ces corrections au moment du développement.

Alléger les objectifs : la correction sous Lr
Correction de l’image via le panneau profil sous Lr

Exemple de correction logicielle par Adobe Lr. Elle est relativement faible (principalement de la distorsion), car les objectifs Pentax sont très corrigés de manière optique.

Before imageavec

Mais Canon a été une des seules firmes (voire la seule) à être allée beaucoup plus loin, créant délibérément des objectifs reposant presque totalement sur la correction logicielle. Ce qui suppose une application automatique du profil correctif pour les JPEG issus du boitier.

Ce qui est le plus intéressant avec ce procédé, c’est qu’il autorise une grande souplesse dans le design des formules optiques. Les ingénieurs peuvent ainsi se passer de certaines lentilles, proposant alors des objectifs plus compacts, moins lourds… et moins coûteux ! De plus, elle permet d’envisager des plages focales moins habituelles, parfois surprenantes, voire novatrices. On pourrait même imaginer que le profil correcteur soit directement intégré à l’objectif lui même. Le logiciel intégré au boitier n’aurait alors plus besoin d’être mis à jour ! La liaison existant déjà, cette fonctionnalité pourrait très facilement être mise en œuvre. D’ailleurs c’est peut-être déjà le cas.

Il faut noter aussi que pour de nombreux objectifs, Canon utilise très souvent du PMO (plastique moulé) à la place de verre. Certes, c’est moins qualitatif, mais avec la correction logicielle, une accentuation de la netteté est possible facilement. Et l’IA peut compenser une partie des pertes liées au PMO.

Même si ce n’est pas la panacée

Soyons réalistes, la correction logicielle c’est bien, mais ce n’est pas la solution à tous les problèmes. Car parfois, à force de trop simplifier une formule optique, la correction peut être sévère. Ainsi, le Canon RF 24/1.8 déjà cité nécessite un important redressement de tout ce qui est hors centre. Une fois appliquée au JPEG, on atteindrait presque le cadrage natif du 35 mm proposé par le même constructeur. N’ayant pas de Canon et cette optique, je ne peux présenter d’images montrant le phénomène. Mais ayant pu voir le résultat, effectivement, il existe une différence entre le fichier JPEG et le RAW non rectifié.

 

 


Même si on peut émettre quelques réserves, la correction logicielle est une piste sérieuse. Ce serait bien que ce mode de conception soit adopté par d’autres. À commencer par Pentax qui pourrait alors envisager plus facilement une série d’optiques à moindre coût. On pourrait imaginer un 20 mm développé sous ce concept. Ou d’autres ! Cela demanderait de revoir un peu le logiciel côté boitier, mais le jeu en vaut la chandelle. À suivre…

6 réponses

  1. Bonjour
    En fait la piste la plus sûre pour alléger sa sacoche est de rester en APS-C ( voire en µ4/3 ). Lentilles plus petites, zoom avec range plus étendu à poids égal, surtout en longue focale. Balader un K-3 avec un petit DA limited est une journée de vacances, je n’imagine pas de supporter un K-1 avec un DFA 50 autour du cou pendant plusieurs heures …

    1. Ce n’était pas le sujet de l’article, mais il y a l’idée. Mais allons plus loin dans votre démarche et creusons le principe. Au lieu de l’APS-C encore lourd ou les micro 4/3, soyons logiques et adoptons les smartphones. C’est petit, léger, on peut « zoomer ». Que demander de plus ? 😉

  2. Certes. Mais si on en revient à ce qui nous intéresse ( cad les appareils à objectifs interchangeables ) avec la recherche d’une certaine qualité d’image « native ».
    Pentax n’a pas tendance à faire des boitiers légers, les objectifs dédiés APS-C peuvent être plus compacts et plus légers à focales équivalentes et ouverture égale.
    par exemple ce samedi j’ai passé l’après midi et la soirée à Rouen voir l’Armada . Avec mon K-3 et DA 16-85 = 1200 g autour du cou ce qui vers 21 h me semblait bien lourd ( dans le sac un DA 200 f2.8 et un Voigtländer Ultron 40 f2 de poids négligeable )
    L’alternative light aurait été de sortir les limited ( DA 15, DA 21, Ultron 40 et DA 70 ) en gardant le DA 200 . Mais la perspective de multiples changements dans la foule m’a fait préférer le zoom
    avec un K-1 et un DFA 28-105 je serais monté à 1400 g ; les 40 mm et 200 mm couvre le FF mais il faut aussi dans cette situation ajouter un 21 ou 24 mm…
    et je défie quiconque d’embarquer les DFA 50 +85 dans ce genre de situation – et il s’agit de terrain plat , pas d’un treck en montagne

    La tendance à l’embonpoint de bon nombre de focales fixes – toutes marques confondues – est quand même problématique . On voit des résultats de piqué à PO incroyables , mais la plupart des aberrations connexes sont effectivement corrigées par les boitiers . Avec une grosse inflation des prix .

    Je persiste à penser que l’APS-C en temps que système boitier/ objectifs garde un bon rapport encombrement-poids / qualité d’image et un potentiel de miniaturisation que d’autres que Pentax savent aussi bien exploiter .

    1. L’article portait sur une piste afin de réduire le poids des objectifs et accessoirement les tarifs. Pas sur la supériorité (supposée) de l’APS-C sur le Plein Format et la nécessité de sortir des Limited (qui sont généralement chers). Là on diverge, même si le sujet est intéressant.

  3. J’aurais aimé que Pentax continue les « Plastics Wonder » mais il n’a fait que le 35mm f:.2.4 dont je suis très satisfait. Le nouveau 50 mm1.4 ne me fait pas rêver, le FA 50 1.4 que je possède me suffit, il est léger. Ils accompagne souvent le 60.250.
    Pour partir avec un seul objectif le 16-85 me suffit.

    1. L’utilisation de lentille en résine moulée est aussi une solution. On peut regretter que Pentax n’ait pas persévéré dans une gamme « pas cher » avec un petit moteur intégré.
      Pour les nouveaux 50mm, je réserve mon avis dessus pour plus tard. Avec les tests.

Translate »